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Victime de la porn: sois don’ pas colon

Crédit photo : Émilie Deshaies
Victime de la porn: sois don’ pas colon
J’ai une chummey Facebook qui court.

Bon, je sais, on a tous au moins 27 joggeux beaucoup trop fiers dans nos fils Facebook. Mais cette chummey-là dans Hochelaga prend la peine d’écrire chaque fois qu’elle se fait crier des commentaires caves lors de ses courses. Des classiques qui ne se démodent jamais tels que :

« HEY! BEAU PETIT CUL DE COURSE, BÉBÉ! »
« OH MAMA! J’AIME ÇA DES FILLES AVEC DU STAMINA! »
« ENVOYE! VIENS COURIR DANS MES SHOOOoooOOOoooOORTS! »

Et j’ai beau être un petit gars sensible avec tout plein d’empathie, ça m’a quand même pris plusieurs statuts pour réaliser à quel point ça devait être intense. Évidemment, ça ne prend pas une maitrise en psychologie pour comprendre que ça peut être chiant de se faire crier des niaiseries, mais c’est quand j’ai constaté la fréquence à laquelle ça arrivait que j’en suis venu à nuancer mon opinion sur la question.

À la base, en tant que gars timide qui n’ose jamais approcher une fille (même dans un bar de Laval), j’ai toujours eu envie de défendre ces gens qui ont encore le cran d’approcher des inconnus plaisants. Après tout, ça peut être le début d’une belle histoire sexy qui se finit avec une infinie d’orgasmie.

Mais ça peut se compliquer étant donné qu'on ne sait jamais sur qui on va tomber. Il y a des filles qui apprécient, certaines sont matchées et préfèrent éviter. Il y en a qui s’enragent dès qu’on les regarde alors que d’autres trouvent plutôt pénible d’être complètement invisibles.

En plus, aborder les inconnus, ce n’est pas un art que tout le monde maitrise. T’as les timides, t’as les doués, mais t’as aussi tous ces gens un peu lourds qui vont toujours trouver une façon déplaisante de s’imposer.

(Combien de fois j’ai entendu « T’écris sur le web donc tu dois vouloir mon avis! » Une espèce de micro-rançon de la gloire improvisée. Je m’égare.)

Quand une fille est sexy, certains voient ça comme une invitation. Si la fille porte un décolleté ou une jupe courte ou du simple gloss, c’est forcément parce qu’elle a envie de tous les gars du monde en même temps. (Et surtout de toi!) D’ailleurs, ça me rappelle cette fille géniale. (NSFW, nudité de chest.)

J’adore trop cette image et son propos, même si c’est décourageant qu’on doive encore expliquer ce genre de truc en 2014. En même temps, regarder les gens ou leur jaser, ce n’est pas un crime. Même si ça peut très bien être parfaitement gossant.

D’ailleurs, ça me rappelle une période (très sombre) de ma vie où il m’arrivait de porter un t-shirt avec un gag poche d’écrit dessus. (Période sombre, je disais.) Du coup, dans le métro ou dans la rue, des inconnus me fixaient constamment le chest pour lire le gag poche. C’était toujours la même séquence malaisante :
  1. Petits yeux crispés de lecture à distance
  2. Deux secondes de confusion je-comprends-pas-la-joke
  3. Visage qui s’illumine lorsqu’ils comprennent enfin
  4. Regard complice pour me signifier qu’ils ont bien compris et apprécié le maudit gag poche.
CRIME que cette complicité non désirée me tapait sur les nerfs! Au point où j’ai fini par ne plus porter ce t-shirt maudit. (Bonne chose pour tout le monde, avec le recul.) C’est tough de reprocher aux gens de s’intéresser à ce qu’ils trouvent intéressant.

Le problème, c’est que le corps de pas mal de filles est considéré intéressant par pas mal de gens. Est-ce qu’on va dire aux filles de s’habiller avec des cotons ouatés à col roulé pour cacher tout ça? C’est la solution pour plusieurs personnes (et plusieurs religions).

Je préfère grandement ma solution: soyons juste un peu moins colons.

Sérieusement, je pense que bien souvent, on est juste pas conscient d’être colon. Juste un petit déficit d'empathie temporaire. Je suis sûr que le dude avec sa gang de gars qui gueule un commentaire sur une joggeuse, il veut juste faire rire ses chummeys. Après tout, qui ne s’est jamais moqué d’un passant?

On ne réfléchit pas trop à la personne qui reçoit ça. On réalise qu’on est un peu baveux ou un peu colon, mais on ne réalise souvent pas le nombre de fois que la personne a enduré ça.

Même la fille qui s’est fait dire 20 fois dans la veillée combien elle est belle, elle peut se ramasser à être un peu blasée. La Frenchie qui a immigré au Québec en 2006 et qui se fait encore demander 15 fois par jour « Oh, votre accent! Vous êtes Française? », ça se peut qu’elle en soit écœurée.  Et la joggeuse qui se fait crier des pick-up lines cheap à chaque 5 kilomètres, elle va finir par se tanner. (Et possiblement avoir la chienne.)

Mais bon, il y a plein de colons qui s’ignorent avec zéro mauvaise intention.

C'est comme mon père qui veut toujours être complice avec la serveuse au resto et qui essaie toujours deux-trois jokes mononc’ pour « connecter ». Si quelqu’un pouvait lui chuchoter en douce que la fille les a déjà entendues 200 fois ses histoires plates, il éviterait sûrement d’avoir l’air colon et tenterait une autre approche.

Malheureusement, sûrement que sa nouvelle approche serait toute aussi poche que les précédentes, mais bon, laissons donc aux mononc’ l’exclusivité des comportements mononc’. Comme un genre de droit acquis.

Mais si t’es pas vieux et mononc’, sois don’ pas colon. Ça nous fait tous mal paraître, ça casse le mood pour les gens qui ont le cœur à la bonne place, et ça rend juste les printemps un peu plus déplaisants.