Le Détesteur : Marie-Élaine Thibert et la joke de face laide
Mise en contexte rapide. Dimanche soir, tout juste après Tout le monde en parle, les médias sociaux ont été frappés par une citation prise hors contexte dans un numéro d'humour de Guillaume Wagner dans lequel il s'en prenait à Marie-Élaine Thibert et qui n'était pas destiné à hit le mainstream. (Parce que yeah, le monde du divertissement existe en dehors des médias traditionnels.) Elle l'a mal digéré et a voulu régler ses comptes sur sa page Facebook en utilisant le "I word". INTIMIDATION. S'en est suivie une rafale de commentaires. Guillaume a par la suite rectifié le tir pis les deux ont fini par s'aimer, finalement. Bref, débrouille-toi pour mettre la main sur un meilleur résumé de la situation.
Je n'ai pas envie de m'éterniser sur la joke d'un numéro qu'on m'a rapporté tout croche et auquel je n'ai même pas assisté. Moi ce qui m'a frappé, ce sont plutôt les commentaires sur les médias sociaux. De voir que l'on bash sur le physique d'une personne, vedette ou pas, était chose beaucoup trop banale. Et que ceux qui défendent l'insulte envers le physique me répondent encore ce type d'âneries:
« Oui mais là, à un moment donné faut s'assumer. Si t'es laid, t'es laid, point. Apprends à rire de toi-même, tu vas être comme ça toute ta vie, t'es mieux de t'y faire! »
Cette chronique va donc principalement casser cet argument pour de bon.
Ce qui insulte, ce n'est pas qu'on apprenne à une principale concernée qu'elle est laide, parce que ça, probablement qu'elle cherche déjà à le vérifier à chaque fois qu'elle passe devant le miroir. Elle a certainement remarqué qu'elle n'était pas nécessairement la plus jolie (qui l'est, de toute façon?) et espère au minimum ne pas être la moins belle.
Non, ce qui blesse, c'est autre chose. C'est quand on décide de gâcher sa journée, voire sa semaine, avec un constat qui pourrait paraître si futile mais qui pourtant semble porteur d'un silence insupportable qu'on a finalement brisé. Enfin! On lui a dit qu'elle était grosse. Fallait que ça sorte. Cette impression d'urgence de trahir Polichinelle en divulguant son plus grand secret que tout le monde avait sur le bout des lèvres anyway. C'est ça qui fait mal, qui fait se demander si pendant tout ce temps, on n'aurait pas fait semblant d'être en paix avec le poids de quelqu'un, alors qu'au fond, on l'observait comme s'il avait des allures d'extra-terrestre. Sans le savoir, on le laisse croupir avec des dizaines de questions en tête.
Et quand on omet l'utilisation du « Je trouve que... », il se demande si c'était intentionnel, si on avait voulu lui faire comprendre qu'on s'est fait porte-parole d'un cercle d'amis, d'une province entière. Qu'il y avait eu consensus après consultation. Parce qu'après tout, quand un crétin se permet d'insulter devant autrui, c'est qu'il a forcément calculé qu'on ne lui remette pas sur le nez, qu'on acquiesce ou qu'on en rit. Et pour ça, il faut en avoir discuté avec les autres, au préalable. Pire si on n'en a même jamais parlé mais qu'on devine que tout le monde pense la même chose. Pas difficile de croire alors à un dégoût tacite, à un sous-entendu collectif.
C'est souvent au moment où une personne commence à peine à s'habituer au corps qu'on lui a offert qu'un imbécile intervient pour la faire douter en lui annonçant au nom du reste de la terre que son cas s'avère largement plus catastrophique qu'elle ne le croyait.
Et pour se défendre, il exige d'elle qu'elle le prenne en riant, qu'elle accélère son processus d'épanouissement et que paradoxalement, elle s'accepte comme il la voit. Laide.
Il est là le mal et c'est un peu ça qu'on a fait, sur les médias sociaux, dimanche soir dernier. La joke de Guillaume, dans son contexte est OK, mais la récupération qu'on en a fait est inacceptable.
Je vous déteste.





















