+ Toutes les playlists

Le Détesteur: j'ai exigé qu'on me serve en créole. Les Québécois sont FÂCHÉS.

Crédit photo : Murphy Cooper
Le Détesteur: j'ai exigé qu'on me serve en créole. Les Québécois sont FÂCHÉS.
Dans une récente vidéo qui s'apprête à franchir le cap du million de vues, je m'emporte contre l'employé d'un café qui n'aurait pas été en mesure de me servir mon café en créole, comme je l'exige.



«On est à Montréal, en 2018, et si un client te parle en créole, tu réponds en créole.»

Et si jusque là son caractère satirique n’est pas encore assez évident, j’enchaîne en affirmant que les trois langues officielles des Montréalais sont le franglais, l’anglais et le créole haïtien. J’en profite d’ailleurs pour relâcher quelques mots en créole.

« Se 2018 nou ye la, oui ? Sou vle pale ave'm, m’ap pale kreyol ou reponn kreyol ! »

De manière pratiquement unanime, la communauté haïtienne d’ici et d’ailleurs semble avoir apprécié, mais plus important, ri de bon coeur.

Ce qui fascine et déçoit un peu ici, c’est qu’à travers ces emojis de bonhomme qui pleure de rire, « Il m’a trop dead ! » et « Mezanmi, map mouri ! », le laid faisait connaître son intention de tout ruiner à grands coups de « Hey le cave ! On n’est pas en 2018 ! », « Icitte on est au Québec pis on parle français ! Si t’es pas content, va donc vivre en Haïti ! » et « Il va être temps que quelqu’un lui crisse une claque à cet esti de fif-là ! ».

Ce laid-là, c’est le Québécois dit de souche, aussi prévisible que tristement décevant, qui affiche, pour une énième fois, une incapacité embarrassante à déceler l’ironie et qui ne tarde jamais à manifester une agressivité qui s’accompagne bien souvent d’une féroce envie de donner des coups de poing. C’est celui que j’ai côtoyé plus que les autres, ce sont les gens avec qui j’ai cheminé une bonne partie de ma vie. Gênant. Navrant.

J’en ai déjà fait mention ici, ça fait 4 ans que je m’adonne à ces petites expériences vidéo à saveur de satire. Vice s’est même intéressé à mon cas en 2015, alors que j’ai fait croire à des milliers de Québécois qu’il existait une alternative privée à Hydro-Québec. Je ne m’étonne plus de voir les gens tomber si facilement dans le panneau. Je ne m’en réjouis pas non plus. Je sais bien que l’éducation a beaucoup à y voir. À l’ère postfactuelle, nous devons nous asseoir et avoir cette discussion. Ça va de soi.

Ce qui distingue le Québécois pure laine des autres communautés, c’est la violence avec laquelle il cherche à faire taire ce qui le titille. Il n’aime pas ce qu’il voit ? Violence. Ma voix le fatigue ? Violence. Le bibelot derrière moi est d’une laideur sans nom ? Violence. Mes propos n’ont pas de sens pour lui ? Violence. Violence. Et violence.

Le recours à la violence pour si peu. Pour reprendre le contrôle (qu’il n’a jamais perdu) de son environnement virtuel. Pourquoi ne pas plutôt me bloquer ? Parce que, violence. Violence, c’est toujours mieux.

Je ne le dis pas avec fierté, ni pour me démarquer du lot. C’est un constat qui m’accable. J’ai cumulé quatre années de documentation, de inbox et de screenshots et je peux maintenant le dire, le plus belliqueux, c’est le Québécois. Le plus orgueilleux, le plus borné, c’est le Québécois.

Ah mais, bien entendu, tous les peuples sont crédules. Pas rien que le Québécois. Mais, — revenons à la vidéo d’hier, par exemple — lorsqu’un Haïtien me prend pour un illuminé aux prises avec de sévères problèmes de dépendance aux drogues dures, il n’est pas habité d’idées meurtrières. Se moquer du personnage le satisfait abondamment. Et quand on lui met la puce à l’oreille quant au caractère satirique de la vidéo, il est capable de rire de lui-même. Il se trouve drôle d’avoir été aussi naïf.

