+ Toutes les playlists

Les propos de Charlotte Rampling nuiront au succès de «45 Years», l’un des meilleurs films de l’année

Crédit photo : Charlotte Rampling et le réalisateur Andrew Haigh (Crédit: Curzon Chelsea)
Les propos de Charlotte Rampling nuiront au succès de «45 Years», l’un des meilleurs films de l’année
Hier, les férus de mode et de cinéma avaient de quoi se réjouir. On apprenait qu’un important biopic serait consacré à Alexander McQueen – grand couturier britannique et enfant terrible de la mode s’étant enlevé la vie en 2010 – et qu’il serait réalisé par le très talentueux Andrew Haigh. La nouvelle n’aurait pu tomber plus à point, car 45 Years, le dernier film du réalisateur, sort en salles aujourd’hui dans plusieurs villes, y compris Montréal. Mais voilà que Charlotte Rampling, nommée aux Oscars pour sa sublime interprétation du personnage de Kate, vient de s’attirer les foudres de nombreux collègues et cinéphiles en affirmant que le boycott des Oscars proposé par Spike Lee, Jada Pinkett-Smith et compagnie serait selon elle «du racisme anti-blancs»… Malheureusement, cette nouvelle polémique en lien avec le scandale #OscarsSoWhite risque d’en dissuader plusieurs de sortir leur portefeuille pour ce véritable bijou du cinéma indépendant... Et Haigh (Weekend, Looking), connu pour ses portraits sensibles et inclusifs de la communauté LGBT, n’en sera pour rien.
 
Dans 45 Years, un couple harmonieux s’apprête à célébrer 45 ans de mariage lorsque Geoff (Tom Courtenay) apprend qu’on a retrouvé le corps d’une copine disparue avant qu’il ne fasse la rencontre de son épouse, Kate (Charlotte Rampling). La quiétude et le bonheur de ce couple d’âge mûr seront à jamais chamboulés par un fantôme s’étant fait attendre presqu'un demi-siècle. Avec Haigh à la barre du projet, le quotidien bouleversant et bouleversé des protagonistes se joue dans l’ambivalence des répliques, les sous-entendus de gestes pas complètement assumés et les regards furtifs et fuyants. Rampling et Courtenay nous livrent de véritables masterclass d’acteurs. L’automne dernier, nous avons rencontré Haigh à Toronto pendant le TIFF pour discuter de cette adaptation crève-cœur d’une nouvelle qui remet radicalement en question le pacte conjugal.

Les parallèles entre 45 Years et Weekend sont nombreux, à commencer par cette prémisse d’une relation mise à rude épreuve suite à une nouvelle inattendue. Weekend est raconté du point de vue de Russell, tandis que 45 Years nous fait vivre le drame de Kate. On ne voit pratiquement rien d’autre que leur perspective. 
C’est ce que je voulais. 45 Years m’a permis de boucler la boucle sur des thèmes qui me sont chers, que j’avais d’abord abordés dans Weekend: comment nous nous servons des relations amoureuses pour nous définir et pour mieux nous comprendre. Dans 45 Years, il s’agit d’un autre point de vue, c’est-à-dire celui de personnages tournés vers le passé, plutôt que vers les possibilités de ce que leur union pourrait éventuellement devenir. Ce fut une révélation lorsque j’ai compris cela.
 
Votre approche à la réalisation est très sobre, sans artifice. Il se dégage toujours de vos projets un réalisme teinté de mélancolie, ce qui correspond tout à fait à ce couple d’âge mûr à la dérive.
Oui. De cette façon, je mets l’accent sur l’histoire, sur les personnages ainsi que les performances. Je cherche un style visuel qui ne puisse pas entraver au potentiel de créer des liens affectifs avec mes personnages. Ça exige un travail plus actif de la part du spectateur. Avec un montage plus épuré, l’absence totale de plans de type champ/contre-champ, tu demandes à ton public de travailler, de balayer constamment l’écran en quête d’information. Ce que cela engendre, du moins je l’espère, c’est qu’à la fin du film, le spectateur soit investi émotionnellement dans le parcours des personnages.
 
Vous dites que le réalisateur turc Nuri Bilge Ceylan (Winter Sleep, Uzak) a grandement influencé votre travail. Avez-vous toujours été plus intéressé à ce type de cinéma plus rigoureux et en retenue?
Pas tant. Pendant ma jeunesse, mon éducation filmique se comparait à celle d’un ado typique des années 1980. En gros, Indiana Jones et tous ses dérivés. Ce n’est que dans ma vingtaine, lorsque j’ai travaillé au National Film Theatre d’Angleterre, que je me suis intéressé au cinéma moins commercial. Je n’étais qu’un simple placeur, mais ce fut une éducation cinématographique sans pareil: trois films différents par jour, tous des classiques du cinéma international, comme Bergman et Antonioni. Ça m’a beaucoup aidé à développer mes goûts, mes affinités, mon vocabulaire filmique.
 
45 Years
En salles dès aujourd’hui