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Le réputé sculpteur montréalais David Altmejd nous parle de son imaginaire indomptable

Crédit photo : David Altmejd, "The Flux and the Puddle" (2014) / Photo: James Ewing / Avec l’aimable permission de la Andrea Rosen Gallery, New York
Le réputé sculpteur montréalais David Altmejd nous parle de son imaginaire indomptable
Flux, c'est la rétrospective organisée par le Musée d'art contemporain de Montréal pour présenter l'œuvre du très réputé sculpteur David Altmejd, originaire de Montréal, mais qui vit désormais à New York. Son œuvre a été présentée dans les plus grands musées et à la Biennale de Venise. Une trentaine d'œuvres des quinze dernières années sont regroupées. L'imaginaire indomptable du créateur s'y déploie avec force et vigueur, pour montrer et célébrer le vivant sous toutes les coutures. En parcourant les salles du musée consacrées à son travail, s’orchestre sous nos yeux une odyssée pleine et entière, conçue selon une architecture gargantuesque, qui nous raconte l'histoire des espèces et plus encore. Une invitation grandiose à laisser son imaginaire se déployer en tous sens et à expérimenter, sans crainte. «Ce qui est intéressant comporte toujours les opposés, nous dit Altmejd lors de la conférence de presse. Là se crée une tension. À la façon d'une pile, entre pôle positif et négatif, c'est là que quelque chose de vivant peut se produire.» Dans ses sculptures, il y a la vie et la mort, l'enfer et le paradis, l'organique et l'artificiel, le minéral et le végétal, le séduisant et le dégoûtant, la composition et la décomposition. Il y a la matière et le vide.
 
David ajoutera plus tard, avec humour, qu'il a une véritable obsession pour les trous (noirs?). Bien sûr! Sans propos salaces, un trou, c'est bien cet espace vide, contraire à la matière, propulsé en plein milieu de la matière, dans lequel le champ des possibles est ouvert. Il a d'ailleurs conçu un petit trou dans le mur de l'une des salles de l'exposition, comme ça. Parce qu'il fallait respirer. Je vous invite à le chercher au cours de votre visite. Il est tout aussi partie prenante de l'exposition que l'œuvre elle-même. De la même façon que chacune de ses œuvres est infinie, ne serait-ce qu'au travers des surfaces de miroirs qui créent des abysses interminables selon la position de notre regard. L'exposition, et ce n'est pas un hasard, s'appelle «Flux». Parce que pour David, tout est flux. C'est ainsi que composition et décomposition, vie et mort se rejoignent. Que ce qu'il y a de plus vivant comporte aussi son contraire. D'où l'aspect non terminé ou dégradé de certaines pièces ou parties de pièces, comme le portrait de sa sœur à l'entrée de l'exposition, une tête avec un trou béant à la place du visage, qui «ouvre à l'infini».
"Sarah Altmejd" (2003) (Photo: Lance Brewer) / Avec l'aimable permission de la Andrea Rosen Gallery New York 
Si son œuvre n'était que dissection, analyse et science, elle ne serait pas si grande. Elle ne serait que l'exacte reconstitution d'une pensée occidentale qui nous innerve depuis des lustres. Mais elle a aussi cette extraordinaire aptitude à la synthèse et à la composition. Elle a la puissance de montrer et démontrer dans les détails les plus infimes, les articulations du corps, du fini, de la matière... «Un être vivant, c'est un infini contenu dans un corps fini. C'est ce que je veux représenter», précise-t-il. Et pour le rendre visible, il faut placer l'âme... en plein milieu du corps. C'est là que le biologiste n'est pas que biologiste, mais aussi, et surtout, profondément artiste et humaniste.
 
«Elles sont une partie de toi, ces sculptures?» Je pense à ses géants, imposants, mais aussi touchants, étranges et fragiles. Je pense à ces incroyables assemblages de robes à strass pailletées, de zèbres, de personnages de toutes sortes, de chaussures, de constellations de noix de coco, d’ananas qui ont une bouche et des dents et j'en passe, le tout contenu dans une structure en plexiglas immense. Un délire immense savamment maîtrisé. David me dit que oui. Il m'avoue n'en parler que très rarement. Mais quand il était plus jeune, il était invisible aux yeux des autres. Il vivait replié dans son mental, et quelle énergie bouillonnante il devait déjà y avoir dans ces neurones, à l'ombre des regards. «J'imagine que ces créatures me permettent d'être enfin visible.» Il ajoute: «Mais il faut aussi qu'elles sachent se séparer de moi et vivre leur propre vie. Il faut qu'elles soient autonomes. Sinon, je n'y vois pas d'intérêt. C'est très important, cette dimension-là.» Comme autant de bébés laissés au monde.
"Le Spectre et la Main" (2012) Photo: Guy L’Heureux 
Une ode à la vie, au dépassement, et à la magie de la création. C’est ce qui nous attire intimement, bien plus que l'étrange froideur scientifique qui de prime abord pourrait faire appel notre versant cérébral, occidental, ou adepte d'art conceptuel. Derrière les cœurs ouverts, il y a la vibration. D'une majestueuse hypersensibilité.
 
David Altmejd: Flux
Du 20 juin au 13 septembre 2015 au Musée d’art contemporain de Montréal