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«Ce qu’on attend de moi» au Théâtre Aux Écuries: Inventaire de nos regrets

Crédit photo : Jérémie Battaglia
«Ce qu’on attend de moi» au Théâtre Aux Écuries: Inventaire de nos regrets
C’est avec une petite appréhension qu’on se rendait au Théâtre Aux Écuries, lundi soir, sachant que le seul acteur de la performance allait être sélectionné parmi les membres du public. Le processus est surprenant, et risqué, mais a fait ses preuves au printemps dernier, lorsqu’une première mouture du spectacle a été présentée au OFFTA.
 
Nos craintes étaient cependant vaines, car même si tout le public est debout lorsque s’amorce la sélection, on s’assoit rapidement à mesure que sont exclus les « gens ayant participé à la création du spectacle », les « travailleurs du milieu culturel » et les « journalistes ». Ça ne laisse pas grand monde, et le public choisit l’heureux élu parmi les survivants de la purge, par un vote à main levée.
 
Alors que le public est assis dans l’espace « Café » du théâtre, une série de mystérieuses installations se trouvent du côté de la salle, où sont habituellement présentés les spectacles. Le performeur choisi pour la représentation à laquelle nous avons assisté, un sympathique jeune luthier végétalien nommé Zacharie, ne savait aucunement à quoi s’attendre – et nous non plus, d’ailleurs. Équipé d’un micro et d’un télésouffleur scotché à son oreille, il acceptait carrément de se lancer dans le vide, franchissant une porte derrière laquelle tout est possible.



Il faut posséder une certaine vivacité d’esprit pour se prêter à ce jeu, car des questions assez profondes sont posées au sujet en temps réel, alors qu’il est filmé dans ses aventures, et que le public le regarde en direct dans la pièce d’à côté. Ce que proposent les créateurs Philippe Cyr et Gilles Poulin-Denis, ici, c’est de carrément se réinventer, devenir quelqu’un d’autre pendant une heure, réfléchir à nos regrets et à nos accomplissements, à ceux qui nous aiment et qu’on aime.
 
En regardant Zacharie faire le point sur sa vie, possiblement inventée pour l’occasion, on a aussi envie de faire le point sur la nôtre, par procuration. Il est difficile de ne pas avoir envie de profiter davantage de notre entourage et des instants qui nous sont offerts, car on ne peut pas « recommencer » notre vie éternellement. L’un des dommages collatéraux de la démarche est donc un inventaire frénétique de nos propres regrets, et la sensation persistante qu’on peut en faire un peu plus pour prévenir leur prolifération.
 
Il y a une multitude d’embranchements métaphoriques qui se dressent sur notre chemin, dans la vie, et cette création ludique et déconcertante nous incite à y réfléchir. L’envie d’être ailleurs, voire même d’être quelqu’un d’autre, est une tare énormément répandue en cette époque sans cesse instagrammée, où la vie de purs inconnus semble toujours plus excitante que la nôtre.
 
Disparaître, que ça soit à l’étranger pour un voyage ou dans une nouvelle ville pour se renouveler, est un fantasme partagé par plusieurs, à la plus grande surprise des créateurs, qui vous offrent une chance unique : disparaître vous-même, le temps d’une soirée, scruté par des caméras, pour ensuite renaître devant public.
 
Vous pouvez voir «Ce qu’on attend de moi» au Théâtre Aux Écuries jusqu’au 26 mai.