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Les meilleurs films internationaux & québécois de 2016

Crédit photo : Roadside Attractions/Amazon Studios
Les meilleurs films internationaux & québécois de 2016
Souligner une préférence pour certaines oeuvres cinématographiques choisies pour en délaisser d’autres sur une période entre le début de cette année 2016 et sa première semaine de décembre. Non, vous ne trouverez pas Moonlight dans mon palmarès - film aimé, sans plus, avec toute la reconnaissance de mettre en scène l’américain noir qui travaille à s’émanciper sexuellement. Les choix sont personnels et non pas conçus pour conforter une tendance générale du cinéma. Ce que j’ai aimé plus que tout cette année au cinéma, en deux palmarès :  


Les meilleurs films internationaux

1. Manchester By the Sea

Tragédie moderne de la famille ouvrière d’une petite ville des États-Unis aux abords de la mer. La mort dans toute sa complexité, son legs. La lente reconstruction d’une âme déchirée, blessée, qui se retrouve à confronter un passé fui et qui le projette dans un avenir incertain.  Le drame du réalisateur Kenneth Lonergan (Margaret) nous enfonce de tout son poids dans la réalité de ceux qui restent. Les images sont frontales, brutes, nettes. La composition du jeu de Casey Affleck se fait dans les détails, dans le rendu d’un être qui vie une vie qui ne possède plus, accotée par une conciliante Michelle Williams et Lucas Hedge tourmenté. La violence d’un torrent. Un cinéma à jeter à terre.
 

2. Mustang

Des femmes qui agissent dans un monde où tout leur est inégal. La bêtise de l’homme qui se voue à développer des conceptions de société dans lesquelles la femme échappe à sa liberté. Un premier film de lumière et d’ombre pour la réalisatrice Deniz Gamze Ergüven. Sa caméra poétique nous renvoie aux reflets de soleil dans les cheveux à la Virgin Suicides en passant par Picnic at Hanging Rock. Un éclat de lumière réfléchi par la présence des actrices Günes Sensoy, Doga Zeynep Doguslu, Tugba Sunguroglu, Elit Iscan, Ilayda Akdogan qui se donnent à leurs rôles de soeurs aimantes aux âmes rebelles. La jeunesse féminine entachée par de faux devoirs imposés par un patriarcat dominant. Une nécessité de continuer la réflexion sur la condition de la femme qui se doit d’être défendue, son égalité nulle part encore gagnée.     

ex aequo
 

2. Le Fils de Saul

Immersion complète en temps de Seconde Guerre mondiale, au coeur d’une rébellion juive en plein camp de concentration. Par le regard cassé de notre vision panoramique, Lászlo Nemes prend décision de rediriger les codes de sensations du cinéma en temps de guerre. Tout est dans le hors champ et dans l’ambiant de ses sons. L’interprétation des violences et de la lutte se vit de l’intérieur, en horizon clos. Transmettre l’histoire de ceux qui ne l’ont pas survécu pour la raconter, en évitant les pièges du sensationnalisme de l’image.


3. American Honey

Road trip qui se vit au temps présent, joint à la main, musique dans le tapis. Une bande de jeunes vivant en marge de la société américaine, développe leur gagne-pain autour d’un marché de ventes d’abonnement de magazines. Les États-Unis vu de l’intérieur et le paradoxe d'une défense de principes que certains défininissent comme « bonnes valeurs ». Des mentalités qui pensent à défaut détenir des vérités. L’argent et le mépris pour ceux qui en ont moins. Le droit à chacun d’exister et de se revendiquer. La cinéaste Andrea Arnold (Fish Tank) nous questionne, mais nous fait surtout vivre avec intensité ce désir de liberté incarné par l’interprétation de Sasha Lane. Revenir à nos sources, revenir à la terre. Un casting de débutants recrutés à même la rue, l’auteure-actrice Arielle Holmes (Heaven Knows What), Shia LaBeouf à la présence magnifiée et Riley Keough, la petite fille d’Elvis, qui empeste par son parfum trop sucré et sa gomme balloune mâchée, aussitôt crachée à tes cheveux.    
     

4. Midnight Special 

L’histoire d’amour d’un père qui cherche à protéger son enfant. Aucun point d’appui, le film nous projette dès son ouverture au coeur de son action. Une vision glauque de la science-fiction par Jeff Nichol’s qui après Take Shelter, Mud et plus récemment Loving, se refuse aux faux pas. La forte beauté visuelle de cette énigme cinématographique qui construit son récit sur la lente divulgation de son propos. Exploration du monde de la foi, des sectes, mais aussi du pouvoir, de la perception des différences et des incompréhensions qui en découlent. L’acteur Michael Shannon, plus qu’ancré dans l’oeuvre de Nichols, mène un jeu de force solide entouré de Kristen Dunst, Adam Driver, Joel Edgerton et du jeune Jaeden Lieberher. 

