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Le mot de la rédactrice: UberX

Les chauffeurs de taxi de la ville de Montréal arborent, ces derniers jours, drapeaux et foulards jaunes (couleur associée à la sécurité) en signe de protestation à l’arrivée de UberX. Implanté dans la ville l’automne dernier, ce nouveau produit offert par l’entreprise «technologique» californienne Uber, permet à un particulier d’effectuer du transport de personnes et de demander rémunération. UberX connaît un succès retentissant auprès des Montréalais, mais soulève la grogne chez les chauffeurs de taxi qui y voient une concurrence déloyale.
 
Quelle est la différence entre Uber-Taxi et UberX ?
 
Uber est arrivé à Montréal en novembre 2013 sous la forme du produit Uber-Taxi. Une application téléchargeable sur téléphone intelligent qui permet de commander un taxi et de régler sa course sans transaction d’argent, ni de carte de crédit, grâce à une inscription du client faite en ligne au préalable. La technologie d’Uber-Taxi permet aussi de traquer le profil du chauffeur de taxi et de laisser une note d’évaluation sur son service. Les trajets sont enregistrés. Bref, un produit qui plaît autant aux chauffeurs de taxis montréalais, qui peuvent multiplier leurs sources de revenus et rentabiliser leurs temps morts, qu’aux citoyens qui multiplient ainsi leurs options de transports.
 
Ce qui soulève la grogne des chauffeurs de taxi aujourd’hui, c’est qu’UberX, contrairement à Uber-Taxi, permet à un particulier, sans qu’il ne détienne de permis, d’effectuer du transport de personnes et de demander rémunération. «C’est une pratique et une concurrence illégales!», soutient Milton Quérette, un chauffeur de taxi montréalais. « UberX m’enlève mon pain quotidien! », ajoute-t-il. Tout Montréalais peut, s’il répond aux critères d’évaluation (analyse du dossier criminel, etc.), devenir chauffeur UberX.
 
UberX dans l’illégalité?
 
La loi concernant les services de transport par taxi est pourtant claire: « Pour offrir ou effectuer un transport rémunéré de personnes à l’aide d’une automobile, une personne doit y être autorisée par un permis de propriétaire de taxi ». Face à UberX, le Ministère des Transports lance un signal net en ce sens en procédant à la saisie des véhicules de conducteurs fautifs d’UberX.
 
Du côté d’Uber, on justifie la situation par ce qui serait un vide juridique à remplir, avec l’arrivée de nouvelles technologies sur le marché. Car l’entreprise Uber ne se définit pas comme un service de transport, mais bien comme une entreprise technologique de communication. Pour pallier ce vide juridique, l’entreprise Uber a d’ailleurs proposé au Ministère des Transports, début octobre, une série de principes directeurs visant à encadrer et à permettre le transport rémunéré de particuliers par d'autres particuliers.
 
Depuis, le projet est sur la table et la réflexion ministérielle ne semble pas aller en faveur du produit UberX. « L’ouverture serait davantage pour un service de type UberTaxi, qui s'adresse à des chauffeurs de taxi ayant déjà un permis et souhaitant travailler à partir d'une application Web […] Il n'était pas question pour autant de permettre à des particuliers de faire du transport rémunéré sans permis ni obligations », peut-on lire dans un article du Soleil qui résume la position actuelle du gouvernement.
 
Pourquoi tenir au produit UberX?
 
Pourquoi l’entreprise Uber tient-elle à ajouter UberX à son offre de services? « C’est le produit le plus populaire dans toutes les autres villes du monde. Nous avons reçu des centaines de courriels à Montréal pour offrir ce produit ici», explique le directeur général d’Uber, Jean-Nicolas Guillemette. Avec des tarifs concurrentiels à 45% moins chers que le taxi régulier, on comprend aussi l’intérêt des citoyens. « La mission d’Uber est d’offrir plus d’options de transport au citoyen et de contrer l’utilisation de la voiture en solo », ajoute-t-il pour justifier ce choix. Chaque chauffeur UberX doit remettre une partie de ses revenus à l’entreprise Uber.
 
L’arrivée d’Uber-Taxi a soulevé une levée de boucliers de la part de l’industrie du taxi et des propriétaires de permis de taxi, qui y voyaient une menace. Mais les chauffeurs de taxi et les citoyens soutenaient Uber-Taxi avec engouement.
 
Pourquoi se mettre à dos les chauffeurs en implantant UberX? Est-ce que cela ne trahirait pas la mission de Uber qui est de contrer la voiture en solo?
 
Pour le journaliste du Soleil Pierre Asselin: « La mission d'Uber n'est pas de démocratiser le transport, c'est de faire de l'argent…  Les revenus de [cette] multinationale américaine se calculent désormais en milliards de dollars et elle est en pleine période de croissance, avec un chiffre d'affaires qui triple d'année en année. »
 
On ne peut reprocher à une entreprise de vouloir faire de l’argent, mais elle doit demeurer honnête dans la promotion de sa mission et dans son application. Sinon, elle ne prend pas son consommateur au sérieux. En ce sens, je me sens lésée.
 
J’ai été la première à utiliser et à faire la promotion d’Uber-Taxi. Je pense que toute l’industrie du taxi montréalaise et québécoise gagnerait à se mettre à jour et à profiter de tels développements communicationnels et technologiques. Car rien de plus emmerdant que d’aller retirer de l’argent au guichet à 3h du matin, quand le chauffeur de taxi ne prend pas la carte ou que sa machine ne fonctionne pas.
 
Mais cette concurrence doit se jouer selon les mêmes règles que celles respectées par ses adversaires, sinon cela me semble peu équitable et oui, déloyal. UberX ne peut pas débarquer, rentrer dans le tas, imposer sa façon de faire au nom de l’innovation et profiter de ce flou juridique, tout en nous chantant la pomme de l’anti-auto en solo ! 514-271-1111, ça ne s’oublie pas en criant UberX !