+ Toutes les playlists

L'inquiétante étrangeté de la beauté du monde au théâtre aux Écuries vaut le déplacement

Crédit photo : Eugène Holtz
L'inquiétante étrangeté de la beauté du monde au théâtre aux Écuries vaut le déplacement
«La beauté du monde», c’est d’abord et avant tout un texte d’Olivier Sylvestre qui a remporté le prix Gratien Gélinas en 2012. Un texte parfois mal habile et lourd, mais toujours ingénieux. On nous y présente l’inquiétante étrangeté ressentie par Olivier alors qu’il se promène dans un parc. Le parc où quelques années auparavant il avait rencontré sa blonde. Ce lieu jusqu’alors synonyme de bonheur et vecteur d’une douce nostalgie devient soudainement laid. Si laid, qu’il laisse tomber la main de sa blonde, et abandonne la vie qu’il menait pour vivre un voyage intérieur dans le demi-sous-sol d’un bloc appartement miteux.


(crédit : Eugène Holtz)
 
Vu l’éloquence de la poésie de Sylvestre, on aurait pu s’attendre à une mise en scène en toute simplicité afin de laisser aux mots de l’auteur tout l’espace nécessaire sur scène. Mais malheureusement, non. D’un jazz square de « zombie », à une chorégraphie disco, on assiste à une surenchère de steppettes inutiles. La mise en corps a été priorisée sur la mise en bouche. Ce qui est dommage, le texte de « La beauté du monde » est aride, ce qui a paru par moment.

Tout n’est pas à condamner dans la mise en scène : la chorégraphie des interprètes Laurence Dauphinais et Benoît Landry, et celle de Xavier Malo et Benoît Landry sont très intéressantes. D’ailleurs, Xavier Malo dont le charisme défonce le quatrième mur rend une prestation exceptionnelle du début à la fin.
 
(crédit : Engène Holtz)

Chapeau à Patrice Charbonneau-Brunel pour les décors. Quoi de mieux pour représenter un 2 et demi aux murs de carton mal insonorisés que d’utiliser des boites de carton ? Le décor était dynamique, efficace et bien intégré à la mise en scène ainsi que dans les images créées.

Malgré tous ces points qui m’ont fait tiquer, j’ai aimé la représentation. Parce qu’au fond, c'est ça le théâtre, une prise de risque. Et, dans « La beauté du monde », la prise de risque était là. Certes, parfois elle était maladroite. Mais elle était toujours intéressante. Je donne beaucoup plus de crédit à une présentation qui ose, plutôt qu'une représentation sécuritaire. Bref, « La beauté du monde » une fable onirique qui a ses faiblesses, mais qui vaut le déplacement.

La beauté du monde
Théâtre aux Écuries
Jusqu'au 28 février 2015