+ Toutes les playlists

Mon Lapin : la quatrième adresse de l’équipe du Joe Beef

Crédit photo : Sophie Ginoux
Mon Lapin : la quatrième adresse de l’équipe du Joe Beef
Frédéric Morin, David McMillan, Allison Cunningham, Marc-Olivier Frappier et Vanya Filipovic forment une vraie équipe de choc. Leurs établissements Joe Beef, Liverpool House et Vin Papillon sont connus internationalement, et il faut souvent réserver longtemps à l’avance ou jouer de chance pour pouvoir s’y attabler. D’ailleurs, lors de sa dernière visite à Montréal au mois de juin 2017, l’ancien président américain Barack Obama et notre premier ministre canadien Justin Trudeau n’ont pas pu manger au Joe Beef, déjà complet, et se sont retrouvés au Liverpool House, ce qui a provoqué une onde de choc dans le quartier.

Anecdote à part, qu’est-ce qui rend magique une visite dans un de ces établissements? Eh bien, une approche volontairement gourmande et bonhomme de la restauration, mariée à de très bons produits, une excellente technique et une bonne dose d’originalité. Cette combinaison de facteurs, ainsi que le choix judicieux des membres de l’équipe – le travail de Marc-Olivier Frappier et de Vanya Filipovic a notamment suscité des critiques dithyrambiques – ont assuré le succès incontestable de ces lieux de ripaille.
Crédit photo Sophie Ginoux

Mon Lapin est une continuation logique de ces projets, selon les propriétaires. Il n’a pas ouvert ses portes dans St-Henri comme les trois autres restaurants de l’équipe, mais dans la Petite-Italie où Marc-Olivier Frappier et Vanya Filipovic résident depuis plusieurs années. Si le nom de ce nouvel établissement est lié à une habitude langagière de Jean-Francois Ganevat, un viticulteur du Jura, en France, est-il pour autant un bar à vins? À mon humble avis, je ne le pense pas. La liste superbe des vins du resto – on n’en attendait pas moins de Vanya Filipovic – n’est pas exhaustive et accompagne plutôt le menu concocté par Marc-Olivier Frappier.
Crédit photo Sophie Ginoux

Mais décrivons tout d’abord cette nouvelle adresse qui fait déjà le plein tous les jours depuis son ouverture au mois de mars. Il s’agit d’un joli local d’une trentaine de places assises et de quelques places au bar, le reste de l’espace étant dédié à une cuisine ouverte. Il est convivial au même titre que ses propriétaires, avec des tables en bois, une petite section avec des banquettes bourgogne, des murs blancs rehaussés de toiles évoquant le lapin et la chasse (concept oblige), de longues étagères personnalisées avec des livres, des bouteilles et des plantes. Des fleurs fraîches colorent un peu partout l’espace. C’est chaleureux, presque amical. On comprend pourquoi les propriétaires veulent en quelque sorte faire un party de cuisine chaque soir.
Crédit photo Sophie Ginoux

Je prends place, avec mon complice du jour, au bar, un lieu idéal pour voir le chef, qui s’est adjoint les services de Jessica Noël à Mon Lapin, et sa brigade s’activer derrière les fourneaux. Avec un premier verre de très bon vin suggéré par notre serveur, qui a de toute évidence une belle connaissance de la carte, nous scrutons le menu, qui ne comporte pas vraiment de section, mais plutôt une liste d’une vingtaine de suggestions allant du pain de topinambours à l’assiette de pintade accompagnée de choucroute. L’idée est ici de tester des choses en petite ou moyenne portion pour varier les plaisirs. Parfait, j’adore ça!

Nous commençons l’aventure avec une petite assiette de saucisson de Philippe Viens, une boucherie qui réalise spécialement pour le groupe des salaisons. Il est absolument délicieux, mais même si l’on tient compte du caractère exclusif de ce produit, est-ce que six tranches de saucisson servies telles quelles valent vraiment 10 dollars? Cela me laisse un peu dubitative. Toutefois, nous avons fait mouche en commandant à côté ce fameux et succulent pain de topinambours, servi avec du beurre de tournesol.
Crédit photo Sophie Ginoux

Suit une petite assiette de maquereau cru et oseille. D’une fraîcheur et d’une délicatesse irréprochables, le maquereau est coupé en petits morceaux au couteau et apprêté avec du yogourt de bufflone et du seigle soufflé. De grosses feuilles d’oseille de la Ferme des Quatre-Temps le surplombent. L’ensemble est simple, cohérent. Une petite touche de salinité ou d’acidité supplémentaire l’aurait-il encore magnifié? Peut-être, mais c’est une question de goût personnel.
Crédit photo Sophie Ginoux

Nous plongeons ensuite nos fourchettes dans mon premier coup de cœur de la soirée : la carbonara d’anguille fumée. Quelle excellente idée d’associer ces pâtes maison à base de farine de seigle et coupées à la guitarra (un ustensile traditionnel des Abruzzes, en Italie, constitué de fils tendus) avec de l’anguille de Kamouraska détaillée en lardons! Les pâtes sont divines, à la fois typées et charnues. L’anguille est quant à elle d’une grande élégance, et la préparation de carbonara, dans laquelle on a intégré du Fleur des Monts, un fromage de brebis québécois, complète le tout de manière gourmande. Seul petit bémol : c’est un brin trop salé pour mes papilles.
Crédit photo Sophie Ginoux

Nous poursuivons notre dégustation avec une assiette de calmars et pleurotes de la petite entreprise montréalaise Blanc de Gris, cuisinés avec une sauce chasseur et encre de seiche, et couronnés de barbe des moines, une plante de bord de mer. Encore une fois, l’originalité rencontre la gourmandise, et les cuissons sont parfaites. Rien à redire.
Crédit photo Sophie Ginoux

Nous terminons le volet salé du repas avec un mariage très étonnant d’haricots romano et de tripes braisés, servis avec une légère chapelure d’herbes. Il s’agit sans doute du choix le plus audacieux de la soirée, car tout le monde n’apprécie pas le caractère gras et un peu gélatineux de cette partie de l’estomac de ruminants. Toutefois, les tripes cuisinées par Marc-Olivier Frappier sont des plus réussies, alors je les recommande aux plus aventureux d’entre vous.
Crédit photo Sophie Ginoux

La touche finale de cette soirée est à la mesure du talent du chef et mérite mon second coup de cœur. Constitué d’un gâteau étagé à base de sarrasin, mêlé avec du miel de sarrasin, du fromage frais, un glaçage à la crème fraîche et surmonté de tuiles de doigts de dame, c’est du vrai bonheur en barre. Beau, surprenant, goûteux, fondant, craquant. Wow!
Crédit photo Sophie Ginoux

Mon Lapin a donc vraiment tenu ses promesses et nous a fait passer une excellente soirée. L’addition peut grimper vite si on se laisse aller à vouloir tout goûter, mais il est tout à fait possible de se faire plaisir avec un ou deux choix sur la carte, ne serait-ce que pour saisir l’esprit génial qui guide l’équipe du Joe Beef, du Liverpool House et du Vin Papillon depuis des années.

Mon Lapin
150, rue Saint-Zotique Est

À LIRE AUSSI: