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Critique du film «L’Inconnu du lac»: sexe (à l’état) sauvage

Verges à l'air, orgasmes champêtres et sodomies en pleine nature. Des corps qui s’attirent, d’autres qui se repoussent. Dans ce jeu, pas (ou peu) de mots. Juste des attouchements, de la promiscuité, des caresses furtives. L’Inconnu du Lac, la dernière folie d’Alain Guiraudie, faufile sa caméra sur les berges d’un lac, une péninsule homosexuelle au milieu des bosquets où des hommes se rencontrent. Dans ce vase-clos érogène, les pulsions viennent s'exprimer sans l’embarras ordinaire des conventions sociales de séduction. 

À grand renfort de Christophe Paou (Michel), sommité d'élégance façon Freddy Mercury, et de Pierre Deladonchamps (Franck), amouraché du premier, Guiraudie interroge les subtilités du désir. Michel est un meurtrier, Franck le sait. Son désir persiste. Problème, le désir peut-il coaguler dans la peur ?

Depuis les projections, des reproches pleuvent. Rendez compte: Guiraudie montre des pénis, des éjaculations et des gens qui font l’amour tout nus. Drôle d’épidémie de pudeur: on pensait que ça faisait belle lurette que le sexe sans détours (à l’écran, comme ailleurs) avait cessé d'écorcher les frilosités. L'explicite est, d'ailleurs, le reflet de tout rapport sexuel, même si, certes, c'est un peu usant à la longue. Et même, le réalisateur s’en est justifié: il ne souhaite pas laisser le sexe à l’industrie porno. 

La sobriété imparfaite
C'est très louable par ailleurs que, pour pallier l’uniformité de l'intrigue, abîmée par le huis-clos et l'éternel retour de l'identique, Guiraudie applique des variations (vêtements, cadrages, lumière) supposées prévenir la lassitude. Reste que le même schéma narratif (arrivée, discussions, baises, départ) frappe toute la pellicule comme un métronome, et que la lassitude pointe quand même, et fort. L'intrigue, légère et convenue, n'aide pas à oublier (le tueur en série nous laisse rêveur). L'esthétique, très épurée, n'aide pas non plus, et finit, à l'usure, par se mordre la queue. Côté sobriété, on apprécie plus facilement l’absence de violons. L’Inconnu du lac a le bruit du vent pour seule bande-son. Pas de mélodrame musical pour générer la tension: juste des regards, des bruissements et de petits cris.

Bande-annonce de L'Inconnu du Lac, sur Youtube

Un certain regard
Il faudra, aussi, plancher sur le regard que jette le film sur cette cellule gaie. À ce qu'on en voit: complicités passagères (excepté Henri et Michel), fornications tous azimuts, frustrations (un peu), distance (beaucoup). Pas très mélioratif comme tableau. Intrusif, l'inspecteur vient l'expliciter: « L'un des vôtres a été tué, sa serviette est restée là pendant trois jours, et personne n'a rien remarqué, tout le monde s'en fout. C'est une drôle de façon de s'aimer. »

Ce qui vient l'incarner encore plus fort, c'est la pulsion meurtrière de Michel, qui s'abat sur le compagnon dont il s'est lassé. Sans surinterpréter, Michel est un prédateur (à tous les niveaux) qui se débarasse de ce qui l'ennuie sexuellement; il fait donc ressortir en grand la figure du partenaire-poubelle, lot commun de cet espace libertin. En somme, ici, la mort et la sexualité finissent par former deux horizons indépassables. 

L'Inconnu du lac
En salles le 21 octobre 2013