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« Des Arbres » : la pièce à voir avant d’avoir (ou pas) des enfants

Crédit photo : Suzane O'Neill
« Des Arbres » : la pièce à voir avant d’avoir (ou pas) des enfants
La phrase est lancée tout bonnement, au milieu d’une virée dans les tranchées du IKEA : est-ce qu’on devrait faire un bébé? Ils ont la trentaine. Elle étudie au doctorat. Il travaille dans un magasin de vinyles, entre deux pratiques de musique. Sans avertissement ni veste de sauvetage, les amoureux plongent dans une longue série de questions sur la parentalité, l’état du monde, le couple, la fidélité et le vieillissement, avec un dosage absolument jouissif d’humour, de lucidité, de philosophie et de légèreté.

Des questions qu’on peut résumer par une autre : « quand on est conscient de la surpopulation, de la dégradation de l’environnement, de l’austérité économique et des tensions politiques – d’apparences – grandissantes, ne devrions-nous pas avoir l’intelligence de ne pas ajouter un nouvel humain sur la planète? Ou, au contraire, n’avons-nous pas la responsabilité, en tant que personnes éduquées et dotées d’éthique morale, de ne pas laisser la planète aux mains des gens en déficit de bon sens? Bien que limite fascistes – dixit l’homme du couple – ces idées forment la première couche de la pièce de Duncan MacMillan, mise en scène par Benoît Vermeulen.  

 « Je pourrais faire l’aller-retour en avion Montréal–Londres tous les jours pendant sept ans sans laisser une empreinte écologique aussi grande que si j’avais un enfant. (…) Dix mille tonnes de CO2. C’est le poids de la tour Eiffel. Je mettrais au monde la tour Eiffel. »
 
En réalité, le propos du dramaturge va bien au-delà d’une remise en question de l’état du monde. À travers les doutes de ce couple tout ce qu’il y a de plus universel, on traverse les étapes d’une relation amoureuse, les hauts et les bas, les périodes de complicité sans borne et d’incommunicabilité, les phases d’éloignement et de rapprochement, avec une acuité renversante.
Misant entièrement sur le jeu des comédiens, Des Arbres garde les spectateurs attentifs avec cette volonté de ne pas définir clairement les changements de lieux et de temps. L’accélération toujours grandissante du rythme de la pièce fait aussi échos aux transformations foudroyantes du climat, au rythme de nos vies en mode turbo et à l’évolution saisissante de leur relation amoureuse.

Bien entendu, toute la pertinence, la sensibilité et la drôlerie de MacMillan n’auraient pas la même portée sans le talent monumental et la complicité manifeste de Sophie Cadieux et de Maxime Denommée. Véritable « vieux couple d’acteurs », eux qui ont joué ensemble pendant des années dans la télésérie Rumeurs, en plus de se donner la réplique dans le film Jaloux et la pièce Après la fin, ils nous font sentir leur connexion et leur amour dans chaque regard, chaque sourire, chaque geste et chaque minuscule changement des traits du visage.

Si Cadieux porte sur ses épaules la majeure partie du texte de la pièce, en prouvant une fois de plus que son instrument d’interprète est un Stradivarius ultra précieux capable de toutes les nuances, Denommée arrive en quelques mots, toujours bien placés et très sentis, à soutenir sa partenaire dans tous les détours.

Du bonbon enrobé de réflexions.

La pièce « Des Arbres » sera présentée à La Licorne jusqu’au 30 avril 2016.