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C2 Montréal : quelques conseils pour changer le monde à ta façon

Crédit photo : Sarah Mongeau Birkett
C2 Montréal : quelques conseils pour changer le monde à ta façon
C2 Montréal ferme à peine ses portes, que le tournis nous guette. Pendant ces trois derniers jours, nous avons vécu dans une bulle effervescente. Une bulle d’échanges, de rencontres, de réflexion, d’expériences et d’émotions. Accueillis sous les hangars de l’Arsenal, nous avons pénétré dans un monde où l’environnement est roi, où la végétation luxuriante reprend sa place au cœur des relations et des constructions humaines. Un monde où la poésie s’exprime par des oiseaux en origami qui volent, par des promenades à deux sous un parapluie tapis d’une fine neige et par des jardins oniriques, où le promeneur est invité à se retrancher pour respirer, toucher, manger… et redevenir un humain connecté à son environnement.

L’expérience C2 Montréal
Car finalement, c’est ça le C2 Montréal : une expérience sensorielle et humaine, destinée à replacer l’individu au centre de sa communauté pour favoriser les prises de conscience et les connexions fertiles. Qu’on y aille pour suivre avidement les conférences, ou pour réseauter et confronter ses idées aux têtes pensantes, geeks et leaders, C2 Montréal s’offre aux curieux comme une opportunité de mêler l’introspection à l’action, mais surtout d’apprendre. Apprendre des réussites et des échecs de chacun, dans un esprit collaboratif unique en son genre. Et se laisser inspirer par ces acteurs qui changent la donne.

Des élites au plus grand nombre
Pour cette édition 2016, l’équipe du C2 Montréal avait choisi le thème « The Many ». Une façon de mettre à l’honneur les leaders qui agissent, non plus dans leur seul intérêt, mais en incluant la communauté humaine dans laquelle ils évoluent. Une façon aussi d’inciter les citoyens que nous sommes à prendre nos responsabilités, en nous posant la question : « Et moi, qu’est-ce que je fais, concrètement, pour rendre le monde meilleur? ».
 
L’opportunité de changer le monde
Changements climatiques, déplacements migratoires, faim, pauvreté : les chamboulements économiques et sociaux qui bouleversent le monde actuel sont aussi nombreux que complexes et effrayants, mais ils sont aussi l’occasion de grandes opportunités. L’occasion de repenser le monde, de le réinventer et de le construire sur des bases plus vertueuses et inclusives. « Nous avons inventé le marché et le traitons comme une force de la nature, comme un dieu. Mais si nous l’avons inventé, nous pouvons le changer », rappelle David Suzuki.
 
Non, la protection de l’environnement n’est pas un luxe
Nous avons besoin d’air pour respirer, d’eau pour étancher notre soif et de la terre pour nous nourrir. Et pourtant, nous continuons à traiter notre environnement comme s’il ne faisait pas partie intégrante de notre survie. Et si on incluait le droit à un air, une eau et un sol purs dans nos Constitutions? C’est la proposition que David Suzuki faisait mardi au C2 Montréal.
 
Un maître-mot : collaboration
S’il n’y avait qu’une chose à retenir de l’expérience du C2 Montréal, c’est que l’esprit collaboratif doit être désormais placé au cœur de tout mode d’organisation, que ce soit au niveau de l’entreprise ou de la société dans son ensemble. Qu’il s’agisse des classes de maître, des ateliers ou des activités proposées, le C2 Montréal s’est donné pour mission d’apprendre aux individus à réfléchir ensemble et se nourrir de la diversité des points de vue pour créer et agir de façon collaborative. La tâche n’a rien de facile, et ce n’est pas Tim Brown, le PDG d’Ideo, qui nous contredira : « En prenant la tête du bureau de San Francisco, il a fallu que j’apprenne à laisser tomber mon égo et me laisser soutenir par mes collaborateurs ». Le succès de l’entreprise de consultation en design et innovation est justement né de cette capacité à confronter les points de vue, tantôt complémentaires, tantôt contradictoires, dans un objectif non pas individuel, mais collectif. Même son de cloche au Cirque du Soleil, où Michel Laprise mise sur le pouvoir collaboratif de la table ronde pour créer ses spectacles. « Tout le monde est à équidistance, c’est ce qui permet à l’énergie créative de circuler ».
 