 

​ Mention spéciale à Loving du même réalisateur - un doublé la même année. L’histoire de Mildred (Ruth Negga) et Richard Loving (Joel Edgerton) qui n’ont jamais demandé autre chose que de s’aimer. L’amour et toute la solidité de sa fragilité. Un pan d’histoire sur la discrimination raciale qui par son passé, nous ramène immanquablement à notre présent stagnant et tous les manques encore à gagner.  


5. Knight of Cups

Voyage au creux d’une mémoire qui repasse les souvenirs d’une vie avec tous ses espaces blancs manquants. Critique de notre appropriation de l’espace, de notre contact avec les autres, de notre manque à remettre en question nos manipulations qui impactent directement le cours de nos vies. La fausseté de notre perception de posséder notre environnement de par notre capacité à l’altérer, quand notre position face à la nature nous place à niveau égal, voir inférieur et renvoie à notre côté éphémère, de passage seulement. Le réalisateur Terrence Malick (The Tree of Life) remet en question la définition de la réalité, qui passe par la liberté qu’il se donne pour réaliser son film. Un gros budget, des grosses vedettes (Christian Bale, Cate Blanchett, Nathalie Portman, Freida Pinto, Teresa Palmer) une sorte de fuck you Hollywood en se refusant toutes conventions dans l’exploitation conventionnelle de ses moyens. Un film sans clé, sans réponse, mais qui laisse avec beaucoup à penser.    


6. Arrival 

​ ​Les extraterrestres arrivent sur terre. Comment dialoguer avec l’étranger. Métaphore des différentes couches de communicabilité qui se superposent pour montrer nos difficultés à communiquer. Louise (Amy Adams), professeure en linguistique recrutée par l’armée, femme qui s’introduit en territoire de cette même armée et le manque à rejoindre l’attention d’une salle remplie d’hommes par la différence de son sexe. La désinformation d’un peuple alimenté par les paroles manipulées de la télé. Le mur étanche qui sépare la professeure de ces êtres venus d’ailleurs. Le pont du langage impossible avec les morts. Tout se dirige vers notre responsabilité à prendre un temps pour écouter et comprendre l’autre, pour démontrer la négativité de l’individualisme qui se ferme à comprendre autre chose que soi-même. Pour avancer, il faut connaitre l’autre et pour connaitre l’autre il faut lui parler, mais surtout l’écouter. Le retour dans les eaux du cinéma blockbuster de qualité à l’américaine pour notre réalisateur bien d’ici Denis Villeneuve (Sicario).   


7. Neon Demon

La beauté et les élans de passion qu’elle peut provoquer. Gloire. Jalousie. Sang. Gore. De l’horreur en mode série B qui se colle à une esthète bien léchée, achevée par le regard de Nicolas Winding Refn (Drive). Trip visuel, trip virtuose, la fiction nous rempli les tripes à en vouloir tout dégueuler. Une sensation d’étouffement, de nausée. L’insouciance et l’innocence portées par la jeune Elle Fanning. Mise en scène du grotesque et du jeu des apparences. Le milieu de la mode et le traitement éphémère des corps qui l’endosse pour la représenter. Les corps se collent, les corps se brisent, les corps se consomment et se remplacent. 


8. The Lobster

Yórgos Lánthimos et l’étrange développement d’une société soumise à la vie conjugale, à défaut de terminer en animal. Rien ne va plus pour David (Collin Farrel) qui se retrouve célibataire. 45 jours pour se caser. Avec un humour noir qui se souille de sang, le récit développe sur le malaise et la risibilité de la condition humaine. Souligné par des comportements déviés, une certaine normativité d’une société inventée. Devons-nous atteindre cette normalité dépourvue de caractère autre que celui de se conformer et à ne pas se faire remarquer? Un détour obligé pour apprécier pleinement le talent de Lánthimos : Canine


9. Cemetery of Splendour

​ Une clinique construite au-dessus d’un cimetière de l’ancienne monarchie, occupée par des soldats sonnés par un mal qui les soumet à un sommeil prolongé - l’esprit des rois manipule les dormeurs qui deviennent les pions d’une guerre imaginée. Le cinéma, pour Apichatpong Weerasethakul (Oncle Boonmee, celui qui se souvient de ses vies antérieures) comme outil de représentativité poétique de sa Thaïlande vivant sous un régime né d’un coup d’État militaire. Un travail à construire l’incarnation des vérités d’un peuple soumis à son mal. La douce lumière qui brille en fond sur le dormeur comme un baume, un signal d’espérance dans cette politique stagnante. La jeune aidante capable de communiquer à travers les rêves et l’aînée aidante charmée par un soldat dormeur, lui fatigué de servir ses généraux. Le contraste des différents vécus et le refus de perdre espoir.    
 


