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Mon #lifegoal: devenir ermite

Il y a des pensées qui vont et qui reviennent à différents moments de la vie. Elles viennent à nous et elles nous terrifient ou nous rendent mal à l’aise : la chose, tu sais LA chose embarrassante que tu as faite en 2008, ou ce que tu aurais dû dire à ton ancien boss avant de démissionner, et si un jour ton enfant et celui de ton ex tombaient amoureux ce serait-tu awkward, etc.

Parfois on essaie de les chasser, parfois on essaie de les affronter.
Dans mon cas, depuis quelques années, j’ai trouvé une solution « temporaire » pour les fois où mon cerveau d’anxieuse me dit : « Ben coudonc, on dirait bien que tu vas mourir toute seule, kess tu veux ma grande. »
 
Pour apaiser les effets néfastes de cette perspective inquiétante, j’ai décidé de mettre au point un plan B : qu’à cela ne tienne, je serai ermite. Avec internet.
 
Je me laisse facilement charmer par tout le romantisme qui entoure la vie de recluse.
Genre, cette photo me rend heureuse :

Source:  HimmelSpill via imgur

Ce récit de la vie sur une île écossaise isolée me remplit d’envie.
 
Mon fantasme suprême ressemble à la plus weird publicité Liberté 55 ever :
J’habite dans une maison gothico victorienne comme celle du film Practical Magic.

 
La maison est parfois située en Nouvelle-Angleterre, parfois dans les moors du Yorkshire. Elle est immense et une aile complète renferme ma bibliothèque, qui ressemblera à celle d’Umberto Eco. J’ai 3 chats et 2 chiens. J’écoute du Stevie Nicks pis du Neil Young à longueur de journée. J’écris sous un pseudonyme des romans policiers pouiches mais qui se vendent bien. De la poésie pouiche qui se vend mal, mais qui prendra de la valeur après ma mort.

Dans la grange à côté j’ai aménagé un petit studio d’enregistrement que je loue pas cher à de jeunes musiciens prometteurs. Les gens du village me trouvent sympathique, quoique timide, mais surtout ils me trouvent bizarre-weird parce qu’ils ne savent jamais si je porte un pyjama ou non (hint : je compte toujours avoir un quota pyjama de 75 % dans mes outfits de vieillesse) et c’est pour ça qu’ils me laissent tranquille.

Rendue là, c’est-tu si grave de mourir seule si on a eu une vie à la fois tranquille et bien remplie?
 
Il y a tellement de femmes accomplies que j’admire qui étaient des solitaires notoires comme Emily Brontë, Emily Dickinson ou Greta Garbo.

La solitude et la réclusion ne les ont jamais empêchées d’entretenir des amitiés profondes ni de vivre des histoires d’amour intenses. Et l’aspect mystique de cette solitude, cette relation fusionnelle qu’elles avaient avec la nature a nourri et développé leur créativité vers des territoires de la pensée que peu d’entre nous osent explorer. En tout cas moi, ça me donne envie d’essayer.
 
Bien sûr, comme je le disais plus haut, tout ceci n’est qu’un mécanisme de défense bien rodé pour m’éviter quelques crises d’anxiété inutiles. La dernière fois où j’ai passé la nuit seule dans un chalet je n’ai pas fermé l’œil parce que mon cerveau de marde m’imaginait attaquée par un psychopathe de film d’horreur ou dévorée par un ours ayant défoncé ma porte pour venir manger mes céréales. La possibilité que je finisse par vivre seule en campagne devra au minimum impliquer l’achat d’un batte de baseball et l’anéantissement de ma peur des ours.
 
Chaque semaine, je vois passer sur mon fil Facebook au moins 46 articles sur la mode des mini-maisons mobiles construites à partir d’un conteneur (qu’un ours pourrait oh so facilement démolir, btw, j’dis ça de même) et installées sur un terrain par des amis ayant fondé une commune pour vieillir ensemble.
 
Est-ce une réaction au flot ininterrompu d’informations et d’images de violence, de corruption, de mesures d’austérité, de surconsommation ou d’autres nouvelles déprimantes qu’on absorbe chaque jour? Ou une réaction à la superficialité souvent insatisfaisante des relations qu’on entretient sur les réseaux sociaux? Peut-être.
 
On pense souvent le contraire, mais je suis persuadée que la solitude dans la vie réelle est plus simple à apprivoiser que celle qu’on ressent à travers notre présence sur internet. À travers mes fantasmes ridicules d’anachorète, j’ai réalisé que la solitude est une force active, bienveillante, et surtout : vivante.