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Notre critique de « St-André-de-l’épouvante »: du théâtre d’horreur en manque de frissons

Crédit photo : Gunther Gamper
Notre critique de « St-André-de-l’épouvante »: du théâtre d’horreur en manque de frissons
Avant que débute la toute première pièce de théâtre de l’écrivain Samuel Archibald, qui est présentée comme une incursion de l’horreur dans la dramaturgie québécoise, mon accompagnatrice m’a demandé si elle pouvait me serrer la main, question d’avoir du réconfort au moment opportun. Au grand dam de ma circulation sanguine, cette tactique préventive s’est avérée purement inutile, vu l’absence totale de peur dans les sentiments qui nous ont habités.

À St-André-de-l’épouvante, petit bled perdu au Lac-Saint-Jean, cinq personnages sont enfermés dans un bar, alors qu’une tempête fait des ravages. Inquiète de se savoir seule avec Raynald, un trentenaire légèrement désaxé et au passé trouble, la barmaid appelle en renforts un policier et un villageois, eux-mêmes accompagnés d’un passant. Ce dernier encouragera tout un chacun à raconter des légendes, de vieilles histoires locales et des expériences personnelles terrifiantes qui ont marqué leur mémoire.

Bien que les bruits d’orage et les premières minutes passées dans la pénombre laissent présager une scénographie capable de créer un suspense et de semer l’inquiétude chez les spectateurs, on comprend vite que notre niveau de peur va plafonner après cinq minutes.

Crédit photo: Gunther Gamper

Les histoires racontées ne suscitent pratiquement aucun émoi, à l’image de certaines portions des défunts Contes urbains de La Licorne, qui assurent des transitions sympathiques entre les grands moments d’émotions. Les liens entre chacun des « contes » d’Archibald manquent de finition. De minuscules parcelles de silence indésirables viennent plomber le rythme de la pièce à plusieurs moments : un constat impardonnable pour une production ayant été présentée plusieurs fois en Gaspésie et au Saguenay-Lac-Saint-Jean avant de fouler les planches montréalaises. Pire, les ficelles reliant le destin des cinq « prisonniers » du bar sont non seulement prévisibles, mais trop souvent banales.

Un peu comme si l’analyse passionnante livrée en entrevue par Archibald sur les régions, la vie en communauté et la mémoire s’avérait plus intéressante que la pièce elle-même...

On peut évidemment saluer le metteur en scène Patrice Dubois qui n’a pas eu le réflexe facile de miser sur des vedettes du petit écran. On peut souligner la justesse du jeu de Dany Michaud et de Dominique Quesnel. On peut supposer que les artisans d’une pièce d’horreur ont peut-être eu le désir de créer une œuvre qu’il ne faut pas prendre au sérieux, comme tant de films d’horreur, mais on peut également avoir l’impression d’avoir eu droit à un théâtre d’été de l’épouvante.
Crédit photo: Gunther Gamper

St-André-de-l’épouvante sera présentée jusqu’au 12 mars 2016 à l’Espace GO