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Critique de «Deux»: une pièce drôle et nécessaire en plein débat identitaire

Deux est la suite, ou plutôt le prolongement d’Un, surprise et succès inattendu de la saison automnale de 2012. Le dramaturge et comédien d’origine iranienne Mani Soleymanlou y exposait avec sensibilité son vide identitaire.

Dans Deux, il se retrouve aux côtés d’Emmanuel Schwartz, né à Montréal, d’un père juif anglophone et d’une mère francophone, et poursuit sa réflexion sur l’identité en transformant son acolyte en alter ego, mais en le poussant également à se questionner sur ses propres racines.

Tantôt, il lui fait reprendre des scènes d’Un – des moments marquants de son questionnement identitaire s’étant déroulés à Paris, à Toronto, ou encore à Marrakech -  tantôt il se met à danser à ses côtés sur Man In The Mirror de Michael Jackson. La dynamique entre les deux amis et excellents comédiens, ainsi que les nombreux changements de ton donnent tout le souffle à cette pièce drôle, touchante, et surtout nécessaire en ce temps de «charte des valeurs».

Le Québec étant en plein débat identitaire, la pièce Deux de Soleymanlou ne pouvait pas bénéficier d’un meilleur momentum. La charte est bien sûr évoquée durant le spectacle. On demande d’ailleurs à la blague aux spectateurs présentant des signes ostentatoires de quitter la salle au début de la pièce!



Crédit: Jérémie Battaglia

Cela dit, Deux va beaucoup plus loin que ça. Si, on trouve que la pièce ne fait qu’effleurer parfois le mal-être identitaire en première et deuxième partie de parcours, avec des références au trop plein de Français sur le Plateau, par exemple, elle arrive vraiment à entrer dans le cœur du sujet et à nous toucher en troisième partie de spectacle alors que le personnage d’Emmanuel se demande ce qu’il vient faire dans toute cette histoire.

Il ne sait pas trop quoi penser de ses origines, il s’en fout en fait, et le spectateur qui a souri une bonne partie du spectacle se met lui aussi à se questionner sur sa propre identité et se retrouve bien malgré lui devant le vide…

Je ne vous en dis pas plus sur la scène finale, mais elle est puissante…

Finalement, faut-il avoir vu Un pour apprécier Deux? Pas du tout. Vous aurez seulement un petit bout de la réflexion d’entamée, si c’est le cas. Et quand vous aurez vu Deux, vous serez juste mieux préparé pour vous attaquer à Trois, qui nous nous doutons bien, devrait voir le jour afin poursuivre cette réflexion nécessaire!

Deux
Au Théâtre La Chapelle | Jusqu’au 5 octobre