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Le mot de la rédactrice: beau

Dans le cadre du Festival Montréal en Lumière, la slameuse Queen KA a élu domicile dans la charmante et intime salle du Théâtre de Quat’Sous, avenue des Pins. Pour deux soirs seulement (il n’en reste qu’un!), Elkahna Talbi (de son vrai nom) convie le public à un récit de vie très personnel intitulé Chrysalides. De ce jardin secret fleuri et touffu s’échappent des pétales de mots qui racontent le vaste et éphémère voyage de la vie. Enveloppée sur scène par la musique de ses acolytes, Blaise Borboën Léonard et Stephane Leclerc, la reine du spoken word montréalais frappe juste et fort.

Au milieu d’un nuage ambiant de fumée translucide et sous un chaleureux faisceau lumineux, les mots blancs s’écrivent sur fond de tableau noir. La main de «la Reine» écrit ce que le cœur raconte. Le corps se mue et se déplace avec fluidité et douceur. À droite et à gauche de la scène. Puis la voix chante les souvenirs, la vie et l’espoir. L’interprète s’assoit, s'accroupit, s’élève et se centre. Dans une mise en scène rudimentaire, mais ô combien efficace (signée Yann Perreau), 14 poèmes, 6 tirés des Éclats Dépareillés (juin 2014) et 8 nouveautés feront naviguer le spectateur entre ombre et lumière. Entre toute la dualité du monde. « J’arrive. Prends moi comme une mère prendrait son enfant, ce monde est si rude et si jeune à la fois. », chante «la Reine». Du côté obscur des mots, la voix transporte dans les profondeurs des « questionnements sur soi aux amours envolés, au deuil et au dur constat de notre finitude ». Marchant vers la lumière, les textes racontent aussi, avec une poésie incroyable « quand le beau est à portée de main et que le monde émerveille plus que jamais ». Sur scène, le grand ballet de la vie défile.  

À mi-parcours, QueenKa interprète avec hargne et fougue « F D M ». Le public est transi :

 «et le sexe pointu 
les foetus et les embryons 
avec ou sans droits 
les mères porteuses 
et reportées 
partis 
tous d'un coup 
partis 
même les attendeurs de messies 
la larme à l'oeil, la rage au ventre 
le doute poignant devant l'absence 
le livre sacré en iPad in their hands 
it is the end my friends
»



Dualité.
Marche vers la lumière. Car des abîmes, finit par jaillir la lumière, comme elle l’écrit elle-même, à
« l’instant où l’on accoste enfin ».

« c’est l’instant de la mutation, 
c’est la fin et le début en même temps, 
c’est les saisons qui passent, c’est l’hibernation qui n’existe que s’il y a un printemps vers lequel on s’éveille
. »

Queen KA chante avec une poésie magique « quand le beau est à portée de main et que le monde émerveille plus que jamais ». Comme de fines bulles ou des gouttes de la rosée du matin, les mots de la chanson « Écrire sur le beau » tombent du ciel, se posent sur nous, comme des fruits royaux provenant des cieux. Avec des airs asiatiques, les paroles cliquettent jusqu’à nous, de sa bouche à nos oreilles en traversant notre cœur. 

«Écrire sur nos cadeaux d’oreillers 
quand on se déballe notre journée 
pis qu’on tente d’éteindre la lumière 
que le sommeil nous stresse pas 
parce demain personne risque de partir sans dire bye 

Écrire sur l’étoile qu’on fait plus dans notre lit 
parce qu’on dort demi-lune 
les pieds qui se collent 
les rêves qui se parlent

parce qu’écrire sur le beau
c’est la première fois que je fais ça
»



Continue d’écrire sur le beau Queen KA, car tu vises en plein cœur. Parce que tes mots font du bien. Nous mettent en lumière. Nous font réfléchir. Le monde a besoin de tels textes si puissants et si simples à la fois. Si actuels. C’est grâce à de tels artistes qu’on se sent vivre, re-vivre, solidaire et humain. Aimant. Montréal pullule de créateurs de talent. La ville offre une richesse culturelle de taille. Diversifiée. De nombreuses salles aux programmations alléchantes en témoignent. Il faut continuer à encourager les artistes d’ici et d’ailleurs. ALimenter la culture.

Je vous invite fortement à vous rendre ce soir au Quat'Sous. Ne manquez pas ce rendez-vous avec la vie. Avec l’art qui transporte et qui unifie. Avec cette rencontre de la beauté universelle. Montréal en Lumière vous offre aussi un éventail diversifié d’activités culturelles, gastronomiques et typiquement montréalaises. Profitez-en ce week-end!

Queen KA / Première montréalaise
Théâtre de Quat'Sous
Vendredi 27 février 2015
20h

*Mentions à Alexandre Péloquin à la conception d’éclairage, Marzia Pellissier à la scénographie, Guillaume Briand à la sonorisation.