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Critique de «Queue Cerise»: du théâtre à la frontière de l'inconscient

Crédit photo : David Ospina
Critique de «Queue Cerise»: du théâtre à la frontière de l'inconscient

Queue cerise. Y’a pas d’erreur de frappe. C’est de même. Un alliage de finis étranges et de tableaux tissés à même l’inconscient, cette part d’invisible qui gronde en chacun de nous, telle la partie submergée de l’iceberg. L’auteure et interprète Amélie Dallaire et le metteur en scène et interprète Olivier Morin ont brossé pour nous les contours de ce spectacle à la fois drôle et inquiétant.
 
Michelle débute un nouveau boulot. Elle erre dans les sous-sols du bureau. Elle se perd et se métamorphose dans cet espace de conventions et d’ordre qui sera disloqué en fragments du réel. Des éclats de fantasmes seront mélangés afin de raconter le fragile et l’abstrait qui subsistent profondément en nous, et qui se dévoilent plus souvent la nuit, quand l’endormi prend le relais. Les peurs irrationnelles et les phobies feront craquer la laque du social, et ce qui vibre en dessous se fera de plus en plus persistant et cherchera à se faire entendre à tout prix.
Crédit: David Ospina

L’humour, les animaux marins et les pulsions sexuelles s’imbriquent et se mélangent dans la quête de l’héroïne. À travers le personnage de Michelle, le spectateur est témoin de l’inconscient dans ce qu’il a d’universel et de partagé. Il assiste à ce qui nous unit dans l’impudeur et la vulnérabilité de nos rêves, de nos actes manqués et de nos lapsus. «Y’a tellement de choses qu’on ne connait pas en nous», dit l’auteure.

Le texte d’Amélie Dallaire s’articule dans le ton quotidien de la parole, invitant aux associations libres et empruntant à l’automatisme. Dallaire s’inspire à la fois de l’ambiance et du style de David Lynch, mais aussi de l’univers de Carl Jung. Morin dit avoir eu envie de s’adresser à quelque chose de plus reptilien chez le spectateur, citant le célèbre psychanalyste: «Nous rêvons constamment, même en état de veille, mais la conscience provoque un tel vacarme que le rêve ne nous est alors plus perceptible».
Crédit: David Ospina 

La mise en scène audacieuse, structurelle et affirmée, signée Olivier Morin, regroupe plusieurs tableaux régis par la logique du rêve. Les contours sont flous et les scènes se superposent sans que l’on ne le réalise nécessairement. Celui-ci affirme que le spectacle est très prenant au niveau émotif parce qu’on y aborde ce qui est dérangeant et anxiogène. «C’est un show très drôle, étonnant, cauchemardesque et fantastique», dit-il. L’immersion compromettra le spectateur, qui devra s’abandonner à cet univers forgé à même l’imperceptible pour bien l’apprécier.
 
Présenté en partie des laboratoires de Zone Homa l’an dernier, le souffle de Queue Cerise s’est allongé, et la version complète de cette œuvre déroutante est à voir du 26 janvier au 13 février.  

Queue Cerise
À la salle Jean-Claude-Germain du Centre du Théâtre d'Aujourd'hui