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La pièce «SexeMania»: deux êtres écorchés par la vie se rencontrent dans un bar de danseuses

Crédit photo : Francis Tousignant
La pièce «SexeMania»: deux êtres écorchés par la vie se rencontrent dans un bar de danseuses
Pour son premier texte théâtral, l’auteur et metteur en scène Guillaume Lapierre-Desnoyers a imaginé l’histoire d’une rencontre à deux dans un bar de danseuses. Un lieu teinté d’une atmosphère glauque où le duo de comédiens (Marie-Eve Perron et Martin Boily) se confronte à l’intimité et à l’Autre. Couronné en 2011 du prix Frankie pour le meilleur texte et la meilleure production francophone au Festival Fringe, SexeMania est présenté jusqu’au 26 octobre à l’Espace 4001. Lapierre-Desnoyers nous raconte l’aventure de dix ans ayant préparé le terrain pour cette création.
 
Nightlife.ca: SexeMania est présenté à nouveau cet automne après son succès au Fringe. Comment la pièce a-t-elle évolué depuis cette première mouture?
Guillaume Lapierre-Desnoyers: Suite aux bonnes réactions [pendant le Fringe], l’idée était de remonter le spectacle à court terme. J’ai voulu repartir sur une nouvelle base, avec un nouveau casting. Je désirais trouver de nouveaux comédiens pour ce qu’ils pouvaient amener aux rôles. Travailler avec Marie-Ève Perron et Martin Boily, qui sont plus proches du casting, m’a permis d’aller ailleurs et plus loin dans l’exploration de cette pièce.
 
Le bar SexeMania ayant véritablement existé près du métro Frontenac a t-il inspiré l’écriture de la pièce?
J’habitais pas loin, et on ne pouvait faire autrement que de remarquer ce bar avec son affiche. À cette époque, je voyais les filles y entrer à 15h en joggings, ainsi que les hommes et toute la faune de ce quartier laissé pour compte et abîmé, tant au niveau du mobilier urbain que des gens. Je me suis laissé imbiber par cet univers. J’ai voulu imaginer une rencontre entre deux personnes endommagées par la vie. Je voulais voir à quel point c’était possible pour eux de vivre une rencontre. [La pièce] fait aussi référence à l’idée de ce que l’on peut confondre avec de l’intimité. Ouvrir ses jambes, ce n’est pas forcément un vrai contact qui fait chaud au cœur.
Francis Tousignant 
Pourquoi un bar de danseuses?
C’est un endroit où les fragilités et les côtés détraqués des gens qui s’y retrouvent sont amplifiés. C’est facile d’éviter l’intimité sans s’en rendre compte à court terme, mais à un moment donné, il finit par y avoir un vide qui se crée à l’intérieur. Avoir une vraie rencontre, établir un vrai lien d’intimité avec quelqu’un, c’est quelque chose de très profond et ce n’est pas si facile. Il y a quelque chose de hautement triste dans ces lieux, autant pour les hommes que pour les femmes. Je ne veux pas généraliser, c’est ce que j’ai ressenti. Quand je me promène, je vois beaucoup de personnes seules, qui n’ont pas la vie qu’ils auraient voulue. Peut-être la seule façon de trouver du réconfort dans ce temps-là, c’est de réussir à établir des liens avec des gens autour de nous.
 
Comment s’est passé le processus d’écriture?
De la première ligne à aujourd’hui, il s’est passé 10 ans. C’est une pièce qui est avec moi depuis 10 ans, en ayant suivi les différentes étapes de travail. Très rapidement, j’ai hésité à prendre une tangente plus documentaire en rencontrant les gens, mais j’ai fini par choisir de faire un travail d’imagination. Je me suis renseigné comment ça se passe dans ce métier, mais je ne suis jamais rentré dans ce bar-là. Ça m’a tenté souvent d’y aller, mais j’ai résisté. Je voulais me préserver une fenêtre de liberté dans l’écriture. Le bar de ma pièce n’est pas nécessairement le Sexemania d’ailleurs.
 
Et votre travail avec les acteurs?
C’est toute aventure. J’ai une idée de là où je veux aller, mais il faut toujours rester ouvert aux propositions. Ce n’est pas si facile comme univers, c’est dense et pesant à porter. Il y a des scènes très émotives, crues, et explicites. Dans une pièce à deux comédiens qui sont constamment sur scène, il y a quelque chose que l’on ne peut pas forcer. Il faut une réelle connivence entre les comédiens pour pouvoir faire une pièce comme celle-ci. Marie-Eve et Martin se sont très bien entendus, mais ça prend du temps pour se permettre un rapprochement comme comédiens et pour être bien ensemble.
 
SexeMania
Du 7 au 26 octobre à l’Espace 4001 | 4001, rue Berri