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Pourquoi s’intéresser au grand gagnant de Sundance 2015, «Me and Earl and the Dying Girl»?

Crédit photo : 20th Century Fox
Pourquoi s’intéresser au grand gagnant de Sundance 2015, «Me and Earl and the Dying Girl»?
Les grands gagnants des trois dernières éditions du festival Sundance – consécration ultime du cinéma indépendant américain – partagent une distinction bien particulière. Fruitvale Station (2013), Whiplash (2014) et Me and Earl and the Dying Girl (2015) ont à la fois raflé les Grand Prix et Prix du public. Cette rare correspondance entre les goûts d’un jury de professionnels et ceux des cinéphiles en dit long sur les démarches fédératrices et les qualités intrinsèques de ces œuvres. Les deux premiers films ayant ensuite connu un succès enviable, il n’est pas insensé de s’imaginer que Me and Earl, deuxième long métrage pour le réalisateur Alfonso Gomez-Rejon (Glee, American Horror Story), reçoive un accueil comparable cet été.
 
Adaptation du roman «Young Adult» éponyme de Jesse Andrews, Me and Earl raconte l’histoire du narrateur Greg (le «Me» du titre, interprété par Thomas Mann), un gars réservé de Pittsburgh qui se vante d’avoir su bien se fondre dans l’anonymat et la «neutralité» de son école secondaire. Il ne fréquente qu’un seul ami, Earl (RJ Cyler), avec qui il produit de courtes parodies désopilantes de films cultes. Mais lorsque la mère de Greg l'incite à offrir son soutien à Rachel (Olivia Cooke), une ado qui fréquente son école et qui vient de recevoir un diagnostic de leucémie, Thomas doit remettre en question son isolement volontaire et son refus de se rendre le moindrement vulnérable. Avec son trio intimiste, ses cadrages dynamiques et sa singularité scénaristique, Me and Earl livre un hommage émouvant au septième art, parsemé de tendresse mais aussi de dérision. NIGHTLIFE.CA a discuté avec le réalisateur de l’unicité de sa contribution au genre très surchargé du teen movie.

L’école devient un personnage en soi
La cafétéria où se regroupent les inévitables cliques. Les corridors où s’impose une hiérarchie des plus strictes. La salle de classe où chacun joue ses cartes avec prudence, camouflant le moindre signe de faiblesse. Le public a grandi en se familiarisant avec tout un lexique de symboles dans lequel les réalisateurs de films d’ados vont puiser ad infinitum. Or, Gomez-Rejon offre un nouvel éclairage sur ce haut lieu d’émotions. «J’avais réellement peur que Me and Earl ressemble à tous les autres films d’ados, jusqu’au jour où nous avons trouvé Shenley High School, une école abandonnée, affirme Gomez-Rejon. On a tout de suite constaté son immensité: c’est un trésor à l’architecture néoclassique datant de 1916, avec des plafonds de 22 pieds. Tu poses ta caméra là-haut avec une lentille de 10 mm, et ça a l’air énorme! Tu peux miser sur l’hyperréalisme de l'école comme champ de bataille et donner à la bâtisse des airs de prison.»
 
Deux geeks qui meublent leurs temps morts en parodiant le cinéma
Les réalisateurs en herbe que sont Greg et Earl reconstituent des dizaines de chefs-d’œuvre du cinéma avec les moyens du bord, proposant des clins d’œil ingénieux à de grands artistes. Sois assuré, les gars vont te décrocher un sourire avec des relectures telles que «A Sockwork Orange», «2:48 Cowboy» et «Senior Citizen Kane». «C’était une façon pour moi de célébrer tous mes héros, de les remercier pour l’inspiration, en faisant un film qui, je l’espère, donnera aux plus jeunes l’envie de voir leurs films. La récompense la plus gratifiante de ce film serait de savoir qu’une nouvelle génération s’intéresse au travail de cinéastes comme Herzog, Kurbrick ou Orson Welles.»
RJ Cyler et Thomas Mann dans Me and Earl and the Dying Girl
Ne pas confondre avec le phénomène YA de 2014
Si je dis: adaptation ciné d’un roman «Young Adult» à propos d’une ado charmante atteinte du cancer, tu réponds…The Fault in Our Stars, probablement. Voilà l’enjeu majeur auquel l’équipe du film sera confrontée cet été: convaincre le public que le film de Gomez-Rejon offre un regard nouveau sur le sujet. «Je peux très bien comprendre la connexion, souligne Gomez-Rejon tout bonnement. Dans les deux cas, il s’agit de drames sentimentaux à propos d’adolescents aux prises avec un diagnostic de cancer. Mais ils ne pourraient être plus différents. L’un est incontestablement une histoire d’amour, alors que nous nous revendiquons fièrement autre chose.»
 
Le no man’s land des amitiés platoniques
L’autre élément qui détonne dans le paysage YA, c’est cette amitié qui prend forme entre le tandem gars-fille hétéro de Greg et Rachel. La prémisse ne sert pas les fins d’une romance hollywoodienne épique. Rien de tout ça. Me and Earl explore plutôt avec justesse et humour les rouages d’une amitié platonique d’importance capitale à ces deux ados. Tout un exploit quand on sait que Hollywood accorde autant d’intérêt à ce type de rapport qu’au cinéma turc sous-titré. «Ça se rapproche davantage de Harold et Maude. Cette profonde connexion entre les deux protagonistes rend le film vraiment unique, et je savais en me lançant dans ce projet que tout reposerait sur le casting. Qui choisir pour donner vie à cette profonde chimie, sans donner l’impression qu’on s’aventure petit à petit en terrain amoureux? Il y avait une super complicité entre Thomas et Olivia; ils y sont pour beaucoup.»
 
Me and Earl and the Dying Girl
En salles dès le 19 juin