+ Toutes les playlists

Lucrèce Borgia au TNM: la Comédie-Française confirme l’étendue de sa renommée

Crédit photo : Courtoisie 375e
Lucrèce Borgia au TNM: la Comédie-Française confirme l’étendue de sa renommée
Quand la Comédie-Française débarque à Montréal, et de surcroît mettant en scène un texte signé du grand Victor Hugo, c’est un évènement culturel à ne pas manquer! Véritable institution théâtrale reconnue de par le monde, celle que l’on appelle aussi «La Maison de Molière» (ce n’est pas peu significatif!), a été fondée en 1680 (!) à Paris. Près de 400 ans plus tard, elle confirme et consacre chez ses cousins de la Nouvelle-France, l’étendue de sa renommée et le talent colossal de ses comédiens, et de son savoir-faire prestigieux.

 
Crédit photo: courtoisie 375e MTL - Lucrèce Borgia (Elsa Lepoivre) femme de pouvoir et femme vengeresse

C’est à l’occasion des célébrations entourant le 375e de Montréal, que le Théâtre du Nouveau Monde accueille, sur ses planches, ces jours-ci, l’une des pièces maitresses du répertoire dramatique de Victor Hugo: Lucrèce Borgia. Et c’est véritablement porté pendant deux heures par le jeu sans faille des acteurs sous la direction remarquable de Denis Podalydès et par l’ensemble de la scénographie grandiose, sobre et si efficace à la fois (signée Éric Ruf), que ce grand drame romantique de l’Italie ténébreuse du XVe siècle prend tout son éclat fantastique.
 
Crédit photo: courtoisie 375e MTL - Lucrèce Borgia (Elsa Lepoivre)

Pour la petite histoire absolument sordide, dramatique et terrifiante : Lucrèce Borgia (la sublime et grandiose actrice Elsa Lepoivre), femme de pouvoir redoutée de tous, appartenant à la grande famille des Borgia tout autant crapuleuse et menaçante, cumulant crimes machiavéliques et assassinats de ses nombreux maris, se sent soudainement animée par un désir de rédemption et de bonté. La mère aimante en elle souhaite retrouver le chemin de la paix intérieure auprès de son fils Gennaro (Gaël Kamilindi), devenu jeune homme et désire se faire reconnaitre par lui. Cet enfant, fruit de son union avec son frère, ignore cependant tout de sa filiation incestueuse et de ce nom taché de sang qui coule dans ses veines.

Crédit photo: courtoisie 375e MTL - Don Alphonse D'Este (Eric Ruf) Lucrèce Borgia (Elsa Lepoivre)
 
Profitant d’une nuit de bal masqué vénitien, Lucrèce Borgia se faufile en secret près de son enfant pour l’admirer, lui qui dort au clair de lune, repus de sa soirée. Ce dernier s’éveille et découvre la belle aimante, ignorant tout de l’identité de celle-ci. Au même moment surgissent les amis de Gennaro, qui découvrant la scène, dévoilent au grand jour le véritable monstre qui se cache derrière ces traits aimants. Lucrèce Borgia saura-t-elle lutter contre sa nature vengeresse, au profit de son amour maternel ? Comment Gennaro négociera-t-il avec ce nouveau destin qui semble se dessiner devant lui ? S’ensuit donc une trame noire, terrible et tragique, où la rédemption, le péché, l’abjection, la morale et l’amour d’une femme en dualité avec elle-même s’entrecroisent dans la destinée effrayante d’une mère et de son fils.
 
Crédit photo: courtoisie 375e MTL - Lucrèce Borgia (Elsa Lepoivre) et Gennaro (Gaël Kamilindi)
 
Après 9 ans d’absence, (Le Malade Imaginaire de Molière en 2008), la Troupe de la Comédie-Française nous happe de plein fouet du début à la fin. Une production magistrale et efficace, d’où se dégagent dès les premiers instants, toute l’expérience et le savoir-faire en la matière. Des acteurs incarnés (mentions spéciales à Eric Ruf, qui tient également le rôle de Don Alphonse d’Este et au confident malveillant de Madame, Gubetta (Christian Hecq)), qui jouent de façon mature, juste et en pleine possession de leur talent immense. Des décors sobres, mais magnifiques et des costumes flamboyants (signés Christian Lacroix), qui coulent sur la peau des personnages tout en douceur et en perfection. Le tout, sur une trame musicale incarnée et présente du début à la fin, dont le mérite revient à Bernard Vallery.

Les preuves ne sont évidemment plus à faire, après 400 ans d’existence, mais il est si bon de goûter à un art si accompli et qui va à l’essentiel. Cela nous réconcilie avec le théâtre et ses si nombreuses productions qui malheureusement tentent souvent d’en faire trop et passent à côté de l’essence même du 6e art. Rendez-vous à Paris pour profiter de l’expérience complète entre les murs du Palais-Royal ! En attendant, profitez de leur présence à Montréal !

 
Crédit photo: courtoisie 375e MTL - Gubetta (Christian Hecq)