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La mannequin québécoise Zoé Duchesne incarne une «Poupée» pour le moins percutante à l’Arsenal

Crédit photo : © Zoe Duchesne
La mannequin québécoise Zoé Duchesne incarne une «Poupée» pour le moins percutante à l’Arsenal
Qui de mieux pour discuter de la tyrannie de l’image qu’une ex-mannequin forte de plus de dix ans de carrière dans le milieu? C’est la réflexion que je me fais en rencontrant Zoé Duchesne, l’artiste derrière l’exposition Poupée qui se tient à l’Arsenal. Je la rejoins par un lundi matin froid et silencieux, afin qu’elle m’explique la genèse de son projet, les subtilités de sa démarche artistique et les émotions qui déferlent lorsque l’on se dévêtit sur le tapis rouge du Festival de Cannes.
 
Poupée est présentée dans le hangar principal de l’Arsenal: un immense espace industriel où les œuvres s’enchaînent en un parcours qui va de la naissance… à la renaissance. Les pièces sont crues et viscérales; on sent bien que la photographe préfère nous faire réfléchir, plutôt que de nous éblouir par ses prouesses techniques. Tout en parcourant la présentation, elle m’explique ses débuts: «J’ai reçu mon appareil photo et j’ai commencé à me filmer pour des auditions que mes agents me demandaient. Petit à petit, j’ai commencé à faire mes projets créatifs, à me déguiser et à inventer des personnages. La poupée est un personnage que j’ai créé pour imager mon âme, ce qui se passe à l’intérieur de l’être humain et qui reste invisible.»
 
Ce désir de créer lui est venu en réaction au fait d’être toujours le personnage d’un autre, photographe ou designer, et donc de n’être jamais maître de son propre devenir. «Si je reste seulement une image, si je ne deviens pas créateur de ma propre vie, je vais me désintéresser de moi-même, donc comment veux-tu que les autres ne le fassent pas? Ce que j’ai mis dans la poupée, c’est que du muet, mais c’est toutes les choses que j’ai vécues qui étaient impossibles à exprimer avec des mots au moment où je les vivais. Et avec le recul, je constate que je ne suis pas seule, que plein de gens vivent les mêmes choses.» Sa démarche lui permet de libérer l’être qu’elle est réellement, de se défaire des tabous imposés par la société et ses codes. Pour en avoir discuté avec elle, je crois qu’elle espère que son œuvre joue le rôle de catalyseur et déclenche la même remise en question chez l’observateur.
L'Officiel Middle East by Stéphanie VolpatoPoupée © Zoe Duchesne 
Poupée fait irruption à Cannes
Poupée fait irruption sur la scène internationale de manière assez fulgurante, lors de l’édition 2014 du Festival de Cannes. En effet, afin d’exorciser ses démons intérieurs et de braquer un projecteur sur l’illusion de l’image, Zoé décide d’aller se mettre à nu sur la place publique. «Cannes, ç’a été un processus. Juste avant d'y aller, j'ai eu très peur, au point où j'ai remis l'ensemble du projet en question. Le saboteur interne s'est fait entendre, ce qui m'a poussé à surmonter ma peur.»
 
Conduite sur le tapis rouge par une productrice française rencontrée dans le train qui l’amenait à Cannes — Poupée est une suite d’accidents et de coïncidences qui ont fait boule de neige —, la jeune femme choisit la première de Maps to the Stars pour faire son entrée. Elle voit une symétrie entre son message et le sujet du film. La tension est à son paroxysme lorsqu’elle franchit le dernier poste de sécurité: «Au dernier checkpoint, je n'entends plus rien, je suis rendue sourde. Je suis tellement dans mon truc, dans ma poupée, que je ne pense plus à rien.» Une fois sur le tapis rouge, «j'ai perdu la notion du temps, j'ai posé dans une certaine attitude avec ma robe, puis j'ai enlevé la robe et incarné Poupée. C'était une façon de chasser l'image de Zoé Duchesne mannequin et de mettre mon être au monde.»
 
L’œuvre de l’artiste ne se limite pas à la photo et à la vidéo, on y retrouve aussi une composante live. Lors du vernissage, plusieurs poupées jouées par les amies de Duchesne ont déambulé dans la galerie. Pour ceux que cette composante théâtrale intéresse, Zoé incarnera Poupée les dimanches. «À tous les dimanches à 15h, je vais faire une performance live, mais ça va être moi seule. Chaque fois, ce sera une performance différente.» Elle me dit aussi qu’elle prévoit faire des apparitions- surprises, au gré de son humeur: «À tout moment, la poupée peut apparaître.» 

«Poupée» | Jusqu’au 19 avril à l’Arsenal | arsenalmontreal.com
Zoé Duchesne livrera des perfos live les dimanches 29 mars, 5, 12 et 19 avril à 15h | poupee.ca