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Agrikol : le groupe Arcade Fire se met aux fourneaux

Crédit photo : Sophie Ginoux
Agrikol : le groupe Arcade Fire se met aux fourneaux
Vendredi soir, 19 heures. Comme la veille, il y avait plus de deux heures d’attente pour pouvoir s’attabler au nouveau restaurant Agrikol, j’ai mandaté un ami pour me réserver une place dès l’ouverture de l’établissement. Et premier constat en arrivant sur place : je me trouve dans un véritable ovni de la restauration. Effectivement, situé au Centre-Sud de Montréal, ce resto sur deux étages est totalement dépaysant. Vieille bâtisse, musique haïtienne assez forte qui donne envie de se faire aller les hanches, et superbe décor à l’haïtienne qui réchauffe le cœur avant même que l’on ait consommé quoi que ce soit. De petites tables invitantes en bas comme en haut, des tabourets hauts le long du grand comptoir du bar derrière lequel des étagères grimpent jusqu’au plafond de l’étage supérieur, d’autres places le long de la rambarde ouvragée du premier, des couleurs et fresques chaudes et sympathiques, des tableaux et masques bigarrés aux murs, de longs colliers colorés pendant un peu partout. Un poème m’accueille même le long des marches me menant à ma table à l’étage. Wow, ça change de l’ordinaire!
Crédit photo Sophie Ginoux
Crédit photo Sophie Ginoux

Crédit photo Sophie Ginoux

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Mais rien n’est vraiment ordinaire quand on parle du groupe Arcade Fire, ou plus précisément de deux de ses membres, Régine Chassagne et Win Butler, amoureux dans la vie comme sur scène, associés dans ce projet à Jen Agg et Roland Jean, des restaurateurs de Toronto. À mon arrivée, le restaurant est déjà plein comme un œuf et ne désemplira pas de la soirée. Sur les tables qui m’entourent, sont servis des plats colorés à la présentation très simple, ainsi que de nombreux cocktails au rhum (bien sûr), voire tout le nécessaire pour se concocter soi-même son Ti Ponch pour deux ou dix personnes (quart, demi et bouteille complète de Barbancourt agricole au choix). C’est donc avec un cocktail du cru (bien tassé, au passage) que nous jetons un œil, mon ami et moi, à la petite carte dressée sur table voisinant la canne de lait de coco qui renferme les ustensiles et les serviettes en papier. Dépaysement une fois encore devant la version française et haïtienne des plats, que je connais mal.

Alors, autant se lancer! Ce que nous faisons avec un premier service composé de pate cho (un petit friand renfermant de la morue, des pommes de terre, des oignons et des pikliz, ces pickles haïtiens que l’on retrouve un peu dans tous les plats. Juste à côté, deux autres assiettes : une d’accras de légumes à la texture étonnamment légère que l’on plonge dans une petite sauce yaourtée, et la seconde renfermant du griot, le plat haïtien par excellence constitué de cubes de porc marinés puis frits. Un peu sec en bouche, mais au goût sympathique, le griot est à l’image des bannan peze qui l’accompagnent, des croquettes de banane plantain pilées grossièrement, puis panées et frites. Rien de léger, par contre, je préviens.
Pate cho
Crédit photo Sophie Ginoux

Griot et bannan peze
Crédit photo Sophie Ginoux

Accras
Crédit photo Sophie Ginoux


Et cette antidiète se poursuit avec les plats principaux. En premier lieu, on nous sert du kabrit, c’est-à-dire de la chèvre une nouvelle fois coupée en cubes, et qui semble avoir été marinée, saisie et peut-être un brin braisée, ce type de viande étant connu comme coriace. Les morceaux nécessitent un effort de mastication, mais la légère sucrosité que l’on a en bouche et le mariage de la chèvre avec une sorte de polenta un brin liquide sont intéressants. La seconde assiette contient de son côté du poul ak nwa kajou, du poulet braisé aux noix de cajou servi sur un lit de diri kole, un mélange savoureux de riz et de fèves noires. Délicieux, vraiment, et en portion si généreuse que l’on peut en commander sans avoir à prendre d’entrée préalable. Seul petit hic, peut-être : les noix de cajou sont molles et auraient pu être greffées à la fin de la préparation pour être plus craquantes.
Poul ak nwa kajou
Crédit photo Sophie Ginoux


Pour terminer, nous jetons notre dévolu sur le seul dessert qui figure à la carte, le traditionnel pen patat, ce gâteau aux patates douces, raisins secs et rhum absolument divin quand il est bien réussi. Et c’est le cas ici, d’autant plus qu’il est surplombé de crème fouettée et entouré d’un petit coulis à base de rhum, de sucre de canne et de raisins secs. Voilà qui clôture bien un repas rempli de découvertes dans une ambiance des plus festives. Et tout cela, à un prix très concurrentiel de l’entrée au dessert, puisque même un gros appétit peut se restaurer au Agrikol pour moins de 30$ (alcool non compris). Seule petite mise en garde : on parle essentiellement anglais dans ce resto, du service aux cuisines, alors préparez-vous à le pratiquer!
 
Agrikol
1844, rue Amherst, Montréal