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Le peintre Marc Séguin redonne vie à des paysages urbains laissés pour compte

Romancier et peintre contemporain reconnu, Marc Séguin expose Paysages du 20 novembre au 21 décembre à la Galerie Simon Blais. À travers ses tableaux, il redonne vie à des paysages urbains laissés pour compte. Pour nous, il évoque sa critique sociale, sa volonté de changement, ses espoirs et son amour de Brooklyn et de Montréal.   

NIGHTLIFE.CA: Marc Séguin, pourquoi cette exposition, Paysages?
Marc Séguin: Dans la peinture, il y a théoriquement deux genres: portrait ou paysage. C'est une tradition qui me plaît. Le paysage doit représenter une beauté géographique; là ce sont des lieux urbains, contemporains, laissés pour compte, abandonnés, avec des accumulations de détritus.

Des lieux tristes et sombres... pour montrer que la beauté est partout?
Pour moi, il y a un esthétisme là ou il n'y a aucune intervention humaine dirigée. C'est aussi une critique sociale, une personnification de l 'échec. Il y a des astronautes qui flottent au-dessus de ces lieux, grâce aux budgets sans fin de l'exploration spatiale. C'est la preuve d'un gouffre incroyable: on part dans les étoiles, mais on ne s'occupe pas du niveau de la rue, on est incapable de ramasser des détritus là où des gens vivent. 

Au-delà de la critique, quelle est la solution?

Plus qu'une critique, je veux m'inscrire dans un processus de témoignage social. Plus il y a de gens qui s'intéressent à cette problématique, plus on sera capable d'amener le changement. Ma job d'artiste, c'est de montrer des choses du doigt, mais aussi de pointer les gens dans le miroir. Critiquons-nous parce que cela nous déplaît, ou juste parce que c'est de bon ton, que c'est la mode de critiquer des choses? Ça fait aussi partie du constat que je pose. Il y a une business de la critique sociale, et il y a ceux qui la font pour de vrai. Peut-être que nous sommes pas si enclins que ça à vouloir changer ce qui se passe autour de nous.

On te sent désabusé...
Fondamentalement, je suis très optimiste. Mais plus je regarde, plus je me pose des questions sur ce qui ne se produit pas et ce qui ne se passe pas. Qu'est ce que je peux faire de plus? Quand je le dis publiquement, ça n'a aucun impact. Je suis presque rendu à la limite d'abandonner. Je connais plein d'artistes qui s'en foutent, qui le font parce que c'est payant. Pourtant, il y a encore plein d'autres choses dont on ne discute pas, comme la famine. Mais la partie de moi qui a commencé ce travail est toujours bien présente aujourd'hui, avec la même énergie, et la même visée.

Tu peins New York, ton atelier est à Brooklyn...
New York est une ville extraordinaire et impitoyable. Tu y vas si tu vaux quelque chose: si t'es là par prétention, tu te fais casser en pas long. Tu penses que t'es bon? Il y en a 500 qui sont meilleurs que toi là-bas. À Manhattan, il n y a pas beaucoup d'humains, les gens sont de passage, c'est un tourniquet. Brooklyn a une vie de quartier, ça correspond plus à ma génération, aux gens auxquels je m'identifie. Je ne me promène pas en taxi et en veston cravate!

Malgré ça, j'adore Montréal. Plus tu vas loin et plus tu te rends compte de la qualité de vie qui y règne. À New York, les gens sont payés 40 heures, mais en travaillent 80; à Montréal, les gens ont encore le désir de vivre. Mon endroit préféré? Les immeubles de Mies van der Rohe, à Westmount. J'ai rien à faire dans ma vie là-bas, je comprends rien à l'architecture, mais j'y vais pour ces trois buildings! Mon autre petit plaisir, en ce moment, c'est de rentrer chez moi sur la rive sud en passant par le Pont Champlain... Pogné dans le trafic, j'ai le temps de réfléchir ! (rires)

Marc Séguin: Paysages
Du 20 novembre au 21 décembre 
Galerie Simon Blais | 5420, boul. Saint-Laurent #100