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Chronique de fin de soirée: 5 minutes avec Chromeo.

J’avais oublié Chromeo. Pas nécessairement oublié dans le sens de ne plus savoir que le groupe existe, mais plutôt au niveau de sa pertinence musicale. Et pas vraiment dans le sens que Chromeo ne joue plus de la musique pertinente, mais plutôt à savoir s’il y a toujours un intérêt pour le son électro-pop-remix circa 2007.
 
Lorsqu’on m’a demandé si je souhaitais faire une entrevue avec le groupe quelques instants avant qu’il monte sur les planches du Théâtre Corona jeudi dernier, j’ai dit oui.
 
Chuck Klosterman a déjà écrit : « Lorsque je lis une critique, je n’apprends jamais rien à propos de l’album, du film ou du livre. J’en apprends surtout sur l’auteur. »
 
C’est pour cette raison que j’ai dit oui à cette entrevue.
Pour savoir ce qui a changé, avec eux, avec moi-même.
 
Chromeo : une (belle) femme qui prend de l’âge.
 
Je venais à peine de m’asseoir aux côtés de Dave 1 et P-Thugg que j’avais déjà compris l’essentiel de ce que je venais chercher comme réponses. Or, j’ai quand même pris le temps de ressasser le passé.
 
La dernière fois où j’ai eu la chance de voir Chromeo, c’était à Osheaga en 2008. À l’époque, il y avait encore ce feeling plus ou moins authentique qui planait sur l’Île Ste-Hélène, et Chromeo agrémentait à merveille le portrait nocturne de ses rythmes à la mode.
 
Six ans plus tard, tout comme Osheaga et un peu tout ce qui a trait à la scène électro-pop, ce qui était cool n’est plus. Mais Chromeo, persiste et signe. Pourquoi?
 
« Plus les années passent, plus ça prend du travail. C’est comme une fille, si elle veut être belle à 35 ans, elle va passer plus de temps dans la toilette le matin que lorsqu’elle avait 22 ans. »
 
Superficiel, Dave 1?
Absolument pas.
 
« On joue un peu le jeu de l’industrie, ça nous affecte c’est certain. Mais au final, on vient des bars et les blogues resteront toujours notre radio. Le reste, des fois ça marche, des fois ça marche pas. So what? »
 
Il y a quelque chose de rassurant à entendre un groupe se livrer de cette manière. Parce qu’après tout, Chromeo ne se rattache pas à l’industrie de la hype, Chromeo se préoccupe de faire de la musique. Et si possible, ce qui sera jugé comme étant de la bonne musique.
 
Quelques instants après l’entrevue, le Corona n’était pas en sueur comme le Coda ou l’Academy ont déjà pu l’être à une autre époque. Les fluos kids aux shutter shades ont fait place à des petites armées de chargées de projet de chez Rogers et des anglos de Westmount/Mix96 apeurées de marcher dans des flaques de bière sur le dance floor.
 
Oui, c’est vrai que la fille de 35 ans a besoin de passer plus de temps devant le miroir avant de sortir en boîte. Mais malgré tout son maquillage, on le remarque toujours. Et il n’y a rien de pire car en apparence, l’enveloppe Chromeo n’a plus 20 ans.
 
Par contre, si la fille s’assume, même si elle n’a plus 20 ans, elle garde son authenticité.
Et c’est beau à voir.
 
Les années passent, le tout Chromeo a changé.
Mais au fond, Chromeo ne change pas.
 
Jeudi dernier, à défaut d’être belles et malgré tous les artifices, Dave 1 et P-Thugg étaient beaux à voir. Parce qu'ils étaient avant tout, fidèles à eux-mêmes.