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«Carol»: du grand cinéma, d'une beauté bouleversante

Crédit photo : Courtoisie
«Carol»: du grand cinéma, d'une beauté bouleversante
Il y a de ces films qui vont droit au coeur. Qui donnent raison au cinéma d’exister, de continuer à s’élever. Le Carol de Todd Haynes (I'm Not There, Velvet Goldmine) frise la perfection. Une proposition filmique élaborée et enflammée par l’amour. Carol s'inscrit dans l'Amérique des années 50, au sein d'une société qui étouffe les différences sous une hétéronormativité blanche à la «ils se marièrent et eurent beaucoup d’enfants». Le bonheur intérieur sacrifié au nom du bien-paraître. Reste ensuite ceux que la société étiquette comme marginaux. Accepter de vivre plutôt que d'être emprisonné dans une routine de malheurs et de tristesses. « We’re here, we’re queer, deal with it ».   

Une journée de magasinage quelques jours avant Noël. Thérèse (Rooney MaraThe Girl with the Dragon Tattoo) rencontre Carol (Cate BlanchettBlue Jasmine). C'est l’amour au premier regard. Carol vit un mariage malheureux; seul son enfant la rend heureuse. Thérèse, plus jeune, explore et essaie l’amour sans grande passion avec un garçon. Les deux femmes organisent un road trip pour s’éloigner de tout. Pour vivre seulement l’une pour l’autre. Un changement de cap un peu radical qui laissera planer la possibilité de revenir à ces temps si beaux. 

Une chaude Cate Blanchett porte la sensualité de par sa voix et ses mouvements. Rooney Mara en fleur qui s’ouvre pour s’envoler comme un cygne. Les deux femmes révélant l'abandon le plus total devant la caméra. Todd Haynes maîtrise l’art du drame romantique avec la classe hollywoodienne d’une autre époque. Pour constater l'influence directe, voir ses excellents Far From Heaven et Mildred Pierce ou encore se lancer dans l'oeuvre de Douglas Sirk. La mise en scène soigneusement travaillée place méthodiquement ses acteurs dans le cadre pour les magnifier. On a l'impression de voir s’enchaîner une suite d’images qui nous renvoient à un univers du genre Edward Hopper.

Des images fortes, chargées, qui embrassent les personnages pour laisser briller de mille feux la complexité d’une émotion profondément ressentie. Un regard souvent «à travers de», les personnages distanciés par les différentes couches qui les séparent de l’écran, la séparation comme une coupure qui ne fait que marquer les tourments. Une musique composée par Carter Burwell qui vient porter par ses violons l’ampleur de ce qui se vit. Histoire empruntée à Patricia Highsmith et son roman The Price of Salt (cette même auteure à qui l’on doit aussi The Talented Mr. Ripley). Sans conteste l'un des meilleurs films de l’année.

Carol 
En salles dès le 11 décembre