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Critique FTA: «Les particules élémentaires» est un jouissif coït houellebecquien

Crédit photo : Simon Gosselin
Critique FTA: «Les particules élémentaires» est un jouissif coït houellebecquien
Adapter un monolithe littéraire tel que le roman de Michel Houellebecq Les Particules élémentaires à l’univers scénique relève du coup de gueule. Il faut porter bien haut, sans retenue, ce désir viril assumé, la sexualité propice à la bandaison. Le jeune metteur en scène français Julien Gosselin a relevé le défi, entouré de 10 acteurs (5 hommes, 5 femmes) avec une adaptation à la hauteur du subversif Houellebecq.


Séduire pour recouvrir la misère
La pièce de Gosselin fut présentée à l’été 2013, lors de la 68e édition du Festival d’Avignon. Un vif succès, un accueil non mitigé avec ses acteurs aux corps splendides respirant la jeunesse. La beauté et l’audace des acteurs, relatant leurs expériences sexuelles, leurs rapports avec l’autre, charme et excite, tient en haleine. En voyageant dans le temps à leurs côtés, des années 50 jusqu’à la fin du 20e siècle, on perçoit une constante: la difficulté d’aimer, de trouver l’âme sœur. Mais qu’à cela ne tienne, ces 10 mercenaires sexys nous font rire, nous titillent constamment avec leurs propos grivois. La jouissance absolue, métaphysique de Houellebecq traverse leurs corps jusqu’à nous.
Simon Gosselin
Modernité du mal-être humain
Pour voyager à travers les particules érotiques et philosophiques de Houellebecq, Julien Gosselin a imaginé un monde des plus actuels. Grâce à un écran monumental habillant le mur arrière et des effets multimédias, les scènes se succèdent avec rythme, tranchées au couteau. Un effet subliminal nous tient en haleine, avec ces effets vidéo au pouvoir hypnotisant. On traverse ainsi, dans un vaisseau moderne, un demi siècle dans la vie des deux protagonistes, les frères Bruno et Michel, respectivement professeur de littérature obnubilé par le sexe et savant humaniste obsédé par la reproduction par clonage.

En 2013, Julien Gosselin clamait son envie «d’un théâtre qui soit une métaphore directe d’aujourd’hui». Avec cet exercice scénique des Particules élémentaires, il a tout à fait satisfait ce désir. De l’aspect glamour de sa brigade d’acteurs aux effets ensorcelants de lumière, musique et vidéos, le porte-étendard des productions Si vous pouviez lécher mon cœur s’inscrit dans notre époque à pieds joints. Sa vision de la misère assombrissant le cœur et le corps des êtres humains contemporains rejoint celle de son maître à penser, Houellebecq.

Les particules élémentaires au FTA
Place des Arts (Théâtre Maisonneuve)
Samedi 31 mai à 15h