Le Détesteur te jase de la boutique sur Sainte-Cath qui se fout des francophones

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Le Détesteur te jase de la boutique sur Sainte-Cath qui se fout des francophones
Émilie Deshaies
Publié le 6 Novembre 2012 à 16h55

La semaine dernière, je m'adonnais à mon lèche-vitrine hebdo, pis comme d'hab, j'ai longé Sainte-Cath à partir de la station Guy-Concordia pour finir à McGill, avant de revenir vers chez moi me procurer l'équivalent des morceaux convoités qu'on voulait me vendre à 300$ chez Urban Outfitters, pour 5,99$ à la friperie de mon quartier. C'est un rituel.

Pendant mon excursion, une voix m'a interpellé et interpellait les passants, sur le trottoir. Un message pré-enregistré était diffusé en boucle et à haut volume par une boutique qui voulait faire connaître ses offres promotionnelles. Des souliers d'été pour un prix modique. Jusque là, cool ! On se trouve dans une zone commerciale et chaque boutique s'assure de nous le rappeler à sa façon. Le problème, c'est que l'audio transmis n'était pas disponible dans la langue de ma province. Il ne l'était qu'exclusivement en anglais.

Je ne suis pas la personne la plus reconnue pour flirter avec la loi 101, mais là, y'avait de quoi faire enrager tout Québécois, qu'importe sa langue et ses origines et qui possède un minimum de notions de respect. C'est l'ultime insulte. C'est symbolique. En quelques secondes, j'ai pu sentir l'arrogance dans ce détournement de loi et l'ignorance dans cette transcendance des codes.

J'pourrais te dire que j'suis au Québec, et qu'avant tout, c'est ce qui me fâche. Entre autres choses, oui. Mais c'est plus que ça. C'est que ceux qui parviennent à vivre uniquement en anglais à Montréal et qui évitent tout contact avec le français, semblent oublier que cette langue est notre langue officielle.

Montréal ville multiculturelle, certes, mais cette boutique se trouve sur une des rues les plus connues du Québec. Et même si, de par ses universités Concordia, McGill et collège Dawson, cet arrondissement peut sembler particulièrement anglosaxon, il faut se raviser. À quelques pas de là, se situent les Gare Centrale, Windsor et Lucien L'Allier qui accueillent chaque jour des milliers de francophones venant de partout à travers la province. Dans le même coin, les Place Bonaventure et Ville-Marie s'y sont installées. De même pour le Complexe des Ailes, le Collège Lasalle, l'ÉTS et l'UQAM. Et tout ça sans compter les nombreux Montréalais francophones, d'adoption ou non, qui se déplacent d'un quartier à un autre, à tous les jours, et qui, se font distribuer des milliers d'exemplaires des quotidiens gratuits 24H et Métro, dans la langue de Gilles Proulx, évidemment. Ça devrait être suffisant pour comprendre que le français est chez lui ici.

Faisant fi de tout ça, le propriétaire de la boutique a décidé d'enregistrer quand même son message audio et d'omettre de diffuser une version française, imprégnant du même coup les passants d'une atmosphère commerciale entièrement en anglais. Une câlisse d'insulte pour tous les Québécois et qui mérite une sanction.

Je n'ai aucune difficulté à co-exister avec nos amis anglophones à Montréal. Tant qu'on arrive à communiquer, et ce, même si ça implique qu'on me réponde dans ma langue seconde. Je dois toutefois admettre avoir un faible pour ceux qui se sentent mal de ne pouvoir me relancer en français. Déjà mieux que si on me fait sentir con de ne pas m'exprimer dans une langue internationale dès que je mets le pied hors de mon appart.

Je vous déteste.