Depuis les quatre dernières années, les Québécois veulent me battre. Même quand on les prend par la main pour leur expliquer ce que je fais, rien ne fait. Ils veulent me battre quand même. Ils reviennent s’humilier, semaine après semaine, sous mes publications. On doit leur expliquer une seconde fois, puis une autre, puis une autre, puis une autre. Ils n’ont pas envie de comprendre. Ils ont une soif inapaisable de sang.

Dans les cas où je m’en prends à la langue française ou que je prétends être un enseignant qui impose la burqa à ses élèves, je m’explique déjà mieux cette envie de frapper. Mais l’histoire, c’est que je ne fais pas seulement ça. Mon personnage ne leur est pas toujours hostile. Qu’importe ce qui est dit dans mes vidéos, on veut me battre. Pour des raisons purement irrationnelles, discriminatoires et toujours injustifiables.

Parallèlement, les membres d’autres communautés prennent ça avec sourire et zénitude. Comme si pour eux, un con qui est pointé du doigt avait déjà suffisamment payé. Pas besoin d’en rajouter.

Je dis plus haut que le Québécois n’était pas plus crédule que les autres. J’imagine que c’est vrai. Mais le fait qu’il soit sans cesse drivé par l’intolérance et la haine l’amène à croire plus facilement pour justifier les injures qu’il profère. Quand même, au bout de quatre ans, il n’a toujours pas trouvé le moyen de saisir ce que je fais. Quatre ans plus tard, nous (les initiés de ma démarche et moi) en sommes au même stade, avec les mêmes questions, les mêmes malaises et les mêmes incompréhensions à son égard.

Tandis qu’hier, des centaines de milliers d’Haïtiens m’ont découvert pour la première fois et ont tout de suite saisi de quoi cette vidéo retournait. Bien que le discours leur a été favorable, peu de « Euh, c’est parce qu’on est en 2017, pas 2018 ! » ont pu être lus de leur côté. Aucune mention de ma voix « trop aiguë ». Rien de désobligeant. Pas la moindre trace d’injure. Certains se sont même employés à nous livrer une analyse limpide et précise de la réaction émotive du Québécois bougonneux et entêté qui n’a manifestement rien pigé de la vidéo. Une compréhension claire et juste de la situation. Un recul digne de mention.

Patients, ils ont pris le temps et l’énergie de converser avec les Québécois (pas très réceptifs), parfois en créole, pour rigoler. Pour expliquer au pure laine ce qu’il a mis 4 ans à (ne pas vouloir) comprendre, tandis qu’eux l’ont compris du premier coup. Ils auraient pu mal réagir à ma vidéo et aux commentaires qu’elle a générés. Je m’y préparais; les Québécois réagissent toujours très mal. Mais non. Pour une rare fois, mon expérience fut agréable. Mon plus gros coup jusqu’à maintenant. 15 600 likes, 12 700 partages, 10 000 commentaires et un million de vues. Aucun débordement. Et MEZANMIIIIII, M’AP MOURIIIIIII. 

Tout ceci relève évidemment du domaine de l’anecdotique, quoique ma vidéo et ses réactions demeurent à votre disposition. Je ne cherche à convaincre personne. Mais voilà la relation alambiquée avec « les miens » dans laquelle je me retrouve actuellement. Il y a quelque chose chez le Québécois qui me rend mal à l’aise et peu fier. Une violence que, même, je décèle depuis mon entrée dans le monde adulte. Une violence systématique qui est dirigée vers tout ce qui déroge de la mâlitude du gars de construction machiste, de la partisanerie sportive ainsi que de la fierté blanche et québécoise du caleur de bières qui s’affuble du drapeau du Québec en guise de cape à la St-Jean et dont la photo de profil est une voiture. 

Ce malaise, je le ressens sous chacune de mes vidéos. 

Anmweeeee, mezanmi Kebekwa yo pa konprann anyen!