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«Dallas Buyers Club»: Jean-Marc Vallée nous parle d’antihéros, de glam rock et de fierté texane

Au TIFF cette année, il n’y a pas que le Québécois Denis Villeneuve qui a fait parlé de lui pour ses collaborations judicieuses au sud de la frontière. Jean-Marc Vallée (C.R.A.Z.Y., Café de Flore), connu pour ses films ambitieux aux multiples trames narratives, s’est fait offrir un premier projet tout ce qu’il y a de plus américain : une histoire inspirée de faits réels qui dépeint une communauté de cowboys virils, fierté texane à l’appui, à une époque où l’état américain (tout comme la communauté médicale et le reste de la planète) refusait d’affronter une nouvelle maladie mystérieuse.

Porté à l’écran par Matthew McConaughey (méconnaissable avec 38 livres en moins) Jared Leto et Jennifer Garner, le Dallas Buyers Club de Jean-Marc Vallée repose sur le combat de Ron Woodroof (McConaughey), un électricien coureur de jupons qui, après avoir appris être atteint du SIDA en 1985, décide de lutter pour sa survie et d’aller à l’étranger se procurer un tas de médicaments alors interdits par la FDA dans son propre pays. Nightlife.ca a joint le cinéaste en Oregon, alors qu’il s’apprêtait à tourner un nouveau long métrage avec Reese Witherspoon pour jaser d’underdogs, de glam rock et de Cassavetes.

Nightlife.ca: Le personnage de Ron est a priori un cowboy assez méprisable, mais il gagne peu à peu la sympathie de public en faisant preuve d’une détermination inébranlable. Es-tu naturellement plus interpelé par ce genre d’antihéros?
Jean-Marc Vallée: C’est sûr. Je suis à la recherche de ces personnages, de ces projets. J’aime les underdogs, les moins aimés, les différents, ceux qui ont à se battre, à se prouver, à livrer un combat. Je m’identifie à ça; tu veux suivre ces personnages-là pendant deux ans.

Tant repose sur la performance (géante!) de Matthew McConaughey – un homme à la fois baveux et charismatique qui ne se laisse pas piler sur les pieds. Quelle était ta plus grande attente par rapport au jeu de la star d’origine texane?
En fait, on était tous les deux sur la même longueur d’ondes. On savait qu’on n’allait pas tourner les coins ronds. L’idée était de présenter un gars détestable, donc je voulais y aller jusqu’au bout, ne pas avoir peur – il est raciste, homophobe, macho, il sacre, il vole ses chums, il frappe un de ses amis policiers… et c’est de même. The real deal. Il fait tout de travers, pis t’aime suivre le gars pareil.

Avec C.R.A.Z.Y. et Café de Flore, tu as fait ta marque en tant que réalisateur qui accorde une importance capitale à la trame sonore. Dans Café de Flore, la musique (omniprésente) était fondamentale au dénouement des histoires parallèles du DJ jet setter montréalais et de la maman monoparentale parisienne. Dans Dallas, tu insères quelques références amusantes au glam rock, choix inattendu si on se fie à la prémisse du film.
Oui, j’ai voulu éviter le cliché de la musique country au Texas avec un film qui s’appelle « Dallas machin ». Je suis allé dans le glam rock, je trouvais intéressant de donner une couleur différente à un film américain texan, avec les icônes qui avait l’allure la plus gaie des années 70, c’est-à-dire Marc Bolan et David Bowie… Je te jure qu’ils ne donnaient pas leur place. C’était drôle de mettre des photos de Bolan partout dans le buyers club parce que ça n’a comme pas d’allure…Mais c’est grâce au personnage de Rayon [NDLR: toxicomane transsexuel interprété par Jared Leto].

À la première du film à Toronto, McConaughey, Leto et Garner ont tous souligné ton approche très spontanée et DIY au tournage. Mis à part les contraintes budgétaires, pourquoi ce choix?
C’est un peu ce que [John] Cassavetes faisait à l’époque, dans les années 70 : sans éclairage, sans répétition, tu filmes et si c’est hors foyer, on s’en fout, tu y vas. À l’époque, c’était plus dur car ils tournaient en film et ce n’était pas évident. Avec Dallas, cet esprit régnait dans l’approche avec les acteurs : je tournais les répétitions, mais je demandais à l’équipe de sortir, il ne restait que les acteurs, le caméraman, son tireur et moi. Ça crée une belle dynamique, car les acteurs n’ont pas l’impression de jouer. Ils n’ont pas de marque et ne sentent pas la chaleur des gros spots de lumière. C’est là que tu joues tout simplement pour être vrai. Il y a un autre rapport au jeu et à l’interprétation; t’es témoin de ça au tournage et tu te dis : câline, c’est tellement bon! Et je n’ai même pas encore découpé les scènes!

Wild, le nouveau long métrage que tu t’apprêtes à tourner, s’inspire du livre Strayed, le fait vécu bouleversant d’une femme courageuse ayant lutté pour sa survie dans la nature à son état le plus sauvage. Qu’est-ce qui t’a donné le goût d’y consacrer tes énergies?
Encore une fois, le personnage. Vraiment extraordinaire, une underdog qui n’a pas peur d’être honnête avec elle-même, de se prendre par les cornes, de se battre, de se punir et de vouloir changer, se sauver. Elle fait une descente aux enfers et se dit : ‘‘c’est assez. Je dois changer. Ne serait-ce pour moi, mais pour l’amour de ma mère. Avec tout ce qu’elle m’a donnée, ce n’est pas vrai que je vais la déshonorer ainsi. Je vais revenir pour devenir la personne que ma mère voulait que je sois.’ C’est ben beau!

Dallas Buyers Club
En salles le 1er novembre