+ Toutes les playlists

À chaque peine d’amour son pyjama

Crédit photo : Johana Laurençon
À chaque peine d’amour son pyjama
Le premier, c’était une paire de cotons ouatés avec des motifs de fleurs dessus que j’avais matché avec un t-shirt blanc à manches longues, trouvé dans le même magasin. J’ai enfilé le tout en arrivant chez moi et j’ai passé la fin de semaine dedans à écouter une série poche sur Netflix (des mousquetaires avec un accent britannique what?). Ce pyjama-là était doux, confortable, et de très haute qualité. Comme la relation amoureuse que je venais de terminer.
 
C’est parce que quand je suis en peine d’amour, c’est presque compulsif : je m’achète un nouveau pyjama (mon uniforme de deuil, mon linge mou pour pleurer dedans) et je me retire dans ma tanière pour lécher mes plaies.

Comme une ourse. En pyjama.
 
Une fois, je me suis acheté une nuisette. Elle allait bien avec ma déception amoureuse superficielle. Très courte et décolletée, en soie délicate et légère, elle ne laissait pas grand-chose pour l’imagination. On aurait pu croire que dévoiler autant me plaçait dans une position vulnérable, mais en fait c’est la force exprimée par ce dévoilement qui avait fait fuir le pauvre bougre. Je porte encore cette nuisette parfois, pour me rappeler que je suis fucking hot et que je l’oublie souvent.
 
Il y a eu aussi le pyjama de style combines de ski, avec des motifs de créatures de la forêt. Sexy malgré lui parce que moulant, les motifs de chevreuils et de loups lui conféraient cependant une certaine naïveté. En le portant je me sentais comme une ingénue, sauf qu’en tant que femme à la mi-trentaine, ça ne collait pas tout à fait à mon identité profonde.

Lui je l’ai porté souvent. Longtemps. Il a en a vu des séries nulles sur Netflix (sérieux guys, Merlin?). Je l’ai malmené, il « poche » de façon permanente aux fesses et aux genoux. Les motifs d’animaux commencent à s’effacer. Le col, trop souvent mouillé de larmes, est déchiré par endroits.
Je n’aime plus porter ce pyjama maintenant. Je me sens ridicule dedans.
 
Puis, hier soir, je suis rentrée chez moi avec un nouveau pyjama. Deux pièces en coton satiné, tout blanc avec une bordure bleu marin au col et aux manchettes. Un pyjama classique. Coupe masculine. Un peu grand. Très classe. Il est léger, mais il tient au chaud. C’est un des plus beaux pyjamas que j’ai jamais eus.

Quand je dors dedans je me sens toute petite. Quand je le porte, j’ai l’impression d’être Marlene Dietrich qui lit les lettres d’amour enflammées de ses amants, tout en buvant du thé Mariage & frères. Ma tanière s’est transformée en luxueux appartement parisien où je lis Baudelaire et Rimbaud au lieu d’écouter des mardes comme Marco Polo sur Netflix.

Je ne sais pas combien de temps je vais le porter, ce pyjama; je sais qu'il ne se démodera pas facilement. 

Avec un peu d'espoir, l'été qui arrive me redonnera la liberté de dormir nue sous mes draps.