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Websérie à découvrir: Un été avec les kids de Larry Clark, à propos du tournage de «The Smell of Us» à Paris

Avec ses raz-de-marée de drogues, de sexe, de skate et de violence sur grand écran, mettant en scène une jeunesse paumée et sans repère, le controversé réalisateur et photographe Larry Clark continue d’enflammer bien des esprits. Sa carrière au cinéma a pris son envol avec Kids (1995), chronique coup-de-poing relatant le quotidien de jeunes skaters et ravers new-yorkais se donnant à cœur joie dans la débauche, à leurs risques et périls…

Fast-forward presque deux décennies (après les non moins scandaleux Bully et Ken Park), voilà que l’iconoclaste américain se plonge en plein cœur de Paris (un premier tournage à l’extérieur des États-Unis) pour The Smell of Us, une histoire de skate assez rock’n’roll avec de jeunes acteurs sans expérience, dont la prémisse s’apparente drôlement à ce Kids d’origine. Sauf que cette fois, c’est un « jeune poète nantais » du nom de S.C.R.I.B.E. qui co-signe le scénario, et non le skater-poète américain qu’était à l’époque Harmony Korine.

Dans le cadre du volet FNC Pro du Festival du nouveau cinéma, qui prenait fin dimanche, le Centre Phi a reçu le réalisateur Thomas Kimmerlin et le producteur Marc Lustigman pour leur webdocumentaire Un été avec les kids de Larry Clark – série qui s’intéresse non pas au réalisateur, ni au tournage de The Smell of Us, mais plutôt au baptême de plateau qu’ont connu Lukas, Hugo, Diane et Théo, les quatre acteurs principaux. Tournée et diffusée en temps réel l’été dernier sur ARTE Creative, à raison d’un épisode par semaine pendant 8 semaines. Kimmerlin nous livre de petites parcelles intimistes qui témoignent d’un tournage carrément rocambolesque et truffé de rebondissements assez spectaculaires, que personne ne pouvait évidemment prévoir d’avance… À part Clark, peut-être? Le mystère reste entier. En attendant de découvrir le long métrage en question, Nightlife.ca a discuté du projet avec Kimmerlin.

Nightlife.ca: Cette idée de webdocu en temps réel, au lieu du classique making-of, c’était votre point de départ?
Thomas Kimmerlin: Absolument. Je ne m’intéresse pas à Larry Clark, ni à l’histoire du film; je m’intéresse à la création d’une œuvre à travers ce que peuvent vivre ces acteurs, qui ont entre 18 et 22 ans. Des acteurs non-pro à qui on fait le cadeau de leur vie: d’être dans le prochain Larry Clark. Ils étaient quatre, avec quatre caractères différents. Chacun y arrivait avec sa personnalité, ses peurs cachées…ses envies aussi. Je devais produire un épisode chaque semaine, mais je ne savais pas quel était le plan de tournage. Je n’avais aucun filet, je ne savais pas ce que j’allais tourner.

Avez-vous rencontré Larry Clark avant d’entamer le tournage?
Non, je suis arrivé en juin, je ne connaissais pas les acteurs, j’en connaissais très peu à propos de l’histoire du film, je ne savais pas où ça serait tourné. J’avais ma seule caméra et mon monteur.

La tournure drastique des événements vous a-t-elle surpris, compte tenu de ce que vous connaissiez de l’univers de Larry Clark?
Larry Clark, c’est des ados, du cul, du sexe, de la bite, de la drogue, du skate, et voilà. Tu mets tout ça ensemble et forcément, ça part en sucette à un moment ou un autre. Eux [NDLR: les jeunes acteurs], je ne suis pas sûrs qu’ils pensaient que ça allait se passer comme ça. Moi je n’y ai pas trop réfléchi parce que j’étais tellement dans le quotidien, et comme je n’avais pas accès à Larry, toutes les histoires que j’avais à propos du tournage étaient à travers les acteurs.

Avez-vous été confronté à des problèmes de censure de l’entourage de Larry Clark en cours de route?
À l’épisode 4, on a rencontré de gros problèmes… Sachant que j’avais mis une certaine vérité en images, au montage, qui a du passer par ce que j’appelle « la censure »… Une mise de validation des distributeurs, des producteurs, des diffuseurs, de la chargée de communications de Larry Clark… Et donc, le quatrième épisode, qui dépeint la crise, il y a eu un gros, gros remodelage de l’épisode. Il y a eu du clash, quoi… Du clash!

Pourquoi pensez-vous que Larry Clark tenait à tourner ce projet à Paris, avec des skaters français, dans un milieu qui n’est forcément pas le sien? Après tout, il ne parle même pas la langue.
Selon lui, c’est suite à son expo au Musée d’Art Moderne à Paris il y a trois ans, une grande rétrospective de son œuvre, et il a beaucoup aimé la ville. Il a rencontré des gens, des skaters, et il s’est dit voilà, si l’occasion se présente, j’aimerais bien tourner ici. Effectivement, c’est une production d’envergure avec une équipe française. Il est le seul Américain, tout le monde était Français. Et il ne parle pas français, c’est encore un autre truc de fou, ça. Il doit analyser un jeu d’acteurs, une organisation sans comprendre la langue.

Dans votre webdocu, certaines des acteurs affirment que Larry Clark songe déjà à son héritage, son empreinte artistique, et que The Smell of Us cadre tout à fait avec sa nouvelle mission. Êtes-vous d’accord?
Je pense qu’en ayant vécu le tournage au quotidien, ayant vu l’évolution du scénario, on peut dire que c’est presque un biopic qu’il est en train de faire. Larry Clark a 70 ans, il a peur de la mort, il sait qu’il n’a jamais été aussi prêt de la mort, il veut léguer quelque chose de personnel. Il se met en scène dans le film, je ne peux pas trop en dire… enfin, je pense que The Smell of Us, ça va un peu être The Smell of Larry Clark.

Quand on évoque le nom de Larry Clark, la discussion qui s’ensuit tourne invariablement autour de l’exploitation, de la pornographie… Le fameux « Va-t-il trop loin? » suivi de l’habituel « Exploite-t-il ses jeunes acteurs? » Vous avez eu tout l’été pour y réfléchir… Qu’en dites-vous?
On a présentement une belle polémique en France avec Kechiche et la Palme d’Or pour La Vie d’Adèle. La gestion et la direction d’acteurs; c’est là où je vous dis que personnellement, en tant que photographe, j’aime amener les gens qui sont devant ma lentille vers le haut: aller dans l’empathie et établir une confiance mutuelle pour élever la chose plutôt que d’aller dans le dur, la défonce, la déchéance. Après, moi, je ne suis pas là pour juger. Les gens qui connaissent le milieu du cinéma peuvent comprendre comment on doit ou non gérer les acteurs, les autres ne sont pas forcément au courant de ce qui se passe dans les coulisses. Après, l’épisode 4 montre qu’il peut se passer des choses assez fortes en dehors du cinéma, en dehors du plateau, pour que tout explose…

Visionnez les 8 capsules de la série Un été avec les kids de Larry Clark sur ARTE Creative.