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Sex Garage: le «Stonewall montréalais» qui a mobilisé la communauté LGBT il y a 25 ans

Crédit photo : Linda Dawn Hammond
Sex Garage: le «Stonewall montréalais» qui a mobilisé la communauté LGBT il y a 25 ans
Sex Garage, c’est le nom provocateur qu’a choisi Nicolas Jenkins pour un de ses lofts partys en 1990, aujourd’hui tristement comparé à un Stonewall montréalais. Vingt-cinq ans plus tard, Fierté Montréal commémore ce moment charnière de l’histoire de la communauté LGBT montréalaise avec une exposition inédite de la photographe Linda Dawn Hammond, présentée à la Place Émilie-Gamelin jusqu’à dimanche. Nightlife.ca s’est entretenu avec Hammond, seule photographe ayant documenté cet évènement historique. Eh oui, les cellulaires intelligents n’existaient pas encore à l’époque!

Sex Garage est reconnu pour avoir été le coup d’envoi de l’activisme au sein de la communauté LGBT montréalaise. Qu’avez-vous vu cette nuit-là qui a déclenché le mouvement, d’après vous?
Une réaction extrême de la part des policiers. On aurait dit qu’ils cherchaient la bagarre. Ils ont ordonné aux invités de quitter les lieux. C’était le chaos. On s’est fait dire qu’un gars avait commencé à se faire tabasser. Le climat était tendu et la police de Montréal était frustrée. J’ai ma théorie personnelle que c’était en lien avec la crise d’Oka. Je crois qu’ils [les policiers] cherchaient peut-être des cibles faciles. Après cette nuit-là, les gens ont refusé de se faire intimider par les matraques.

L’organisateur du party, Nicolas Jenkins, a affirmé dans une entrevue que «si ce n’était pas des photos de Linda Dawn Hammond, il n’y aurait aucune preuve de la violence de la police cette nuit-là.»  À l’époque, vous sentiez-vous dans l’obligation de documenter les évènements de cette nuit-là?
Oui, personne n’aurait cru ce qui s’est passé! De nos jours, les gens ne peuvent pas croire qu’en 1990, on n’avait ni Internet, ni téléphone intelligent. Ça adonnait que j’étais photographe professionnelle, je savais comment me tirer d’une situation délicate. En tant que journaliste, quand je vois un cas de violation des droits humains, il est de mon devoir de documenter ce qui se passe. Même avec les photos, j’ai eu du mal à convaincre The Gazette de publier! Je n’en revenais pas.

C’est devant ce refus que vous avez eu l’idée d’organiser la manifestation pacifique (Love-in)?
Ils n’avaient pas complètement refusé; ils hésitaient. Quand on leur a dit qu’on allait organiser un «Kiss-in» devant la station 25, ils n’ont plus hésité. Le lendemain, 250 personnes se sont déplacées pour manifester pacifiquement. Tous les médias étaient présents.

En tant que photographe, vos modèles sont souvent des personnes en marge de la société. Diriez-vous que vous souhaitez leur donner une voix?
De 1976 à 1980, j’étudiais la photographie et ce qui m’intéressait déjà à l’époque était le documentaire. Mes premières photos étaient sur la pauvreté et je n’ai pas attendu d’avoir l’âge légal pour mettre le pied dans des bars gais. Je devais avoir vingt ans quand j’ai commencé à m’intéresser à la scène punk dont j’ai d’ailleurs fais partie.

Crédit: Linda Dawn Hammond (Page Facebook Sex Garage)
Pourquoi exposer vos photos aujourd’hui?
Je pense que les gens ont oublié ce que veut dire Sex Garage. C’est pourtant un évènement capital dans l’histoire de Montréal. On le compare souvent au Stonewall de New York parce que c’est le moment où les gens ont changé d’attitude par rapport à la société et où ils ont commencé à remettre en question l’attitude de la police, qui était censée nous protéger. C’est important que les gens se souviennent. Quand je vois ce qui se passe à Montréal avec les manifestations étudiantes, je me dis que la police n’a pas beaucoup appris de ses erreurs. 

L’exposition photo de Linda Dawn Hammond est présentée gratuitement jusqu'au 16 août à la Place Émilie-Gamelin.

La photographe a cosigné ses mémoires dans un eBook qui sera bientôt disponible sous le titre: SEXGARAGE 1990: Untold stories & unseen photographs of Linda Dawn Hammond, incluant toutes les photographies inédites du party, de la répression policière et du Love-in.