+ Toutes les playlists

Je n'ai pas pleuré à la mort de Kurt Cobain

Crédit photo : Flickr @Sally
Je n'ai pas pleuré à la mort de Kurt Cobain
Plus tôt cette semaine, les gens de ma génération soulignaient un bien triste anniversaire, celui du suicide de Kurt Cobain, idole emblématique des années 90.
Par contre, pour moi, cette date en est venue à symboliser quelque chose de complètement paradoxal : ma résilience.
 
C’est que le 8 avril 1994, date où les médias ont annoncé le suicide de Kurt Cobain, j’avais 14 ans et je vivais depuis un mois dans une maison d’hébergement pour jeunes filles victimes de violence familiale.
 
Je m’entendais bien avec les autres résidentes, mais ce qui me distinguait de mes « colocs » était que j’étais là de ma propre initiative. Je voulais juste un break de violence. Juste avoir la paix, quelques semaines. Une retraite détente, genre.
 
Quand j’ai appris le suicide de Kurt Cobain, je n’ai pas été capable de m’en émouvoir. Certes, je n’écoutais pas Nirvana. Je prétendais aimer le groupe juste pour ne pas me faire écœurer. Assise dans la salle commune, je regardais les filles pleurer, mais moi j’en étais incapable. Je comprenais bien la gravité de la nouvelle, mais sur le coup, j’ai ressenti un mélange de colère, de mépris et d’indignation envers Kurt. Moi j’ai 14 ans, et malgré le fait que je subisse une situation familiale des plus toxique et difficile, j’ai quand même l’instinct de survie d’aller chercher de l’aide. Lui, c’est un adulte de 27 ans qui envoie à ma génération le message que ça ne sert à rien et que c’est correct d’abandonner! Fuck you, Kurt! 

J’avais l’impression que son suicide niait tous les efforts que ces filles et moi faisions pour survivre, pour nous protéger, pour améliorer notre sort.
Moi, au moment le plus vulnérable de ma vie, au moment où je sentais que tout mon être et mon identité allaient s’effondrer, je n’ai pas saisi un revolver ou une corde, j’ai pris mon agenda et j’ai appelé un numéro apparaissant dans la section « Aide et ressources ». Je refusais de croire que mon destin était d’être une victime. Pourquoi Kurt était-il si certain que la vie ne serait pour lui que souffrance?
 
Bien entendu, par la suite j’ai beaucoup lu sur le sujet. Sur ses problèmes de dépression et de drogue. Sur ses efforts pour s’en sortir. J’ai développé beaucoup d’empathie pour lui.
 
En rétrospective, j’ai réussi à surmonter ce traumatisme de jeunesse à grands coups de thérapie et grâce à l’amour de mes amis.
 
Et ça fait que depuis quelques années, quand je vois approcher le 5 avril, à travers les témoignages Facebook de tristesse et de nostalgie à propos d’une idole partie trop tôt, je repense à la fille de 14 ans que j’étais : introvertie, awkward et pourtant résiliente malgré elle. J’ai aussi une pensée pour Kurt Cobain et je me dis que sa mort aura servi à prouver qu’on est parfois plus courageux qu’on ne le croit.