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Chronique de fin de soirée: mon orgasme raté à Toronto.


«Tu es un narcissique près du point de rupture.»
 
Ce n’est pas tout à fait ce à quoi je m’attendais à entendre lors de mon souper au resto The Libertine dans le quartier cool de Dundas West à Toronto. Faut dire que ce n’est pas tous les jours où l’on a l’occasion de manger dans un établissement qui offre également un service de tarot.
 
Mon amie Brige insiste pour qu’on tente l’expérience. Je ne suis pas de type superstitieux ou du genre à croire ces supercheries astrologiques, mais la diseuse de bonne aventure est la femme la plus sexy que j’ai vue à Toronto depuis 2008. Du type Gina Gershon dans Out For Justice (1991). Alors, j’accepte.
 
En quelques phrases, elle me déstabilise.
 
«Tu dois comprendre que faire plaisir aux autres est ce qui te rendra heureux. C’est la seule manière où tu pourras trouver et nourrir cette relation amoureuse sérieuse que tu recherches tant. Tu ne peux plonger plus bas dans cette relation que tu entretiens avec toi-même.»
 
Si je n’étais pas à Toronto, j’aurais pu croire que la tireuse de cartes est une lectrice de ma chronique et de mes lamentations de (vieux) célibataire.
 
Or, elle ne peut se douter de rien.
Elle ne peut se douter que je suis en ville pour baiser mon ex.
Elle ne peut qu’avoir raison.



Premier orgasme

Ça fait des années que je n’ai pas revu Sue, la dernière fille que j’ai fréquentée sérieusement dans ma vie, il y a de cela près de 5 ans. Il s’en est passé des choses depuis. Elle est maintenant mère monoparentale et elle m’a invité à venir la baiser la prochaine fois où j’étais de passage à Toronto. Elle en a besoin.
 
Je lui procure son premier orgasme en quelques minutes alors que je me suspecte d'être toujours sous l’influence de ce dernier scotch, bu avec Brige, pour chasser le goût de l’infecte bouteille de vin canadien commandée à fort prix au Libertine.

Je suis fier du plaisir que je lui procure.
 
Deuxième orgasme
 
Sue est toujours aussi belle qu’autrefois. Aucun signe de maternité à l’exception du nom de son enfant qu’elle a tatoué sur sa clavicule. Même si je remarque un autre nouveau tatouage sur ses côtes en lui procurant son deuxième orgasme, je ne peux éviter de me demander ce que tous ses cris stridents signifient. Est-elle tout simplement en plein contrôle de sa sexualité? Souhaite-t-elle me séduire? Veut-elle me garder pour elle? Est-ce que Sue a recommencé à prendre la pilule?
 
L’effet salvateur de l’alcool me quitte.
J’angoisse quelque peu face au plaisir que je lui procure.

Troisième orgasme
 
La nuit porte conseil et j’en oublie les prédictions de la veille.
Cependant, je n’ai pas oublié que je n’ai toujours pas eu d’orgasme.
Et je veux que cet orgasme soit viscéral.
J’en ai besoin.
 
Deux corps s’entremêlent, des fluides s’échangent, des ongles s’enfoncent. Je la retourne, la soulève, l’enfonce en moi, prends son visage entre mes mains, la fixe. Elle comprend ce que je veux. Je comprends qu’elle comprend ce que je veux. Elle me confirme qu’elle n’utilise plus de moyens de contraception, mais qu’elle est sur le point d’avoir ses règles. Elle jouit pendant que j’espère en faire de même à l’intérieur d’elle.
 
Mais mon esprit divague: et si jamais son enfant surgissait en trombe dans la pièce à ce moment précis? Je bascule sur le côté, m’extirpe de Sue alors que j’éjacule sans aucune sensation positive sur le bord de ma cuisse.
 
Je suis très inconfortable du plaisir que je lui procure.
 
Quatrième orgasme
 
Plusieurs heures plus tard, de retour à Montréal, seul, je me procure mon premier orgasme en repensant à la voyante sexy du Libertine.
 
Je suis au point de rupture du plaisir que je me procure.
Et je plonge encore plus bas, sans trouver d'alternatives.
Ni dans les cartes, ni dans la réalité, ni à Toronto.

Montréal, sauve-moi.