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Le mot de la rédactrice: médecins

Ouf!  J’ai décidé cette semaine de donner la chance à l’épineux dossier de l’heure dans le domaine de la santé. À 16h33, vendredi, je le regrette un peu! Pas facile.

Dans la lettre d’opinion signée par le Ministre de la Santé Gaétan Barrette, parue dans La Presse de mardi et intitulée «Adapter la pratique aux besoins», il nous rappelle qu’il y a près de 20 ans, lors de l’avènement du virage ambulatoire, des centaines de médecins et d’infirmiers ont cessé de pratiquer, volontairement partis à la retraite ou pas. Que beaucoup d’argent a été injecté dans les universités pour la formation de nouveaux médecins et que plusieurs milliards ont été investis dans la rémunération de ceux-ci  afin de rendre leurs salaires conformes à leurs confrères du reste du Canada.

Jusque-là, tout va bien! De bonnes nouvelles pour nous Québécois, donc! Des ajustements ont été apportés suite aux divers bouleversements qui ont eu lieu dans le milieu de la santé et le «rattrapage» pour reconnaître «le travail des médecins à sa juste valeur» a été effectué.  Les médecins de chez nous sont payés comme partout au pays et cela devrait nous permettre de profiter d’excellents services. Or, à lire les journaux et à voir les obstinations quotidiennes depuis l’automne entre le Ministre et les médecins, on a plutôt l’impression que les temps sont durs, que la situation qui les oppose est conflictuelle, chaotique et que les partis n’arrivent pas du tout à s’entendre.

L’accessibilité aux médecins de famille est au cœur du problème et personne ne semble trouver de solution. Par le biais de son projet de loi 20, le Ministre souhaite imposer des quotas de patients aux médecins.

Par des calculs assez rudimentaires, le Ministre Barrette explique dans son texte que si les 8769 médecins de famille au Québec voyaient entre 20 et 25 patients par jour, plutôt que 18 (la charge moyenne normale d’un médecin*), cela réglerait en grande partie le problème d’accessibilité. Pour arriver à ces résultats, il base ses chiffres sur une année-type à temps plein d’un médecin, qu’il décline ainsi: «5 jours / semaine, 40 semaines / année et donc 200 jours avec 12 semaines de vacances» … Avant d’aller plus loin, je relis : 40 semaines de travail et 12 semaines de vacances.
En lisant ces chiffres, j’ai buté sur le 12. Je croyais avoir mal lu. 12 semaines de vacances! Ça fait combien de mois? 3 mois sans travailler! Je ne savais pas que les médecins avaient autant de temps OFF. À part les profs qui ont presque ça (mais pas le salaire qui vient avec!), qui a autant de vacances? Certes, à titre de travailleur autonome, les médecins  peuvent prendre plus ou moins de temps s’ils le désirent, mais une chose est certaine, le Ministre de la santé lui-même base ses calculs sur une année temps plein de 9 mois. Une information surprenante!

Solution?
Logiquement, et à mon humble avis, pour voir plus de patients, les médecins ont besoin de plus de temps. On peut donc se dire que le problème d’accessibilité aux médecins est aussi grandement un problème lié au temps et à la disponibilité des docteurs. Or, avec ce que le Ministre nous apprend dans cette lettre, l’enjeu du temps ne semble pourtant pas être un problème. Avec tout ce temps «libre» en banque et cette disponibilité non-utilisée, il me semble qu’il y a là une super marge de manœuvre dans le conflit de l’accessibilité à un médecin. Ce n’est pas comme si on avait à peine 2 semaines sous le bras comme marge de manœuvre et de négociation. La solution au conflit ne se trouve-t-elle pas là? Si chaque médecin pige un peu dans sa banque de «vacance» et travaille un peu plus, les Québécois ne pourraient-ils pas bénéficier d’un meilleur accès à leur médecin ? Mais si cela est si simple, pourquoi avons-nous droit à un conflit d’une telle envergure et qui occupe une place médiatique si importante depuis novembre? Est-ce que quelqu’un peut m’expliquer?
 
*Donnée véhiculée  par la Fédération des Médecins Omnipraticiens du Québec.