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Le mot de la rédactrice: Québécois

Crédit photo : Fabienne Legault
Le mot de la rédactrice: Québécois
Être Québécois? Qu’est-ce que ça veut dire?  
 
Au détour d’un récent débat animé sur la Charte de la laïcité avec mes grandes amies, j’ai réalisé qu’elles ne sentaient pas qu’elles portaient complètement l'étiquette «Québécoise». D’origines roumaine, marocaine, haïtienne et irlandaise et aujourd’hui dans la trentaine, elles sont presque toutes nées à Montréal et/ou y vivent depuis qu’elles sont petites. On dirait que je ne m’étais jamais arrêtée sur le sujet et posé la question tant c’était une évidence dans ma tête: elles étaient Québécoises au même titre que moi!
 
Mon nom ne sonne peut-être pas comme tel, mais je suis née ici, de parents québécois francophones. Mon nom de famille me vient de mon arrière-grand-père italien. Depuis l’adolescence,  je suis entourée d’amis qui sont nés ici ou qui ont des origines étrangères. Nous partageons les mêmes goûts musicaux, vestimentaires, littéraires, etc. et j’ai fréquenté les mêmes écoles qu’eux. Grâce à notre groupe hétéroclite, on a la chance de connaître les meilleurs restos viet en ville, de participer à des cérémonies marocaines au henné, de manger des sarmale faits maison à Noël en chantant les hymnes traditionnels croates, d’enfiler un sari avec succès et de savoir apprécier un vrai bon Bordeaux, mais cela ne nous a jamais empêchés de manger de la poutine autour d’un feu de camp en chantant du Céline Dion. Je n’ai jamais établi de différence entre mes amis nés ici et/ou ceux qui avaient des racines étrangères.
 
Dans ma tête, nous sommes tous des Québécois. Des Québécois aux origines multiples, certes, mais des Québécois sans aucun doute. Et j’ai toujours trouvé que cela était notre force. Avais-je manqué de sensibilité à leur réalité? Avais-je fais preuve d’un optimisme naïf?  Il fallait que j’investigue.
 
Mener l’enquête 
 
J’ai donc décidé de sonder mes amies avec lesquelles j’avais discuté en les soumettant à un questionnaire plus précis. J’ai aussi fait parvenir ces questions à d’autres copains français, kenyans, vietnamiens, croates, pieds noirs, etc.  Je voulais savoir si eux se sentaient Québécois à 100%.
 
«Où êtes-vous né ? Où sont nés vos parents ? Vous sentez-vous Québécois? Vous sentez-vous accepté et intégré à la société québécoise ? Trouvez-vous qu’il est difficile de s’intégrer au Québec ? Comment définiriez-vous un Québécois ? Que cela signifie-t-il de se sentir Québécois ? Comment définiriez-vous votre identité ? Etc.»
 
Ce questionnaire a soulevé plus d’intérêt que je ne l’aurais cru. J’ai eu l’impression que tous avaient  répondu avec beaucoup de sincérité et d’émotion. J’ai réalisé aussi à quel point la question identitaire est extrêmement intime et émotive. Elle nous mène dans nos retranchements. Nos origines, nos histoires, c’est la base de tout; cela résume qui nous sommes. Les résultats de cette «étude» ont été divers, informatifs et émouvants. Je partage avec vous quelques-unes des réponses reçues qui m’ont le plus touchée, fait rire et émue et qui me semblent faire un état des lieux sur cette question d’identité. En espérant qu’elles trouveront écho en vous également.
 
Comment définiriez-vous un Québécois ?
«Le Québécois est un être pluriel et mixé. Il est jovial et assez ouvert d’esprit à prime abord.»
«Être Québécoise, c’est d’avoir les mêmes droits et les mêmes chances que les hommes. C’est d’avoir le droit de dire, de penser, de m’habiller comme je le veux, sans être jugée ou contrôlée.»
«Un Québécois est un Occidental de culture américaine, globalement plus libre d'esprit, plus créatif. Easy going. Aime se divertir et festoyer.»
 «Le Québécois aime se divertir le samedi soir avec de la Boréale et des Doritos et des carottes trempées dans la trempette.»
«Je trouve très dur de répondre à ces questions; en me relisant, je me dis: mais alors qu'est-ce que tu fous ici....En fait, je me rends compte que je ne connais pas vraiment les Québécois.»

 
Que cela signifie-t-il de se sentir Québécois ?
«Pour un étranger d'origine, c’est ne plus juger les coutumes québécoises comme exotiques, mais à l'inverse juger les siennes et les autres comme telles. »
«Pour moi, être Québécois (ou Vietnamien ou Américain etc...) c'est un statut et non un état d'âme...»
 «Adhérer au projet de société et aux valeurs communes.» 
«Être Québécois, c’est avoir hâte à l’hiver, puis marre de l’hiver!»
«Sentiment d'appartenance à un peuple et une culture différente par rapport à son environnement direct.»
«J'aime le Québec, son histoire, sa musique, j'aime le Québec de Louis –Jean  Cormier, des Cowboys  Fringants, des Colocs, d’Arianne  Moffat! J’aime cette terre d'immigration, j'aime son histoire atypique, ses paysages!» 

 
Vous sentez-vous accepté et intégré à la société québécoise ?
«En fait, je peux parler comme eux, agir comme eux, penser comme eux, mais à leurs yeux, je ne suis pas vraiment Québécois parce que mes origines ne sont pas québécoises et que physiquement, je ne ressemble pas à un Québécois typique.»
«J'ai assimilé la culture québécoise, mais on me rappelle souvent que je viens d'ailleurs.»
 «Je pense que la majorité des Québécois ne me considèrent pas comme un des leurs. Surtout avec mon maudit accent de maudit Français!»

 
Comment définiriez-vous votre identité ?
«Je suis une Québécoise d'origine vietnamienne.»
«Je suis une enfant du monde; mes bases sont les origines de mes parents, mais les différents pays où j'ai vécu ont enrichi ma culture et ont fait la richesse de mon identité.»
 «C'est à Montréal où je me sens le mieux. Cette ville me parle et m'habite. Elle est comme moi : mixée, mélangée, métissée.»
«Je suis Québécois, mais mes origines roumaines aussi font fortement partie de mon identité.»
«Je ne suis pas Québécoise à 100%, car on me rappelle souvent que je ne suis pas une ‘’pure laine’’ et que j’ai des origines d’ailleurs. Qui suis-je alors? Je suis moi, tout simplement. C’est pas mal comme ça que je définis MON identité, mais je me sens chez moi au Québec.»

 
Être Québécois ou ne pas être?
 
À la lumière de tous ces témoignages, et des discussions qui donnent clairement à réfléchir, je me dis que dans le fond, ce n’est pas tant le fait de se sentir Québécois qui est important, mais celui de se sentir chez soi. Et de savoir qui on est. Notre force identitaire est justement dans cette diversité. Une de mes amies conclut  en disant : «Je suis une femme métisse née à Montréal, dont la première langue est l'anglais, qui a marié un Québécois marocain qui parle le français et l’arabe. J'ai la chance d'être un peu de tout et surtout de vivre dans un pays libre qui me donne l’opportunité de côtoyer une diversité culturelle sur une base quotidienne.» Je trouve cela si juste. Cet exercice «sociologique» m’a aussi permis de réaliser à quel point mes amis sont fabuleux, uniques et  extraordinaires et que je suis chanceuse de profiter de tous ces apports culturels riches incroyables!
 
Alors, chers amis lecteurs, qu’est-ce ça signifie être Québécois? Au plaisir de lire vos réponses aux questions dans les commentaires!