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« Sur le divan » de François Ruel-Côté à Zoofest : dans la vapeur d’une bromance toxique

Crédit photo : Myriam Frenette
« Sur le divan » de François Ruel-Côté à Zoofest : dans la vapeur d’une bromance toxique
Soyons honnêtes : un show qui commence avec The Final Countdown, du mythique groupe Europe, c’est un peu l’équivalent d’un gars debout sur un char de police qui crie « Regardez comment qu’chu hot! » : c’est un geste de bravoure presque inconscient, et une promesse difficile à tenir. Quiconque y ayant recours est mieux d’assurer pour la suite.
 
Écrit et mis en scène par François Ruel-Côté qu’on a récemment vu dans le rôle de Jésus dans Les secrets de la vérité, du Théâtre du Futur, ce «show de divan» n’est pas conçu pour les enfants, et déride même les plus impassibles avec un humour à la fois trash et intelligent, en plus de faire preuve d’une belle sensibilité.

Ça se peut, ça?



Le concept de Sur le divan est simple : deux gars, constamment effouarés sur un couch, qui jasent de la vie en fumant du weed et en buvant de la Pabst. Tellement simple que ça devient un mécanisme d’une redoutable efficacité pour aborder non pas des grandes questions existentielles, mais des thèmes tout de même très pertinents comme l’ambition, l’âge adulte et la dépendance affective.
 
Nos deux Néanderthals  – interprétés avec conviction par Cédrik Lapratte-Roy et David Bélanger – se connaissent depuis leur plus tendre enfance, et étaient même surnommés «les frères Weed» au secondaire. Phil a une blonde, et Sam trouve qu’il se fait délaisser; il préfère donc enligner les rencontres sans lendemain, et privilégie donc la quantité à la qualité, revendiquant son lointain passé de «chasseur-cueilleur» qui l’incite à semer des enfants en quantité industrielle sur son passage.
 
Présenté sous la forme d’une suite de tableaux qui finissent par tisser une trame narrative précise avec quelques leitmotivs et des enjeux hilarants, le récit fait appel à des personnages aux défauts aberrants, en les rendant immédiatement attachants. Un tour de magie qui a beaucoup à voir avec la profonde chimie qui unit les trois membres du Théâtre la moindre des choses.
 
Le personnage de Sam, le manipulateur sans conscience interprété par Lapratte-Roy, est anthologique, et provoque les rires les plus tonitruants dans le public. Ceci n’enlève rien à la prestation de David Bélanger, qui fait resplendir la vulnérabilité touchante et bonasse de son personnage. On raconte dans certaines chaumières que les personnages ont été peaufinés pendant presque deux ans, et le fruit de ce dur labeur est une proposition décidément très aboutie, qui aborde de façon courageuse et cinglante une bromance toxique dont on aurait volontiers pris quelques heures de plus.
 
Sur le divan est présenté jusqu’au 28 juillet au Monument-National dans le cadre du Zoofest.