FME – jour 2: Malajube, Canailles et la colle
Après le menu propice aux découvertes de la veille, la seconde journée du Festival de musique émergente de Rouyn-Noranda, le 2 septembre, nous a ramenés en terrains familiers. Des terrains nécessaires à revisiter, cela dit. L’humeur particulièrement festive du FME réclame certaines visites, certains retours. Des noms qu’on a vus cent fois, mais qui s’insèrent dans l’événement comme Bernard Derome s’insère dans une soirée électorale.
C’est le cas de Malajube, avec son côté psychédélique et son muscle rock. Le retour du quatuor était l’un des événements incontournables du weekend et affichait donc complet depuis un moment. Les gars se sont montrés égaux à eux-mêmes: allumés, emportés, capables à la fois de précision et de laisser-aller. Le programme était semblable à celui proposé aux concerts des derniers mois: un tiers La Caverne, un tiers Labyrinthes, un tiers Trompe-l’œil, avec une version accélérée de «Les dents» pour toute allusion au Compte complet. Une variation: la présence du cousin Jean-François Mineau à la batterie à la place de Francis Mineau.
L’accueil pour Panache, juste avant, a été correct quoique pas optimal. Le combo indie-pop a pris du gallon avec la présence scénique accrue du chanteur Benoît Fréchette et l’apport de Lydia Champagne à la batterie, mais il avait le malheur de jouer tout juste après Socalled, beaucoup plus attendu. Lui aussi s’est montré égal à lui-même: engageant, divertissant, avec quelques tours de magie en réserve entre les tubes du récent Sleepover.
L’étape suivante: Canailles au Diable Rond. Un groupe que j’imaginais très bien au FME depuis la première fois où je l’ai vu au Quai des brumes, en avril 2010. Comme prévu, le message est passé comme lettre à la poste. Son mélange festif et dansant de bluegrass, de cajun et de blues a fait remuer et sourire la salle pleine. Bien que plus réservés que le public montréalais, les Rouyn-Norandiens ont répondu favorablement aux invitations du groupe à la danse en ligne et même au crowd surfing. Un été entier de tournées a fait du bien à la bande: son jeu est plus fluide, ses harmonies vocales, plus étoffées, et elle a enfin réintégré à son répertoire l’excellente pièce «Dimanche», si authentique qu’on croirait entendre un blues traditionnel cajun d’un âge passé. L’Américain Hanni El Khatib, qui jouait juste après sur la même scène, a eu moins d’impact. Son blues punky servi en duo à la manière des Black Keys restait dans le déjà entendu et ne dégageait pas d’énergie notable.
Plus tôt au cours de la journée, les Betalovers (en photo), de Sherbrooke, ont eux aussi frappé fort au Trèfle noir. Le groupe peut passer du folk à la Tom Waits à une pop teintée de soul et de funk sans s’égarer et ses mélodies s’imposent à la première écoute. Ses tendances théâtrales de même que l’accent perceptible du chanteur Charles Lavoie en anglais ne sont pas sans agacer, mais le quatuor joue la carte du pop-rock mainstream avec une certaine adresse et semble promis un bel avenir.
Le meilleur concert de la journée, voire même du festival, pourrait cependant bien être celui que Dan Tremblay, guitariste de Canailles, et Brad Barr, des Barr Brothers (pas inscrits aux programme du festival, mais présents de facto avec le projet Muse Hill), ont livré durant la nuit autour du feu au Camp Flavrian. Les deux dompteurs de six-cordes ont fraternisé à coup de blues acoustiques jusqu’au lever du jour, donnant lieu à quelques excellents moments.
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