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Critique de la pièce «Le pain et le vin»: étonnant plat théâtral par moments indigeste, puis savoureux

Crédit photo : Gilbert Duclos
Critique de la pièce «Le pain et le vin»: étonnant plat théâtral par moments indigeste, puis savoureux
Le Nouveau Théâtre Expérimental (NTE) vient de clore le troisième et dernier volet de son triptyque L'histoire révélée du Canada français, 1608-1998. Avec Le pain et le vin, Alexis Martin et sa brigade d'acteurs – Gary Boudreault, Benoît Drouin-Germain, Steve Laplante, Pierre-Antoine Lasnier, Dominique Pétin, Danielle Proulx et Marie-Ève Trudel – s'abandonnent à une suite de délires, sous l'impulsion singulière des mœurs alimentaires au Québec, de son évolution ardue à travers le temps.
 
Le découpage de la trame théâtrale vacille entre épisodes factuels et fictifs. Pas facile de cibler, en 90 minutes de représentation et à travers près de quatre siècles, les moments charnières de notre appétit collectif! L'ouverture plaît, réjouit avec l'excellent Alexis Martin incarnant un conférencier spécialiste de la question alimentaire au Québec. Il lance le bal avec un discours haut en couleurs, flirtant avec la prose, la philosophie et l'histoire. L'assemblée, constituée de personnages récurrents de la pièce dont Jehane Benoît, «Ricardo de la cuisine traditionnelle de chez nous», interprétée admirablement par Danielle Proulx, traversera la pièce à plusieurs reprises, selon une chronologie aléatoire, sans fil conducteur. On passe ainsi de la quête de la fameuse aneda par Champlain, plante bénie de Jacques Cartier pour ses vertus anti-scorbut, pour ensuite revisiter la période de christianisation des Jésuites chez les Premières Nations et celle de la «Victory Soup» sous le régime anglais. Moment rigolo, lorsque le Père Brébeuf bout dans une marmite, régal pour les Amérindiens. Même son pénis ne manquera pas de combler la faim d'une femme! Puis, tranche mi-figue, mi-raisin: celle de la concoction des herbes salées du Bas-du-Fleuve dont un enfant doit se contenter sous la forme d'une pauvre tartine, faute d'autres aliments comestibles, dont le goût exécrable le hantera encore une fois adulte.
Gilbert Duclos
Étonnant plat que cette pièce mise en scène de Daniel Brière. Indigeste par moments, avec ses effluves de sang lors de la coupe d'un porc, le discours commun et grossier d'un alcoolique de taverne se plaignant de la disparition de ces établissements, de la place grandissante des immigrants. Puis savoureuse, avec ce moment touchant, entre une jeune fille aux allégeances felquistes, osant affronter la figure fédéraliste du père à table, où trône le rôti de porc familial. Et attachante, avec la présence du chien Shaddy, fidèle bipède traversant la pièce pour nous attendrir. Le pain et le vin se clôt en 1998, lors de la crise du verglas, rappelant à nouveau la difficulté de trouver à bouffer pour les Québécois...même dans la modernité! Un exercice somme toute divertissant, rassembleur, communautaire qui plaira aux enfants par son essence ludique, et aux adultes pour la beauté du texte d'Alexis Martin, empreint de réflexions sur les goûts de notre société, son identité gustative passé-présent-future...
 
Le pain et le vin
Du 23 septembre au 11 octobre 2014
Espace Libre | 1945, rue Fullum