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Le mot de la rédactrice: déprime.

Ok, cette semaine, je sors un peu du cadre de l'actualité au sens propre de l'information pour vous jaser de façon plus personnelle de ce que j'entends tous les jours de la bouche de mes collègues, de mes amis, de la serveuse au café, du marchand de fruits et de celle de mon père: le mois de février sucks

Le froid, la grippe, la noirceur. C'est comme si tout s'alignait pour nous rendre la vie difficile. Et quand c'est dur, on a tendance à déprimer.

Ce n'est sûrement pas pour rien que la semaine de prévention du suicide a lieu du 1er au 7 février. C'est un mois sombre et coriace, pris entre l'excitant début de l'hiver et la notion interminable de cette saison glaciale. Encore trop tôt pour rêver du printemps, et vraiment trop tôt aussi pour se dire qu'on en a «presque fini» avec cette sale température. Comment faisaient nos arrière-arrière-grands-parents pour passer au travers de la morosité de la période hivernale sans le confort, la médecine et le divertissement que nous avons aujourd’hui? En tout cas, ils étaient costaux moralement et physiquement.

En février au Québec, c'est comme si le ciel nous tombait sur la tête: c'est le «vrai» retour au travail et à la routine, c'est la fatigue qui rentre au poste, c'est l'argent qui manque (les vacances ont souvent été excessives: «Ah! On verra après les Fêtes!»), le Nouvel An passé et la belle motivation des résolutions qui s'estompe au fil des jours, le trafic matin et soir, la neige, le manque de lumière, les bottes, les foulards, le nez qui coule et les doigts qui gèlent.

C’est l'actualité quotidienne qui nous rentre dedans comme une tonne de briques et nous happe le moral. L'assassinat sordide du pilote de chasse jordanien, Maaz al-Kassasbeh, brûlé vif dans une cage par des djihadistes de l'État Islamique (le pays gronde d’ailleurs et scande «Nous sommes tous Maaz», «Nous sommes tous la Jordanie»), m’a horripilée, achevée, scandalisée et  arraché les larmes. Comment peut-on être aussi fous et sanguinaires? Il n’y a pas de dialogue possible avec de tels tortionnaires. La lecture des journaux est démoralisante à souhait. Je ne vous parle même pas de l'écrasement spectaculaire de l'avion à Taïwan qui a tué au moins 22 personnes ou du décès tragique de ces deux enfants et de leur mère dans un incendie d’une résidence de Drumondville. Des nouvelles qui me font me questionner chaque jour sur la fragilité de la vie, ses épreuves et sa raison d’être.

En février, tous les voyants rouges de notre habitacle personnel sont en alerte et clignotent! C'est le poids de cette succession de malheurs dans le monde qui nous fouettent l’âme et cette juxtaposition de petits maux et de misères quotidiennes qui font de ce mois pourtant court, les 28 plus longs jours de l'hiver.

Mais le clou dans le cercueil de l’actualité déprimante cette semaine, est certainement l’histoire publiée ce matin dans La Presse, de cet homme abandonné à son sort, gisant inerte et ensanglanté dans le métro, dans l’indifférence la plus totale des usagers et employés de la station, pendant plus de 16 minutes. L’homme a trouvé la mort quelques heures plus tard. Le coroner termine son rapport sur cette note accablante: «L'indifférence des passagers [...] en dit long sur l'apathie citoyenne dans notre société». Nous n’avons pas de quoi être fiers. Comment est-ce possible que personne ne lui soit venu en aide? Près de 40 personnes sont passées par là. Ça semble irréel que ces passagers n’aient rien fait. Comme une scène de film. J’ai plus foi en l’être humain que ça.

Pis après tout ça, y'en a qui décident de relever le défi 28 jours, organisé par La Fondation Jean Lapointe, et de ne pas boire une goutte d'alcool pendant tout ce temps. Non mais sérieux, ce n'est pas assez de même?! Je blague! (À moitié.) Je vous lève mon chapeau, car vous avez toute mon admiration! Très honnêtement, je ne sais pas si je pourrais le faire. Le verre de vin du vendredi soir est pas mal trop bon! Mais c'est vrai qu'on gagne confiance en soi en relevant un tel défi.

Heureusement, c'est en février qu'on se rend compte que les journées allongent tout doucement et que le ciel est encore clair lorsque vient le temps de quitter le bureau.

En terminant, on a beau être désenchanté, le réveil sonne chaque matin et il faut se lever pour aller au boulot. Ironiquement, je pense que c’est justement en se tenant occupé qu’on tient le coup! Et personnellement, je n’ai pas le luxe de pouvoir être déprimée du lundi au vendredi… et mon compte de banque non plus!

Fait que, lâchez-pas la patate! C'est vendredi ; ça va déjà mieux non?!