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Critique de la pièce «Mommy»: une morte vivante pour éveiller les consciences

Crédit photo : Eugene Holtz
Critique de la pièce «Mommy»: une morte vivante pour éveiller les consciences
Mommy, la monstrueuse créature d'Olivier Choinière, fait son retour sur les planches. Jusqu’au 7 décembre, au théâtre Aux Écuries, une horde de zombies burlesque dénonce une société rétrograde sur un rap gore, parfois douteux.
 
Mommy, la morte-vivante résolument réactionnaire n'en finit plus de faire parler d'elle. Le 19 octobre dernier, lors de la Marche des zombies, elle présentait sa candidature de «mère» de Montréal. Aujourd'hui, elle réinvestit la scène. Son discours: c'était mieux avant. Mommy est un personnage monstrueux créé par Olivier Choinière pour exorciser ses peurs d'une société tournée vers le passé.

Durant 1h30, la grand-mère en décomposition et ses bambins sanguinolents dressent vigoureusement un tableau d'un passé non pas parfait, mais meilleur. Le spectacle, outrancier du burlesque, veut éveiller les consciences, et pousser son (jeune) public à la réaction, à la prise d'un pouvoir aux mains de la génération baby-boom. La morale de ce conte de zombies est simple: réveillez-vous!
 
L'ironie d'Olivier Choinière est d'ailleurs à peine masquée, et s'en prend vigoureusement à la Charte des valeurs, au système de santé, à Denis Coderre, et particulièrement à Stephen Harper. Le «Québec des vieux croulants» est passé au vitriol, sans filtre, et jeté à la figure du spectateur pêle-mêle. Pourrie de bonnes intentions, Mommy est une pièce fourre-tout, entre caverne d'Ali Baba de la critique et des bonnes idées et chambre des horreurs de la mise en scène.

Car Mommy veut en faire trop, et trop vite. Alors que la pièce met une éternité à rentrer dans le vif du sujet, elle enchaîne ensuite à un rythme endiablé les polémiques. L'erreur de jeunesse de cette grand-mère qui (re)naît à peine. Dans ce flot de paroles acerbes éructées par une troupe néanmoins talentueuse, le spectateur se noie, et ne sait plus à quelle bouée se vouer. Mommy est brouillonne comme la rage, et n'arrive pas à exprimer un message clair, mais critique à tout-va sans nourrir le débat. 
 
Il ne faut cependant pas enterrer la troupe de Mommy. Les bonnes idées pullulent. Outre l'utilisation d'un monstre pour exorciser les peurs publiques, on soulignera l'apport de l'excellent DJ Naes, et les performances de Jean-François Nadeau et de Guillaume Tremblay. Au niveau de la mise en scène, l'intégration des coulisses aux décors est rafraîchissante, et l'énergie des acteurs communicative. Mommy pêche donc par excès de zèle. Mais force est de constater que les schémas rejetés et décriés par la pièce sont toujours en place dans notre société. La critique est simple, mais semble toujours d'actualité, et probablement nécessaire. En attendant mieux d'une bande de jeunes bien plus vivants que morts. 
 
Mommy
Jusqu’au 7 décembre
Théâtre Aux Écuries | 7285, rue Chabot | auxecuries.com