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Alexandre Champagne: papa, photographe et porte-parole du World Press Photo Montréal 2018

Il y a quelques jours, on avait le plaisir de t’annoncer que le World Press Photo était de retour en ville avec comme porte-parole le photographe et entrepreneur montréalais Alexandre Champagne. On en a profité pour lui poser quelques questions relatives à son métier et à son implication dans le World Press Photo cette année.
Source : Instagram d’Alexandre Champagne
 
Tu as été nommé porte-parole de l’édition 2018 du World Press Photo cette année. Félicitations, c’est tout un honneur! Peux-tu nous expliquer comment ça s’est passé et comment tu te sens par rapport à ça?

«D’abord, je me sens honoré. Je t’explique comment ça s’est passé: quand j’avais mon émission sur TOU.TV avec Trois Fois Par Jour, j’ai voulu rencontrer des photographes et le directeur général du World Press Photo pour en savoir plus sur le photojournalisme et la manière de faire de la photo quand tu n’as aucun contrôle sur la situation. J’ai donc rencontré Ivanoh Demers, photojournaliste à La Presse et Yann Fortier, le directeur général du World Press à Montréal.

À la fin de notre entretien, j’ai dit à Yann : ‘’Si t’as pas de porte-parole cette année, j’aimerais vraiment ça le faire. Je fais de la photo et ça fait 12 ans de suite que je vais à l’expo’’. Il m’a dit : ‘’Eh bien ça tombe bien, parce que j’ai donné ton nom! Je pense que ça va fonctionner.’’

J’ai ensuite rencontré le photographe Matthieu Ritz. Ça a bien cliqué. Il m’a proposé d’être porte-parole et même d’exposer mon travail sur les gens qui avaient été victimes de l’attentat à la Grande Mosquée de Québec.»
 
Crédit: Bruno Guérin

Quelle est ta photo préférée de l’expo cette année?

«Il y en a plusieurs. La photo que j’ai particulièrement aimée est celle qui a été prise en Corée du Nord, au marathon de Pyong Yang. Elle est très graphique, symétrique, placée. L’éclairage et les couleurs sont assez puissants. Ça parle très fort de la Corée du Nord. J’aime beaucoup la photo de l’année aussi, évidemment. Non seulement c’est un exploit graphique mais technique en même temps. Setter sa caméra aussi rapidement pour prendre quelque chose d’aussi spectaculaire, c’est tout un défi!»

As-tu déjà réalisé des photoreportages de type journalistique?

«J’en ai fait souvent, mais jamais sous la forme d’article ou de projet à long terme. J’en fais plus présentement, et mes projets vont se retrouver sur les réseaux sociaux, principalement. Je veux donner de la visibilité à des enjeux sociaux qui me touchent, et défaire les mythes autour des réseaux sociaux. Par exemple, avec le hashtag #lesgens, j’ai envie de présenter des gens qui font des choses extraordinaires avec les réseaux sociaux et qui se sont servi de la force de ces outils-là pour sensibiliser les gens autour d’eux.»

Qu’est-ce que tu dirais à quelqu’un qui n’est jamais allé au World Press Photo pour l’inciter à y aller cette année?

«Premièrement: ''t’étais où depuis ces 13 dernières années?'' (Rires) Pour moi, c’est primordial d’aller au World Press, juste pour aller voir ce qui se passe ailleurs, se rappeler qu’il y a des gens qui ne l’ont pas facile. Quand on prend conscience de ça, on réalise à quel point on est privilégié en Amérique du Nord d’avoir ce qu’on a, et d’être capables de se rendre à des lieux en toute sécurité. Je pense que c’est bon pour l’âme de voir ça. Il y a choses qui sont très difficiles à constater, mais c’est important de le faire quand même. Il ne faut pas se garder les yeux fermés. Il faut s’informer en y allant et par la suite, peut-être changer son comportement par rapport à certains enjeux sociaux autour de nous.»
 
Crédit: Bruno Guérin

Qu’est-ce que tu aimes le plus de ton métier de photographe?

«C’est le fait que je le fais pour moi. J’ai toujours eu des métiers où j’avais des patrons et des producteurs, et je me suis tanné de ça. J’ai fondé ma propre entreprise Trois Fois Par Jour qui nous (Marilou et moi) a fait grandir et travailler sur nos qualités. Maintenant, je finance mes propres projets, majoritairement sur des enjeux sociaux. Avec la photo, je n’ai pas besoin de l’approbation des autres. Quand j’étais en humour, je n’avais pas le choix d’avoir l’approbation des autres. Je suis content de ne plus être à la recherche de validation par tout le monde.»

Quelle est ta plus grande inspiration pour tes photos?

«Ce qui m’inspire le plus, c’est les gens, carrément, et toute la beauté qu’il y a dans la nature humaine. J’essaie de faire le mieux que je peux avec mes portraits, de me servir de ma visibilité pour la mettre à profit des gens que je présente. Il m’arrive d’arrêter des étrangers dans la rue pour les prendre en photo et raconter leur histoire sur les réseaux. J'aime ça.»
 
Crédit: Alexandre Champagne

Quelle est ta personne préférée à photographier dans ton entourage?

«Je n’en ai pas, parce que tous les gens sont différents et tout le monde a des histoires qui leurs sont propres. Il y a de la beauté dans chaque personne que je shoot
 
Crédit: Alexandre Champagne

Quelle est la photo que tu as prise dont tu es le plus fier?

«L’une de celles que j’aime le plus est celle de M. Wilson que j’ai rencontré en Californie. C’est un sans-abri qui m’a demandé de l’argent avec les yeux les plus magnifiques que j’ai vus de ma vie. Ils sont turquoises! Quand je l’ai croisé, je lui ai dit que je n’avais pas d’argent que je l’invitais à manger. La seule chose que je lui ai demandé en échange, c’est de prendre son portrait. On a jasé pendant une heure de temps. Il m’a raconté son histoire de long en large, puis je l’ai pris en photo. Avant de se quitter, il m’a pris dans ses bras vraiment fort.»
 
Pour finir, est-ce que tu peux nous parler de tes projets à venir?

«Je lance un livre le 19 septembre qui s’appelle L’art de réussir toutes ses photos avec un téléphone cellulaire. C’est le premier livre du genre au Canada. Je suis content parce que j’ai en quelque sorte créé mon propre créneau. Il fera 224 pages et comprendra les meilleurs trucs pour réussir ses photos avec son téléphone. Avec ça, je vais faire tous les Salons du Livre de Montréal.

Sinon, mes projets personnels en photo vont également sortir prochainement sur les réseaux sociaux. J’ai aussi un site web qui s’en vient. De plus, j'ai l'intention de créer une bourse pour les jeunes photographes qui veulent faire du photojournalisme pour les encourager à aller plus loin, à se dépasser, et à traiter des enjeux sociaux. Ça s’en vient d’ici 2020 à peu près!»