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Ma date presque parfaite avec Kanye West

«Je sais que ça fait longtemps que vous attendiez ce moment, Montréal. J’imagine que le fil #Yeezus d'Instagram a dû vous faire chier dans les derniers mois». Effectivement, ça faisait longtemps que l’on vous attendait, Mr.West.  

C’était la 4e fois que j’avais la chance de voir Kanye West en spectacle. La première dans le cadre de la tournée Late Registration, sur les Plaines d’Abraham, ensuite au Centre Bell pour le Glow in the Dark Tour et avec Jay Z pour la tournée Watch the Throne. De toutes ses performances, j’ai trouvé que Kanye manquait d’énergie hier soir. Bourré d’autotune, flow incomplet qui, à certains moments, nous a laissé croire que le rappeur bâclait ses chansons.

Dans tous les cas, Yeezus est visuellement un succès. Son approche esthétique est impeccable, autant par les jeux de lumière, la scénographie, les projections, les figurants et j’en passe. Fidèle à lui-même, West en profite pour passer plusieurs messages, à l’aide de projections récitées par une femme robot, la même -je crois- qui assurait le mandat dans le Glow in the Dark Tour



À chacun de ses messages, une nouvelle cagoule, un nouveau tableau.

Conçues par la Maison Martin Margiela, les cagoules de West sont magnifiques. Celui-ci nous avoua qu'elles lui permettaient un certain refuge afin de s’exprimer librement. Pour ma part, j’ai trouvé que ces cagoules, bien qu’impressionnantes et originales en début de spectacle, ont créé une distance entre l’artiste et le public. J’émets également l’hypothèse que ces cagoules ont un impact direct sur la qualité du son du micro de West, que l’on avait beaucoup de misère à percevoir. Heureusement, il s’est découvert le visage pour la dernière partie du spectacle et on a eu droit à un Kanye tout en sourire. 
Crédit: SPLASH
 
Musicalement, tout y était. On a eu droit à plusieurs chansons de son premier album The College Dropout, qui fêtait son 10e anniversaire la semaine dernière. West a cependant boudé les albums Late Registration ainsi que 808 & Heartbreak, à l’exception de la chanson Coldest Winter, un vibrant hommage à sa mère, décédée en 2007.  

Mention honorable à Lunice (TNGHT), dont la pièce R U Ready est échantillonnée dans l’excellente pièce de West, Blood on the Leaves, qui était présent au concert et a eu la chance d’entendre son morceau en live. Un grand moment de fierté pour Montréal et ses créateurs.


Bien sûr, on a eu droit à un Kanye Rant (traduction libre: caca nerveux) de 20 minutes... Dans la vie, tout le monde à ses petits défauts. Quand on aime, ceux-ci deviennent de belles imperfections et on préfère les accepter ou les mettre en sourdine le temps que ça passe. C’est ce que j’ai fait hier, en allant me chercher quelque chose à boire pendant que Mr. West se vidait le cœur sur scène. Si voulez absolument savoir de quoi il s’agit, cliquez ici.

Je suis revenue de mon escale houblonnée au moment où Kanye se comparait à Steve Jobs, Walt Disney et autres créateurs. Disant qu’au bout du compte, le plus important c’est de toujours se demander "how can we make contributions to life, to make things better".

L’ambition de Kanye West est généralement perçue comme de la prétention de la part du public et c’est dommage. Le meilleur exemple se trouve juste ici: pendant que Kanye West prône l’empowerment, que l’on peut faire ce que l’on veut de notre vie, que l’on doit pousser les portes closes et ne jamais se rabaisser à la médiocrité, bref, que nous sommes notre propre Dieu et que tout est possible, nous préférons nous rabattre sur : «WTF, KANYE WEST SE PREND POUR STEVE JOBS. PPFFFFF PIRE SHOW DE MA VIE».

You see its leaders, and there’s followers. But I’d rather be a dick, than a swallower. –Dixit Kanye West, New Slave. Bin c’est ça. Presque tous les génies qui sont venus sur Terre ont été perçus comme désillusionnés et fous, mais ils ont toujours fini par suivre leurs idées et ont changé le monde à leur façon.

Peu importe le rant, on a eu droit à un spectacle mémorable hier soir. Était-ce le meilleur? Non, mais on quand même prit notre pied et on aura eu la chance de voir l’un des spectacles les plus impressionnants et médiatisés de 2013.

Mr.West, merci.