10. Green Room 

Un band punk qui se retrouve à performer sans le savoir, devant un public néonazi. Un incident les oblige à rester derrière les murs du bunker. Les États-Unis en période pré-Trump et un thriller d’horreur réalisé par Jeremy Saulnier qui met en scène l’isolement d’un petit groupe, ignorant le mal latent des personnes les entourant. Les capacités d’une société fasciste, prête à agir dans l’extrême. Le combat entre le bien et le mal comme signal d’avertissement. Performances à tout casser des acteurs - Anton Yelchin, Imogen Poots, Joe Cole, Ali Shawkat, Callum Turner, David W. Thompson et Patrick Stewart . Une tension insoutenable derrière le filtre vert qui couvre la violence des images.   



Les meilleurs films québécois 

1. Avant les Rues

 ​L’importance de donner une place à la culture autochtone pour la reconnaître, la célébrer et lui permettre d’exister. Laisser s’exprimer ces minorités marginalisées à défaut, par notre société québécoise effrontée. Chloé Leriche ouvre le dialogue cinématographique avec ces communautés sous-représentées (voir notre entrevue). Le film donne à voir les valeurs, les traditions, les réalités d’une communauté d’atikamekw. Lanaudière, dans le village de Manawan, Shawnouk (Rykko Bellemare) se retrouve dans de mauvais draps après un vol qui laisse derrière mort d’homme. Perdu avec des visions de noir, il devra pour se retrouver s’immerger dans un processus de purification, s’isoler avec des pairs au même destin troublé pour atteindre des vérités libératrices. Retrouver d’où l’on vient, pour comprendre où l’on est rendu. Pour la beauté de ses images, pour l’exploration approfondie de son propos, parce qu’y a pas plus national qu’un film autochtone tournée entièrement en langue atikamekw.   


2. Juste la Fin du Monde

​Le moins québécois des films de Xavier Dolan se révèle être une profonde atteinte à nos sentiments. Devant le destin qui porte à sa fin, un homme décide après les années passées, de revoir sa famille qu’il a déserté. Film élevé par ses performances d’acteurs (Gaspard Ulliel, Nathalie Baye, Léa Seydoux, Vincent Cassel, Marion Cotillard) en envie d’aimer qui dérape de tout côtés, dans cette tentative de comprendre pourquoi ce frère, ce fils, les a blessé par son absence. Notre critique.   


3. L’Oncle Bernard - l’Anti-Leçon d'Économie

Laisser parler les grands penseurs. Dans la simplicité d’une pellicule en noir et blanc, Richard Brouillette pose sa caméra sur feu Bernard Marris (Charlie Hebdo) pour le laisser nous enseigner une autre vision de l’économie. Vision qui conteste notre approche actuelle et qui demande à revoir nos concepts modernes ratés. L’éloquence de Bernard Marris et l’art de captiver par la parole. 


4. Écartée

Un ex-détenu (Roland Cyr), sa jeune femme (Whitney Lafleur) et une réalisatrice (Marjolaine Beauchamp) sous le même toit. Dans un jeu de faux et de vérité, Lawrence Côté-Collins rend hommage à la figure adorée de notre cinéma québécois qu’est Robert Morin, en faisant son propre cinéma. Une exploration des différents niveaux de manipulation psychologique. Le témoignage d’une vie derrière les barreaux et la suite de cette vie. Entre l’improvisation et l’interprétation, trois personnes se jouent entre la ligne séparant la vérité de la fiction.   


5. Au pays des Géants  

Paulusie veut avoir une famille et être un bon chasseur pour sa communauté. Un soir de dérape, il va trop loin. La prison comme intermède vers le passage de la vie adulte. Aude Leroux-Lévesque et Sébastien Rist à la réalisation de ce documentaire qui lentement se transforme en chronique d’un suicide. Les failles à encadrer correctement les prisonniers une fois libérés. La honte. La dépression. Paulusie au centre d’un film dont la lumière s’éteint, lui qui cherchait par l'exercise, à donner un côté plus lumineux de sa communauté d'Inukjuak. Mais tout n’est pas noirceur. 

ex aequo

5. Un Homme de Danse

Grand interprète, grand danseur, Vincent Warren refait le parcours de sa vie alors même qu’il décide d’en tourner une page, en quittant l’appartement qu’il a si longtemps habité. Il aura côtoyé entre autres, Maria Callas, Igor Stravinsky, Norman McLaren et son grand amour parti trop jeune, le poète Frank O’Hara. Une réalisation de Marie Brodeur, sobre, sans artifice qui se promène à travers les images d’archives et qui reste le plus près possible de la parole de l’homme. L’histoire d’un danseur étoile des Grands Ballets Canadiens, l’histoire en fond d’un Montréal en changement. Danser avec passion.