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​Emiliano’s : pire expérience resto de 2016

Crédit photo : Christine Plante
​Emiliano’s : pire expérience resto de 2016
La restauration, ce n’est pas facile.
 
Pas facile de faire sa place parmi la concurrence, parmi les nouveaux restaurants qui ouvrent leurs portes toutes les semaines… Pas facile de trouver sa voie en tant que chef et de créer une cuisine qu’on souhaite unique, reconnaissable et qui séduit assez de monde pour qu’elle remplisse le restaurant, au moins assez pour terminer l’année avec un peu de profit.
 
Moins d’un restaurant sur cinq réussit à souffler ses 5 bougies au Québec.
 
Je suis consciente de tout ça, et c’est pour cela que je pèse mes mots quand je fais une critique négative d’un resto. D’abord, parce qu’il est très rare que TOUT de l’expérience soit regrettable. Mais aussi, parce que j’ai un grand respect pour toutes les initiatives – ça prend de tout pour faire un monde – et surtout, parce que mon opinion n’est pas universelle.
 
Alors, voilà. Vous aurez compris que si je veux m’expliquer avant de me lancer dans la critique, c’est parce que mon expérience chez Emiliano’s sera certainement, dans quelques semaines je pourrai le confirmer, la pire de mon année.
 
Je ne fais pas partie du public cible faut croire.
 
Mais quand j’arrive devant un magnifique immeuble historique du Vieux-Montréal et que c’est éclairé de néons mauves, déjà, disons que ça part mal. J’ai comme une impression d’irrespect envers le patrimoine, de « douchebagisation » de la modernité face à l’histoire… Mais c’est peut-être moi qui suis vieux jeu.
 


Alors on entre, en faisant fi de cette prémisse qui sème le doute, et l’ambiance intérieure est un parfait reflet de cette prémonition. En version plus concentrée.
 
Du boum-boum.  
 
Du boum-boum électronique de piste de danse adolescente, avec un DJ booth pis toute. N’avait-on pas annoncé une expérience de fine cuisine??? Je suis mêlée. Tiens, je vous mets la musique – no joke, on l’a « shazammé » – qui jouait à tue-tête quand on s’est assis à l’étage.

Mettez ça dans le tapis pour voir, si vous ça vous met dans une ambiance de haute gastronomie.
 


J’ai de la misère à me faire comprendre quand je demande au serveur s’il est possible de changer de table parce qu’il nous a assis juste devant la bouche d’aération. On gèle.
 
À partir de ce moment-là, disons qu’il fallait vraiment que la cuisine soit exceptionnelle pour qu’elle justifie ses prix (eh oui, niveau prix on parle bel et bien de « haute gastronomie »), ce qui malheureusement n’a pas été le cas. Ce n’était pas « mauvais » en tant que tel – j’aurais même peut-être apprécié mon repas dans d’autres circonstances, mais on ne mange pas qu’avec la bouche. Tous les sens sont mis à contribution dans la restauration, et le chef tient le rôle principal parmi une distribution (service, ambiance, décor, musique, prix, etc, etc.) qui doit quand même être cohérente pour que la critique – et surtout le public – soient convaincus.
 
Le guacamole au crabe « épicé » n'était pas vraiment piquant, du moins pas assez pour réveiller mes papilles (Vive notre équipe diversifiée! Marie-Claude avait bien aimé!), servi avec des chips tortillas sans recherche de présentation visuelle élaborée  – ce qui caractérise souvent les réinterprétations « fine cuisine » des classiques d’une cuisine humble. Je vous laisse en juger: 
 
Guacamole au crabe épicé, 14 $
 
Ceviche décevant, beaucoup trop cher et qui me fait m’ennuyer cruellement de ce voyage au Costa Rica où j’ai goûté – c’est toujours le cas après celui-ci – le meilleur de ma vie.

Ceviche de poulpe "infierno", 18 $

Tacos de poisson, bons mais sans le caractère vraiment nouveau qu'il faudrait à ce plat qui se multiplie à la puissance mille aux quatre coins de la ville. Ça ne bat pas beaucoup de ses concurrents servis pour la moitié du prix.
Tacos de poisson "Del Muelle", 14 $

Grave erreur, nous nous sommes laissés conseiller par le serveur qui vraisemblablement nous a orienté vers les classiques du répertoire commun. Nous voilà servis. 

Avec un drink rappelant les néons mauves de l’entrée – un goût de semaine dans le sud – la boucle est bouclée.



Finissez sur une facture de 120 $ (pour 2 entrées, 3 tacos et les drinks) et vous avez un peu mon portrait psychologique de fin de soirée.



Dommage, parce qu’Emiliano’s avait « une belle tête de vainqueur ».

Photos Christine Plante
 
 
Restaurant Emiliano’s
514 316-8017