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Entrevue avec Pierre Kwenders : « Je suis impregné d'un background de musiques congolaises »

À le voir sur les photos, il peut paraître un peu distant, voire austère – cette austérité d’apparence, propre à ceux qui trempent trop longtemps dans le bain artistique. Pourtant, il n’en est rien : on réalise, bien vite, que Pierre Kwenders a tout du musicien chaleureux, et soucieux de confier ses expériences.

Emballé, loquace, il nous parle de son « background africain », et met l’accent sur son Congo natal. C’est que, depuis son arrivée au Canada en décembre 2001, il travaille à mâtiner les styles locaux (électro, R&B, dub) de ses influences musicales congolaises.

Au carrefour de l’afrobeat et de l’électro, Pierre Kwenders, « PK » de son sobriquet, a, dans son dernier EP African Dream, laissé macérer ses espoirs. Ceux de son enfance, au Congo, là où la vie le précède. Ceux, aussi, qui le rappellent à ses racines familiales, culturelles, et musicales. Son rêve africain, il l’accomplit en partie au travers de son processus de création artistique. D'une diction grave, basse, mais irrémédiablement québécoise, il chante l'Afrique à pleine voix dans un mélange de genre réjouissant, quoiqu'encore en germination. 

On le verra à la Casa Del Popolo, le 27 octobre pour « fêter » ce bel EP. Il dit aussi qu’il prépare un album tout chaud pour l’année prochaine.

NIGHTLIFE.CA : On raconte que ton vrai nom est José Louis Modabi. Pourquoi Pierre Kwenders comme nom d’emprunt ?

Pierre Kwenders : Pierre Kwenders est le nom de mon grand-père maternel. Je ne l’ai jamais connu, il est mort dans les années 70, et je suis né plus de dix ans plus tard. Il a laissé un grand héritage à ma famille. Il a été un des premiers à ouvrir une librairie dans ma ville d’origine. Je voulais lui rendre hommage, et le faire vivre à travers ce nom. Mais mes amis m’appellent plutôt « PK ».

Ton EP s’intitule « African Dream ». Tu parles d’un rêve tourné vers l’Afrique, ou qui en émane ?

Ce titre, c’était pour aller à l’encontre d’une certaine idée du « rêve américain », où l’on réussit de manière extraordinaire aux États-Unis. Je ne suis pas d’accord : ça peut être le rêve d’un Européen, d’un Asiatique… Mon rêve africain, c’était d’être chanteur et de voyager. Ma chanson « Momembo » veut dire « voyage ».  En devenant chanteur au Canada, c’est mon rêve africain qui se réalise. J’ai en accompli au moins une part - ce n’est pas terminé.

Crédits : Mamoru Kobayakawa

Ta musique transporte tout un lot de consonances africaines. Parle-moi un peu de ces influences.

J’ai quitté Kinshasa (Congo) à 15 ans. Arrivé au Canada seulement en décembre 2001, j’ai tout un background de musiques congolaises et de ma province natale, qui m’a imprégné. Je ne peux pas faire de musique sans avoir en tête ce que j’écoute depuis tout petit : la danse mutwashi, qui fait beaucoup bouger les hanches, les rythmes tam-tam, les  percussions...

Tu chantes aussi dans plein de langues différentes… Pourquoi ce mélange ?

Au Congo, il y a un total de 200 à 300 langues et dialectes. Je chante en Tschiluba, une langue du Kasaï-Oriental, en Kiskongo, et en Lingala. Cinq langues en tout, avec l’anglais et le français. Au cours du processus de création, si l’inspiration vient dans une langue en particulier, j’y vais dans cette langue-là. J'ai repris des chansons traditionnelles, et je les imprègne à l’électro. Ça donne, je crois, un bon résultat.

Plutôt, oui. Pour ma part, j’ai renoncé à mobiliser un terme précis pour décrire ta musique. Mélange d’afrobeat, hip-hop, soul, groove… comment as-tu pensé cet hybride ?

Ça vient un peu de ma rencontre avec Alex, mon producteur. A la base, il crée des musiques électroniques. Moi, j’ai rajouté mes idées : les percussions, l’afrobeat, la Rain Dance très rythmée, mon chant inspiré de la rumba congolaise… C’était pas calculé. C’était instinctif, au moment de la création artistique. Ce mélange… Je pense que, de nos jours, on ne crée pas de musique, on ne fait que la transformer, on la modifie à partir de sources déjà existantes.

Pour terminer, par où est-ce qu’on peut te croiser, à Montréal ?

Je traîne souvent au Phyllobar, au coin Bernard/Parc. C’est un resto’ grec, avec des pitas. Pour de vrai, je ne sors pas beaucoup, je vis à Laval (rires). Si : l’autre jour, un ami rappeur, Boogat, m’a fait découvrir le Café Sardine au coin Saint-Laurent/Fairmount. C’est un café le jour, qui se transforme en restaurant japonais le soir. Je te le conseille !