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Chronique de fin de soirée: tristesse électorale

Vous lisez fort probablement cette chronique aux alentours de 20h lundi soir. Les bureaux de vote viennent tout juste de fermer et les résultats commencent à déferler sur nos écrans.
 
J’ignore encore exactement où je me trouve(rai) à cet instant précis, mais sachez que je suis fort probablement triste.
 
Je suis très/trop souvent triste un soir d’élection. En fait, je ne me souviens pas de la dernière soirée électorale où j’ai eu l’envie de célébrer. Peut-être un soir de victoire du Bloc Québécois en direct du Club Soda au début des années 2000. C’était l’époque du scandale des commandites si ma mémoire est bonne. On m’avait raconté qu’on avait pu m’apercevoir à la télévision lors du discours de Gilles Duceppe. Je paraissais fier à ce qu’il parait.
 
Depuis, je le suis de moins en moins.
 
Il y a un peu plus de 10 ans jour pour jour, la population portait Jean Charest et Gérald Tremblay à la tête du Québec et du cœur économique de la province. Ils promettaient tous les deux une réingénierie de l’État ainsi que de tenir une série de référendums pour briser les fusions municipales. Ces grands centres urbains avaient pourtant comme objectif de maximiser l’efficacité administrative tout en formant des pôles économiques plus compétitifs, comme la GTA (Greater Toronto Area).
 
J’étais fâché ce soir-là, parce que Bernard Landry s’était montré à hauteur d’homme avec sa vision durant la campagne et j’avais l’impression que la population avait sombré dans la rhétorique du changement (et pourquoi pas de la peur du référendum) proposée par le PLQ, et reprise par un peu tout le monde.
 
En 2008, j’ai réveillé ma mère qui dormait pour lui souligner mon désarroi face à la victoire de Justin Trudeau dans Papineau. « Justin Trudeau maman, le fils de l’autre qui a envoyé des militaires dans les rues du Québec! Le rejeton de celui qui a exproprié les résidents de Mirabel pour construire son aéroport fantôme! Justin Trudeau, qui parle de partition de la ville de Montréal et qui dérange même dans son propre parti par son insignifiance, maman! »
 
Elle m’a raccroché au nez, j’étais ivre.
 
J’ai chigné seul dans mon salon, à enguirlander mon téléviseur les soirs d’engouement pour la nouveauté électorale, lorsque les Québécois ont cru trouvé quelque chose de vrai dans le populisme de l’ADQ afin de châtier André Boisclair qui souhaitait faire de l’éducation une priorité. Le soir même lors du discours de Mario Dumont, je sentais déjà qu’on venait de faire une gaffe monumentale. Sans réelle opposition, Jean Charest a obtenu les coudées franches pour ultimement en arriver au merdier étudiant des années plus tard.
 
J’ai également ragé le soir où le Québec a décidé de se lancer dans l’aventure NPD où des jeunes adultes fraîchement diplômés remplacèrent des politiciens expérimentés. On a montré la porte à Gilles Duceppe, celui que j’aimais tant écouter parler et qui avait même porté le message de la société distincte sur les ondes de la CBC à l’émission de Strombo. Encore une fois, une faible opposition a offert des coudées franches au gouvernement en place, celui de Stephen Harper. Une autre triste soirée dont on en ressent encore aujourd’hui les conséquences.
 
Je ne me suis pas réjoui non plus lors de la victoire du PQ en 2012. Comment se réjouir lorsqu’on tente d’assassiner la première Québécoise à devenir Premier Ministre du Québec? Au même moment où tout ceci se déroulait, j’ai fait le saut à CTV pour voir quel type de couverture on faisait de cet événement : on présentait un reportage sur la baisse du nombre des ventes de maisons depuis que le PQ était en avance dans les sondages.
 
Non, il n’y avait pas de quoi célébrer.
 
Et puis ce soir, de quoi peut-on être fier? Du retour des Libéraux au pouvoir tant à l’Assemblée nationale qu’à l’Hôtel de ville et de leur génie économique corrompu qui a étouffé les finances du Québec pour des générations? Ou peut-être du PQ qu’on a accusé de xénophobie sur tous les réseaux sociaux possibles parce que le parti souhaitait débattre d’identité? Peut-être de la CAQ, ce parti dont la démagogie a de quoi faire rougir le foreman d’une shop de balayeuse dans les années 50? Certes, il y a Québec Solidaire qui fait de la politique Passe-Partout en souhaitant le mieux du meilleur ou Option Nationale si on accepte de digérer le départ de Jean-Martin Aussant qui nous a fait croire en quelque chose, tout en omettant de nous dire que ça ne s’appliquait pas à lui.
 
Tout ceci et tout cela se déroulant dans un magnifique spectacle médiatique où les journalistes ne savent plus comment retourner un sujet/faux-scandale/pétard mouillé afin de nourrir les différentes plateformes imposées par les consortiums d’information : de la nouvelle politique, on va en vendre en tabarnak!
 
Il ne reste que la grandeur du processus démocratique. Ce magnifique processus pour lequel des populations se battent encore en rêvant d’y avoir un jour accès. Je ne me risquerai pas à estimer le taux de participation au scrutin de ce soir, mais on peut d’emblée s’entendre sur le fait qu’il est encore une fois trop bas.
 
Enfin, il reste le cynisme.
 
Mais que reste-t-il lorsque le cynisme devient la norme sociale?
Je vous laisse y aller de votre propre réponse, mais pour ma part, je choisis la tristesse.
 
J’espère que vous avez gagné vos élections.
Parce que pour ma part, je crois que le Québec a perdu sur toute la ligne.