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Le collectif de calligraphes Garbage Beauty appose sa griffe stylisée sur les déchets de la ville

Crédit photo : "Open the Doors" de Garbage Beauty (Austin, TX)
Le collectif de calligraphes Garbage Beauty appose sa griffe stylisée sur les déchets de la ville
En vous promenant dans les rues de la cité, il vous est peut-être arrivé de tomber sur un vieux meuble mis au chemin, tout juste bon pour le dépotoir. Ce qui, pour vous, n’est qu’une ordure constitue le canevas parfait pour les camarades de Garbage Beauty. Le collectif de calligraphes appose sa griffe stylisée sur les déchets de la ville depuis maintenant trois ans. Nous avons rencontré trois des quatre comparses: Romain, Vincent et Étienne (Olivier ne pouvant être présent) afin d’en savoir un peu plus sur leurs récents périples, leurs projets pour l’été et leur dépendance aux vidanges.
Don't be a bench player de Garbage Beauty (Détroit, MI)
Bien qu’ils soient basés à Montréal, les membres du collectif aiment bien voir du pays, tout en exportant leur art. Dans la dernière année, ils se sont arrêtés à New York afin de profiter des nombreuses ordures de la Grosse Pomme. Alors qu’ils écrivaient dans Harlem, ils se sont frottés à deux représentants des forces de l’ordre. Au départ, les hommes en bleu pensaient avoir affaire à des graffiteurs traditionnels et regardaient d’un œil plutôt hostile la démarche d’Étienne et de Romain. Ceux-ci, défendant la légalité de leur travail, ont finalement réussi à se concilier les deux policiers: «Le cop a commencé à regarder sur son phone, et dès qu’il a vu notre site web, sa face a changé. Plus il regardait les photos et plus son attitude changeait. Moi, je restais quand même un peu tendu. Jusqu’à ce qu’il prenne son téléphone et nous demande: “Can I take a picture?” Pour terminer, ils nous ont serré la main et tout était correct.»
 
Après l’arrêt à New York, Vincent est parti en mission solitaire à travers les États-Unis. Il s’est promené au Texas, à la Nouvelle-Orléans, et a fait un détour par le Mexique. Il s’est aussi arrêté dans la Mecque des ordures: Détroit. L’ancien moteur de l’Amérique a été gravement touché par la crise de 2008, et les grands pans de ville abandonnés constituent un terreau fertile pour la démarche de Garbage Beauty. Vincent m’explique, avec une pointe d’humour, que les mises en garde contre la supposée violence présente dans les rues sont un peu exagérées: «Détroit, les gens disent que c’est dangereux, mais qui va t’agresser là-bas? Il n’y a plus personne!»
Ça crève l'écran de Garbage Beauty (Détroit, MI) 
Montréal, un immense terrain de jeu
Cet été, c’est surtout sur Montréal que les membres du groupe vont se concentrer. Pour marquer leur troisième année d’existence, ils veulent agrandir leur espace de jeu: «Nous en sommes à notre troisième année cet été. Et il y a une mentalité qui pose que ça prend trois ans pour vraiment pénétrer l’esprit des gens, donc je pense que cette année, c’est notre été au niveau de la rue et des poubelles. Nous nous sommes souvent axés sur des quartiers qu’on aime — Plateau, Petite-Italie, Hochelaga, St-Henri — donc notre mission pour cet été c’est de faire en sorte que tous les quartiers voient le truc.» Il est facile de constater, lorsqu’on discute avec eux, qu’ils sont extrêmement motivés et que les années qui passent ne diminuent en rien leur amour de la lettre. «Un moment donné, ça devient plus gros que toi. Il y a un proverbe qui dit: “J’en ai trop fait pour arrêter, mais j’en ai pas fait assez pour en rester là.” T’arrives à un point où t’as la reconnaissance des pairs, ça c’est déjà bien. Puis, t’as la reconnaissance de la population, et ça agit un peu comme une drogue. Tu vas te promener dehors, tu te fais une belle photo, tu regardes ton image et t’es content de ton travail. Il y a une forme d’addiction à ça.»
 
Pour conclure, j’ai profité de leur expertise d’explorateurs afin de leur demander quels chemins les Montréalais devraient emprunter pour sortir de l’ordinaire: «Les ruelles, il faut toujours prendre les ruelles! Il y a des ruelles qui sont tellement vertes, avec des chats. Tu les prends et tu vois les backyards des maisons. Je pense que ce sont des trésors cachés. Des fois, ça n’a pas l’air accueillant, mais il faut y aller quand même.» Et voilà, selon Garbage Beauty, c’est en sortant des sentiers battus qu’on tombe sur des trésors.
 
Garbage Beauty présente l’installation «Main dans la main sur La Main»
Dans de cadre du Festival Mural | Du 12 au 15 juin