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Critique de «Nymph()maniac»: 5 heures de cinéma qui en valent la peine

Crédit photo : Nymphomaniac
Critique de «Nymph()maniac»: 5 heures de cinéma qui en valent la peine
Tous les ingrédients sont présents pour susciter la curiosité. Lars von Trier signe un film sur la vie d'une femme accro au sexe, un personnage incarné par l'égérie d'une génération, Charlotte Gainsbourg. La prémisse est séduisante. Mais une crainte aussi subsiste... Lars von Trier, l'artiste maudit du cinéma, celui qui a prétendu être nazi lors du Festival de Cannes en 2012 pourra-t-il éviter le grossier? La facilité? Le machisme? Il faut admettre que le cinéaste danois tombe dans quelques écueils au cours de cette expérience cinématographique. Mais il évite aussi d'autres pièges avec doigté. Et malgré les hauts et les bas, il émane de Nymph()maniac une impression de densité, un geste imposant, une liberté artistique assumée. Tout ça accompagné d'une lourdeur qui se vit comme une tonne de briques au coeur. Mais n'est-ce pas là la signature du cinéaste, son style bien à lui? Sa filmographie est envahie de fatalités lourdes qui assomment les hommes et (surtout) les femmes, ces rapports humains profondément malsains, compulsifs et obsessifs comme le témoignent Les Idiots ou le très sombre mais ô combien puissant Breaking the Waves.

Alors, est-ce que ces 5 heures de cinéma en valent la peine? Oui, évidemment. Bien que cela ne soit pas toujours une réelle partie de plaisir. On excuse à Lars Von Trier cette longueur, ces quelques moments racoleurs, cette caméra parfois floue, cette ruelle et l'appartement de Seligman tout droit sortis d'un studio, cette Joe représentée enfant avec les yeux bleus et plus tard avec les yeux bruns, ce saut entre deux comédiennes (Stacy Martin et Charlotte Gainsbourg) qui sont somme toute très différentes. Tout ça nous rappelle que Lars von Trier a fait à sa tête. Et qu'il a préféré une liberté dans l'acte, ce qui ne peut qu'être envié.

La beauté de Nymphomaniac, elle se trouve dans ce scénario, cette histoire finement racontée, la vie érotique de Joe, de son enfance à sa vie adulte, celle d'une femme aux prises avec une obsession, ce sexe qui ruine et qui crée une solitude, un désert, voire même l'absence de sexe. Pour les âmes sensibles, sachez que le premier chapitre s'avère le plus léger des deux, assurément le plus amusant et donc le plus érotique, le plus coquin. Oui, on sourit même parfois. Mais ce qui marque, ce sont ces scènes de malaise. Comme ce moment troublant où une femme cocue jouée par Uma Thurman visite avec ses enfants l'appartement de la concubine, notre héroïne Joe. Une scène magistrale qui rend mal et qui fait mal. Du pur Lars von Trier.

Le deuxième chapitre où Gainsbourg brille est une épreuve dont on ne peut sortir sans marque au cœur. Le sexe devient une torture, une croix fatidique que Joe doit porter coûte que coûte sur son dos – ou sur son sexe endolori. Et des sexes, il y en a ici. Hommes, femmes, de toutes les couleurs et de toutes les longueurs, et sans que cela soit pornographique. La quantité d'images et leur réalisme les humanisent. Bien que les comédiens se révèlent dans leurs ébats sexuels, des doublures ont réalisé ces scènes de sexe explicite. Des prothèses ont aussi été utilisées pour simuler le sexe des comédiennes. Non, vous ne verrez pas le véritable sexe de Charlotte Gainsbourg. Il reste que la version que Lars von Trier préfère, et qui n'est pas celle présentée dans les salles de cinéma, est dite plus explicite. Il faudra se reprendre en DVD pour visionner celle-ci – une décision somme toute étrange.

Mais peu importe la quantité de scènes à caractère sexuel, le scénario – habité par une réelle volonté dramatique – crée des liens avec la grande histoire, puise dans la mythologie de cette femme nymphomane grâce aux discussions finement écrites entre Joe et Seligman, l'homme qui la trouve ensanglantée dans une ruelle. Oui, le film se vit comme une chanson de Rammstein qui teinte l'ouverture de Nymph()maniac. Oui, ça grince, oui, cela trouble, mais c'est là que Lars Von Trier est à son meilleur. La finale de Nymph()maniac nous rappelle les revers du réalisateur, son (dé)goût de l'homme, sa nature assurément perverse, son amoralité profonde. Bref, difficile de sortir indemne de ce Nymph()maniac. Ce qui, somme toute, est une bonne chose.


Nymph()maniac vol.1 et Nymph()maniac vol.2
À l'affiche dès le 21 mars | nymphomaniacthemovie.com