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Après Sundance et Berlin, à notre tour de découvrir «Chorus», drame puissant de François Delisle!

Crédit photo : Sébastien Ricard et Fanny Mallette dans «Chorus»
Après Sundance et Berlin, à notre tour de découvrir «Chorus», drame puissant de François Delisle!
Dans le nouveau film de François Delisle (Le Météore, 2 fois une femme), Irène, le personnage interprété par Fanny Mallette, est allergique au concept du deuil. Reste que dix ans après la disparition de son fils, cet être suspendu dans le temps refuse toujours de reprendre goût à la vie.
Fidèle à son habitude, Delisle met ici en scène des personnages confrontés à une souffrance insoutenable, qui empruntent des chemins souvent très sobres et solitaires (lire: à mille lieues du mélodrame!) pour gagner leur combat. On se souviendra, par exemple, du personnage d’Anne-Marie, une publiciste au chômage qui aborde des inconnus dans les rues du Plateau pour les questionner sur leur conception du bonheur dans Le bonheur c’est une chanson triste. Dans Chorus, l’histoire débute dix ans après la disparition d’Hugo, alors que ses parents (désormais séparés) doivent se retrouver autour de sa dépouille. Christophe (Sébastien Ricard, puissant) s’est exilé au Mexique, tandis qu’Irène s’est servie de son chant choral comme exutoire.
 
Chorus livre un hommage éloquent à ceux qui choisissent de poursuivre leur chemin, portant en eux les séquelles d’un énorme deuil. On apprécie ce sixième film de Delisle pour ses personnages aux parcours entrecroisés, pour son courageux refus de nous servir ce qu’il qualifie de «cinéma de divertissement», pour sa jolie chorégraphie filmique sur la binarité (le noir et le blanc, le chaud du Mexique et le froid du Québec, l’homme qui s’enfuit et la femme qui se replie) et pour sa maîtrise d’une signature lyrique forte, permettant au public de cicatriser les blessures qu’on lui inflige. Nightlife.ca a rencontré Delisle pour en savoir plus sur ses préférences scénaristiques et son amour pour le groupe Suuns.
Michael-Oliver Harding
Nightlife.ca: Tu mets souvent en scène des personnages confrontés à de grands bouleversements, qui sont appelés à se reconstruire de façon radicale. Six films plus tard, qu’est-ce qui t’incite toujours à jouer dans ces plates-bandes?
François Delisle: J’ai un désir d’aborder des sujets qui sont forts dramatiquement, ce qui me permet d’aborder la chose d’une façon plus subtile. Les personnages dans Chorus se retrouvent dans une situation extrême, et ce qui est intéressant pour moi, c’est d’y aller d’une façon différente – de ne pas aller dans le gros mélodrame. Quand on est dans des situations extrêmes, on tente toujours de s’en sortir, de changer de vie. Il y a un désir de liberté. Les personnages se libèrent d’un poids qui était sur leurs épaules pendant plusieurs années. Le fait de ne pas trop en mettre, côté mélodrame, ça laisse beaucoup de place au langage cinématographique.
 
À plusieurs reprises, le deuil du couple formé par Sébastien Ricard et Fanny Mallette est interrompu par des bribes de nouvelles relatant de violents conflits au Moyen-Orient. Pourquoi voulais-tu mettre leur drame en perspective?
Parce qu’on baigne là-dedans, on n’en sort pas vraiment, et pour moi, il était important de reculer un peu. Dans le monde actuel, il y a des enfants qui se font enlever, qui se font tuer à tous les jours, et on est un peu indifférents face à ça, alors que leur drame les obnubile littéralement. Donc ils regardent ces nouvelles-là en mangeant, sans trop réagir, jusqu’à ce qu’ils se retrouvent devant un autre écran, et là ils n’ont pas du tout la même réaction. C’est juste de vouloir mettre en contexte le drame que vit ce couple dans un monde de violences constantes.
 
Une de mes scènes préférées est celle du show de Suuns. On peut dire que tu remets les personnages de Fanny et Sébastien en contact avec la jeunesse de leur fils. Pourquoi as-tu arrêté ton choix sur l’électro ténébreuse de Suuns?
Leur musique est très viscérale. Je trouvais que leur dernier album collait très bien avec l’esprit du film, le côté où on peut se laisser aller. Il y a une modernité dans la musique de Suuns, il n’y a pas de nostalgie du passé dans leur musique. Et il était important pour moi de remettre les personnages dans le temps présent. Ils ont vécu pendant des années dans le passé, et là ils se retrouvent dans cet endroit-là, et c’est aujourd’hui. Leur futur leur appartient. On remet les pendules à l’heure. C’est un reset; on repart à zéro.
 
Chorus fait présentement fureur sur le circuit festivalier. Est-ce que ces voyages à l’étranger te permettent de dresser un constat quelconque à propos de notre industrie?
Ce que je me rends le plus compte, c’est qu’on est extrêmement chanceux de pouvoir faire des films comme on les fait au Québec. Je me sens énormément privilégié d’avoir la liberté d’aborder des sujets qui ne sont pas très faciles, de les faire comme je le veux, avec les acteurs que je veux, en faisant moi-même ma direction photo, en me produisant. Je m’aperçois qu’en allant pas tellement loin, south of the border, faire un film dans des conditions comme ça, être appuyé autant par l’état que les festivals, c’est rare.
 
Chorus
En salles le 6 mars

Anouk Lessard