La force de la communauté
Derrière la notion de collaboration, se dessine en filigrane un deuxième concept fort : celui de communauté. Quelles sont les entreprises qui réussissent aujourd’hui? Celles qui, comme Frank & Oak, ont compris que les règles sont désormais dictées par la communauté et parviennent donc à construire une relation forte avec elle. David Manela, chef des revenus de Fiverr, le confirme : « Ebay a connu un fort succès tant que l’entreprise organisait des événements et offrait des ateliers de conseils aux vendeurs. Le jour où ils ont décidé de s’ouvrir à tous et d’arrêter les ateliers, les petits vendeurs ne se sont plus reconnus comme une communauté et ont quitté la plateforme ». Le concept a été repris par Etsy, ou encore Shopify, qui soutiennent fortement leur communauté. L’important n’est donc plus seulement le produit, mais ce que la relation créée apporte à la communauté : « du divertissement, de l’information ou de l’utilité », si l’on en croit Mike Yapp, le fondateur de The Zoo chez Google.
 
Génération DIY
« Nous vivons dans une culture d’entrepreneuriat, où les nouvelles stars sont les entrepreneurs », s’enthousiasme Harley Finkelstein, chef des opérations de Shopify. « Il y a une vingtaine d’années, créer son entreprise soi-même avait une connotation négative alors qu’aujourd’hui, le coût de l’échec est proche de zéro (…) La créativité vaut beaucoup plus que le capital, bienvenue en 2016! »  C’est ce qui explique l’engouement des milléniaux pour l’entrepreneuriat et la vie de pigiste. Pourquoi? Parce que le 9 à 5 ne fait plus rêver et que nous sommes de plus en plus nombreux à vouloir une vie plus flexible et régie par l’envie de créer notre propre chemin. Le message est clair : le futur est à ceux qui créent. Autrement dit, la créativité devient une force pour penser le monde autrement et le modeler de façon durable, en intégrant des valeurs éthiques et un respect pour l’écosystème dans toutes les décisions.
 
La responsabilité de chacun
Dans la question du changement climatique, les scientifiques peuvent partager leurs connaissances et expliquer les faits, mais que peuvent-ils faire d’autre? C’est le constat posé par Nadya Hutagalung, mannequin, présentatrice, et écologiste. Tant que la communauté mondiale, c’est-à-dire chaque individu à son propre niveau n’agira pas, le message restera un simple message. Avec sa fondation Let Elephants Be Elephants, Nadya Hutagalung lutte contre le trafic d’ivoire non pas en combattant les trafiquants, mais en faisant prendre conscience aux consommateurs que tant qu’ils achèteront de l’ivoire, les éléphants continueront à être tués. Le principe est évidemment applicable dans tous les domaines. Il est donc temps d’arrêter de penser que nos choix n’ont pas d’impact et que nous n’avons pas de rôle à jouer dans l’écriture de l’histoire du monde. Si chacun ajoute ses actions à la somme globale, nous pourrions éradiquer la pauvreté d’ici 2030. Voici le pari lancé par la plateforme Global Citizen en utilisant le pouvoir des citoyens, de la pop culture et de l’entrepreneuriat. Contrairement aux idées reçues, le nombre de pauvres a déjà commencé à baisser à l’échelle planétaire. Et si cet objectif était donc atteignable?
 
1, 2, 3… Action!
Que ce soit Muhammad Yunus quand il a lancé le mouvement du microcrédit au Bangladesh avec cette idée folle de prêter de l’argent non pas aux riches, mais à ceux qui en avaient besoin. Que ce soit Wanjira Maathai quand elle a décidé de poursuivre le combat de sa mère et de chercher à inspirer les jeunes générations de Kenyans à devenir des leaders courageux plutôt que de se tourner vers l’escroquerie. Que ce soit Massimo Bottura lorsqu’il a créé le premier réfectoire de chef pour personnes en difficulté… rien ne les prédestinait à agir. Et pourtant, fort de leur volonté de changement, ils continuent de pousser les portes, quitte à déranger. « Quand nous avons commencé notre projet à Rio, se souvient Massimo Bottura, personne ne voulait nous aider. Le Brésil est traversé par l’une des plus grandes crises de son histoire. Mais quelqu’un nous a donné un lieu, puis nous avons été frapper à toutes les portes pour convaincre la communauté de soutenir le projet ».
 
Et nous, qu’est-ce qu’on fait, concrètement, pour rendre le monde meilleur? 
 

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