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Critique du film «Blue Jasmine»: un des meilleurs Woody Allen des dix dernières années

Un nouveau film de Woody Allen suscite toujours une petite crainte. Aura-t-on droit à une carte postale surannée et improbable comme ce Midnight in Paris (2011)? Ou à un de ces films bien écrits sur les relations humaines tortueuses à la Match Point (2005)? Avec Blue Jasmine, Allen campe une histoire qui met en opposition l'élite financière de New York à la petite classe moyenne de San Francisco via le portrait de deux soeurs. Afin d'émerger d'une dépression nerveuse, Jasmine (la sublime Cate Blanchett), femme d'un escroc des finances qui a tout perdu, se réfugie chez sa sœur Ginger, (Sally Hawkins) caissière d'épicerie. Le clash est important, voire insurmontable. Mais tour de force. Le réalisateur américain aujourd'hui âgé de 78 ans signe l'un de ses meilleurs films depuis... les dix dernières années. Car soyons franc, Allen, qui sait être intéressant, n'écrit plus des œuvres aussi magistrales que Manhattan et Annie Hall. C'est par son regard cruel et sans complaisance sur Jasmine que le réalisateur surprend, offrant une critique de la société américaine dans laquelle il évolue.

Soyons franc. Les quinze premières minutes de Blue Jasmine n'annonçaient rien de bon. Étions-nous devant un épisode sur grand écran des Bobos à Télé-Québec? On pouvait bien se le demander. Jasmine, cette femme qui engloutit Xanax et verres d'alcool à chaque palpitation au coeur, semble à première vue caricaturale, un cliché sur deux pattes. Ses valises Louis Vuitton qui portent ses initiales, son amour pour la première classe tout comme la veste Chanel à laquelle elle s'accroche, semblent être du toc, l'uniforme typique de la grande bourgeoise. Mais plus l'histoire se déploie, et plus le personnage se complexifie. Jasmine n'est pas seulement une femme mondaine narcissique, elle est avant tout un être dévasté par son histoire, brisé par les mensonges d'un mari qui a entretenu femmes et richesse en escroquant les gens. Ça vous rappelle les Bernie Madoff et les Vincent Lacroix de ce monde? Ici, l'ingéniosité de Woody Allen, c'est de montrer les ravages chez les proches de ces hommes d'affaires sans conscience et sans éthique. Comment reste-t-on aveugle face aux manigances? Pourquoi croit-on à certains mensonges? Blue Jasmine révèle bien les tristes rouages de l'acceptation de ces zones d'ombres et surtout, les conséquences dramatiques pour l'entourage, tout particulièrement pour Jasmine, qui perd tout, argent et raison.

La marque des films de Woody Allen, c'est l'art du dialogue, un peu névrosé, mais toujours empreint de vérité. Un style qu'il a forgé en se mettant en scène, lui et sa verve légendaire. Aujourd'hui, cette grande force, le style d'Allen diront certains, se transforme parfois en faiblesse. Car, ça jacasse toujours dans Blue Jasmine. Tellement que la belle Jasmine se parle seule dans la rue, une belle idée qui permet à Woody Allen de meubler son film de mots et encore plus de mots. Allen joue gros. Et il est parfois lourdaud. Cette Jasmine, imbuvable mais qu'on affectionne malgré tout, révèle tout le talent de Cate Blanchett qui réussit à injecter une touche de réalisme et d'humanité à un personnage plus grand que nature. Sa longue chute marque l'imaginaire et apporte une véracité quelque peu sinistre au 46ième film du réalisateur, l'aficionado des fins heureuses. Une oeuvre marquante qui prend tout son sens dans un monde qui entretient un culte malsain autour de l'argent.

Blue Jasmine 
En salles le 30 août